Tether a dirigé un financement de préamorçage de Peso, une fintech bolivienne qui développe des paiements en USDT reliés aux services financiers traditionnels. Annoncé le 21 octobre 2026, cet investissement doit accompagner les activités de Peso en Bolivie, au Brésil, en Colombie et en Argentine. L’entreprise propose déjà une application financière permettant de détenir des dollars numériques, de transférer des fonds et de régler certains achats courants au quotidien, notamment en Bolivie. Son intégration avec la plateforme de livraison Yango en Bolivie illustre cet usage quotidien. Le montant du financement reste toutefois inconnu, tout comme la valorisation de Peso et l’identité des autres investisseurs éventuels.
Un financement destiné à quatre marchés latino-américains
Selon l’annonce de Tether, les ressources apportées à Peso doivent soutenir le développement des infrastructures de paiement, des services aux commerçants et de la conversion entre monnaies locales et USDT. Les quatre pays concernés sont la Bolivie, le Brésil, la Colombie et l’Argentine, où la fintech exerce déjà des activités. Le financement ne correspond donc pas à l’annonce d’une implantation dans quatre marchés entièrement nouveaux. Il concerne des activités déjà présentes dans ces pays, dont les modalités de développement ne sont pas toutes détaillées. Il vise plutôt à renforcer les services et les connexions financières que Peso entend proposer dans ces territoires. Aucune répartition du capital investi entre les pays ou les activités n’a été communiquée.
La transaction se situe au stade du préamorçage, une phase de financement identifiée dans l’annonce sans montant public. Tether n’a précisé ni la participation obtenue dans Peso ni la valorisation retenue pour l’opération. Les noms des autres participants n’ont pas davantage été révélés. Les informations disponibles permettent en revanche d’identifier clairement les priorités opérationnelles annoncées : faciliter les paiements commerciaux, développer les terminaux et relier les avoirs en stablecoins aux circuits bancaires et aux monnaies nationales utilisés par les particuliers comme par les entreprises.
Peso veut faire passer l’USDT des portefeuilles aux achats
L’application Peso permet à ses clients de conserver des USDT, d’effectuer des transferts internationaux, de payer des achats et d’accéder à des services d’épargne et d’investissement. Son positionnement consiste à relier des soldes libellés en dollars numériques aux instruments de paiement conventionnels. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un portefeuille destiné à stocker des cryptomonnaies. L’entreprise cherche à rendre ces avoirs utilisables dans des opérations courantes, notamment lorsqu’un commerçant ou un client préfère recourir à des méthodes déjà présentes dans son environnement financier.
Alejandro Terán, directeur général et cofondateur de Peso, estime que les habitants de la région utilisent déjà l’USDT, mais qu’il manque des infrastructures permettant de le dépenser facilement dans la vie quotidienne. Son commentaire présente la logique commerciale de l’entreprise, sans fournir de statistiques sur le nombre d’utilisateurs concernés. Peso met ainsi l’accent sur la circulation des fonds entre portefeuilles numériques, paiements locaux et transferts internationaux. La question centrale n’est pas seulement de posséder un stablecoin indexé sur le dollar, mais de pouvoir l’utiliser auprès de services qui fonctionnent normalement avec les systèmes de paiement nationaux.
Les livraisons Yango constituent un premier usage concret
En Bolivie, Peso a intégré les paiements en USDT à Yango, une plateforme de livraison de repas. Les clients peuvent commander de la nourriture et payer directement avec le stablecoin dans le cadre de cette intégration. Tether présente cette fonctionnalité comme un service déjà disponible, et non comme un partenariat simplement envisagé. Cet exemple distingue les activités existantes des ambitions annoncées pour les autres secteurs. Il montre précisément le type de dépense courante que Peso souhaite rendre accessible aux détenteurs d’USDT, en reliant une application de consommation à une solution de paiement utilisant un actif numérique.
L’annonce ne fournit cependant aucun volume de transactions réalisées par l’intermédiaire de Yango. Elle ne précise ni le nombre de restaurants participants ni la valeur totale des commandes réglées en USDT. Il serait donc prématuré d’en déduire une adoption massive ou de mesurer l’impact économique de cette intégration. Les données disponibles établissent uniquement l’existence du service. Pour apprécier son utilisation réelle, il faudrait disposer d’indicateurs que les entreprises n’ont pas publiés dans cette communication.
Comptes virtuels, QR codes et terminaux commerciaux
Peso propose également des services destinés aux commerçants, notamment des terminaux de paiement et des règlements par QR code. L’entreprise met à disposition des comptes virtuels enregistrés au nom des clients. En Bolivie, ses connexions au système bancaire permettent de déplacer des fonds entre USDT et monnaie locale grâce à des transferts automatisés de type chambre de compensation. Elles permettent d’envisager des paiements qui ne restent pas confinés à des plateformes spécialisées dans les cryptomonnaies.
Le développement annoncé doit renforcer ces dispositifs dans les quatre marchés couverts par Peso. Les priorités comprennent les dépôts, les retraits, la conversion en monnaie nationale et les services de règlement associés aux commerçants. Tether indique que la fintech compte développer son réseau de terminaux ainsi que son infrastructure de comptes virtuels. Les informations communiquées ne précisent pas quelles connexions supplémentaires sont déjà opérationnelles dans chacun des pays. Elles décrivent une direction de développement, et non un calendrier détaillé d’intégrations bancaires achevées au Brésil, en Colombie ou en Argentine.
Commerce et mobilité figurent parmi les secteurs visés
Tether mentionne le commerce électronique, les achats en magasin, les services de transport avec chauffeur et les activités bancaires parmi les domaines que Peso souhaite desservir. Cette liste présente des marchés potentiels pour ses solutions de paiement, mais ne constitue pas une annonce de partenariats conclus avec chacun de ces secteurs. En particulier, aucune intégration finalisée avec un opérateur de transport n’est indiquée. Le seul exemple commercial nommé comme déjà fonctionnel reste celui de Yango pour les livraisons alimentaires en Bolivie.
Paolo Ardoino, directeur général de Tether, présente cet investissement comme un moyen de transformer l’USDT, souvent utilisé pour l’épargne, en instrument de paiement quotidien. Son appréciation souligne l’objectif recherché par le groupe : développer les infrastructures qui relient les stablecoins aux transactions ordinaires. Tether ne fournit toutefois ni comparaison des coûts de transaction de Peso ni mesures de performance des règlements. L’annonce ne permet donc pas de conclure que ces services sont systématiquement moins chers ou plus rapides que les alternatives bancaires. Elle documente avant tout les fonctionnalités annoncées et les axes de financement.
La Bolivie adapte son cadre autour des actifs numériques
L’investissement intervient dans un contexte bolivien marqué par des difficultés d’accès aux devises étrangères et un intérêt croissant pour les actifs numériques libellés en dollars. En juillet, une proposition envisageait de reconnaître l’USDT comme moyen de paiement aux côtés du boliviano et du dollar américain. Cette initiative ne faisait cependant pas du stablecoin une monnaie ayant cours légal. Il convient de distinguer une proposition concernant son utilisation dans les paiements d’une modification juridique déjà entrée en vigueur. Les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que l’USDT bénéficie désormais d’un tel statut officiel en Bolivie.
En septembre, les autorités boliviennes ont présenté des projets de surveillance renforcée des cryptomonnaies. Les mesures évoquées comprenaient un cadre de supervision des actifs virtuels et des dispositions visant les mouvements illicites de capitaux. Parallèlement, le programme monétaire 2026 de la Banque centrale de Bolivie prévoit un renforcement des réserves internationales et des ajustements des mécanismes de change. La banque a également annoncé en septembre des mesures destinées à rendre des dollars américains accessibles aux établissements financiers conformément à sa réglementation des changes. Ces évolutions constituent le contexte financier et réglementaire dans lequel Peso développe ses services.
D’autres fintechs développent des produits liés à l’USDT
Le 20 octobre, le fournisseur de crédit Tala a annoncé un partenariat avec El Dorado. L’accord prévoit de proposer aux utilisateurs éligibles du portefeuille des crédits versés et remboursés en USDT sur la blockchain Tempo. Le lancement est initialement destiné à la Bolivie, avant une expansion envisagée vers d’autres marchés latino-américains. Cette initiative concerne le crédit, contrairement à l’intégration de paiement alimentaire présentée par Peso. Elle illustre néanmoins l’existence de projets distincts visant à connecter des services financiers courants à des soldes en stablecoins. Aucune donnée d’utilisation effective du nouveau service de crédit n’est fournie.
Tether multiplie les investissements dans les paiements
Peso rejoint plusieurs entreprises de paiement récemment soutenues par Tether. Le 13 octobre, l’émetteur de l’USDT a annoncé son appui à l’expansion d’EFY Finance, dont le réseau permet d’atteindre des comptes locaux dans 17 pays, notamment en Bolivie, en Colombie et au Mexique. Trois jours plus tard, le 16 octobre, un investissement distinct dans Saber Money a été annoncé. Celui-ci accompagne des projets de relations bancaires et d’obtention de licences réglementaires en Asie-Pacifique et dans la région du Golfe.
En Argentine, Tether avait également participé au financement de la banque numérique Ualá. Son investissement, évalué à 20 millions de dollars selon les informations rapportées, faisait partie d’une levée de fonds de 197 millions annoncée en juillet et dirigée par Allianz X. La participation de Tether avait été signalée séparément de l’annonce initiale du tour de table. Les deux opérations appartiennent à la stratégie d’investissement de Tether, mais leurs modalités financières publiées diffèrent nettement.
Une expansion annoncée dont les résultats restent à mesurer
L’investissement dans Peso vise à renforcer les connexions entre USDT, monnaies locales et réseaux de paiement dans quatre pays d’Amérique latine. L’intégration existante avec Yango montre une application concrète, tandis que les comptes virtuels, les QR codes et les terminaux constituent les autres services décrits. Les prochaines étapes annoncées concernent leur développement et les relations avec les institutions financières locales. À ce stade, ni le montant investi ni les volumes traités ne sont publics.