Schneider Electric profite pleinement de la vague mondiale d’investissements dans les centres de données.
Le groupe industriel français a relevé ce vendredi 16 octobre, pour la deuxième fois cette année, ses objectifs financiers pour 2026 après avoir enregistré un chiffre d’affaires trimestriel record.
Les revenus ont atteint 11,46 milliards d’euros au troisième trimestre, soit une croissance organique de 16,9 % sur un an. Le résultat dépasse les 11,13 milliards d’euros anticipés par le consensus fourni par l’entreprise.
Schneider vise désormais une croissance organique de son résultat opérationnel ajusté comprise entre 18 % et 21 % sur l’ensemble de 2026, contre une fourchette précédente de 14 % à 19 %.
L’objectif de croissance organique du chiffre d’affaires passe parallèlement de 10 %-13 % à 12 %-14 %.
Derrière cette nouvelle révision se trouve principalement un marché : les centres de données. La demande adressée à Schneider dans ce secteur a progressé à un rythme à trois chiffres au troisième trimestre, confirmant que les investissements dans l’intelligence artificielle commencent à produire des effets considérables bien au-delà des fabricants de semi-conducteurs.
Schneider Electric atteint un chiffre d’affaires record de 11,46 milliards d’euros
Le troisième trimestre marque un nouveau sommet pour Schneider Electric.
Le chiffre d’affaires de 11,46 milliards d’euros représente le niveau trimestriel le plus élevé jamais enregistré par le groupe.
La croissance organique atteint 16,9 %.
Cette progression dépasse les attentes du marché et montre que l’accélération observée au premier semestre ne s’est pas essoufflée.
Schneider bénéficie de plusieurs moteurs, mais la demande provenant des centres de données occupe désormais une place centrale.
Ces infrastructures nécessitent bien davantage que des processeurs.
Elles ont besoin de systèmes électriques, d’équipements de distribution d’énergie, de solutions de refroidissement et de dispositifs permettant de gérer la consommation.
Schneider se positionne précisément sur ces infrastructures.
Les prévisions de croissance passent à 12 %-14 %
Les performances du troisième trimestre ont conduit la direction à relever ses objectifs annuels.
Schneider vise désormais une croissance organique de son chiffre d’affaires comprise entre 12 % et 14 % en 2026.
La fourchette précédente était de 10 % à 13 %.
Cette modification est significative puisqu’il s’agit déjà de la deuxième révision à la hausse cette année.
Le groupe avait relevé une première fois ses prévisions en juillet après des performances semestrielles supérieures aux attentes.
La nouvelle révision indique que la dynamique observée pendant l’été s’est poursuivie plus fortement que prévu.
L’objectif de résultat opérationnel passe à 18 %-21 %
La progression des revenus n’est pas le seul élément positif.
Schneider anticipe désormais une croissance organique de son résultat opérationnel ajusté comprise entre 18 % et 21 %.
L’objectif précédent se situait entre 14 % et 19 %.
La rentabilité progresse donc potentiellement plus rapidement que les ventes.
Pour les investisseurs, cette différence est importante.
Une entreprise peut augmenter fortement son chiffre d’affaires tout en enregistrant une croissance limitée de ses bénéfices si ses coûts progressent au même rythme.
Schneider montre au contraire qu’une partie de la croissance supplémentaire peut également améliorer son résultat opérationnel.
La demande des data centers progresse à un rythme à trois chiffres
Le chiffre le plus spectaculaire concerne cependant les commandes.
Selon le directeur général Olivier Blum, la demande provenant des centres de données a enregistré une croissance à trois chiffres au cours du trimestre.
Cela signifie qu’elle a au minimum doublé par rapport à la période comparable.
Cette progression illustre l’ampleur des investissements actuellement consacrés aux infrastructures numériques.
L’intelligence artificielle nécessite des capacités de calcul considérables.
Ces capacités doivent être installées dans des centres de données capables d’alimenter et de refroidir des milliers de serveurs.
Les fournisseurs d’équipements électriques deviennent ainsi une composante essentielle de la chaîne de valeur.
Schneider n’est plus seulement un fabricant de disjoncteurs
L’évolution du groupe est particulièrement visible lorsqu’on compare son activité actuelle à son positionnement historique.
Schneider Electric était principalement associé aux équipements électriques industriels, notamment aux disjoncteurs et systèmes de distribution.
Ces activités restent importantes.
Mais le groupe s’est progressivement positionné sur des infrastructures beaucoup plus complexes.
Dans un centre de données, Schneider peut intervenir sur plusieurs niveaux : alimentation électrique, distribution, refroidissement, racks, automatisation et gestion énergétique.
Cette diversification permet au groupe de bénéficier de la construction d’un centre de données dans son ensemble plutôt que d’un seul composant.
L’IA transforme l’électricité en infrastructure stratégique
La croissance de Schneider montre également une particularité du cycle actuel de l’intelligence artificielle.
Le développement de l’IA est souvent analysé à travers les performances des fabricants de processeurs.
Mais les puces ne peuvent fonctionner sans énergie.
Plus les capacités de calcul augmentent, plus les besoins électriques deviennent importants.
Les centres de données doivent être connectés au réseau, alimentés de manière stable et protégés contre les interruptions.
Ils doivent également évacuer la chaleur produite par les serveurs.
Le boom de l’IA devient donc progressivement un boom des infrastructures électriques.
Les contraintes physiques deviennent un élément central
Cette évolution explique pourquoi les entreprises spécialisées dans l’équipement électrique bénéficient du cycle actuel.
Construire un modèle d’IA peut être relativement rapide sur le plan logiciel.
Construire l’infrastructure physique nécessaire pour le faire fonctionner prend davantage de temps.
Il faut trouver un terrain.
Obtenir une connexion électrique.
Installer des équipements.
Construire les bâtiments.
Déployer les serveurs et les systèmes de refroidissement.
Les contraintes physiques deviennent ainsi l’un des principaux facteurs limitant l’expansion des capacités de calcul.
Pour Schneider, cette situation crée une demande importante pour ses produits.
Le carnet de commandes offre de la visibilité
Un autre élément important vient du carnet de commandes.
La direction souligne qu’elle continue d’exécuter les commandes déjà enregistrées tout en observant une nouvelle demande extrêmement forte.
Cette combinaison améliore la visibilité sur les revenus futurs.
Une entreprise qui possède un carnet de commandes important ne dépend pas uniquement des ventes réalisées immédiatement.
Une partie de son activité future est déjà sécurisée.
Dans un environnement économique incertain, cette visibilité peut être particulièrement appréciée par les investisseurs.
Elle peut également permettre au groupe de mieux planifier ses investissements et ses capacités de production.
La demande pourrait rester forte au quatrième trimestre
Schneider anticipe une poursuite de la demande élevée des centres de données pendant les derniers mois de l’année.
Cette perspective explique la confiance affichée dans les nouveaux objectifs.
La question principale n’est donc plus seulement de savoir si le marché des data centers continue de croître.
Il faut désormais déterminer à quelle vitesse Schneider peut répondre à cette demande.
Une croissance extrêmement rapide peut elle-même créer des contraintes.
Les chaînes d’approvisionnement doivent suivre.
Les capacités industrielles doivent être suffisantes.
Les équipements doivent être livrés dans les délais.
Les prix peuvent compenser une partie de l’inflation des coûts
Le groupe bénéficie également d’une dynamique favorable sur les prix.
Schneider s’attend à ce que ses mesures tarifaires contribuent à compenser les effets de l’inflation des matières premières et des droits de douane sur l’ensemble de l’année.
Cette capacité constitue un avantage important.
Les industriels restent exposés aux fluctuations du cuivre, de l’acier et d’autres matériaux.
Une entreprise incapable de répercuter une partie de ces hausses sur ses clients peut voir ses marges diminuer rapidement.
La demande particulièrement forte donne à Schneider davantage de latitude pour défendre sa rentabilité.
Les marges deviennent aussi importantes que la croissance
Le nouveau plan implique une amélioration organique de la marge opérationnelle ajustée.
Cette progression montre que la direction ne cherche pas uniquement à maximiser les volumes.
Elle veut également convertir la demande exceptionnelle en bénéfices.
Le défi consiste à augmenter rapidement la production sans laisser les coûts progresser encore plus vite.
Dans l’industrie, les phases d’expansion peuvent parfois créer des inefficacités : heures supplémentaires, transport plus coûteux, investissements urgents ou pénuries de composants.
La progression attendue du résultat opérationnel suggère que Schneider parvient pour l’instant à absorber ces contraintes.
Le marché européen rebondit avec Schneider
Les résultats ont également contribué à soutenir les actions européennes vendredi matin.
Le STOXX 600 progressait de 0,3 % à 641,75 points en début de séance.
L’indice évoluait ainsi près de son niveau le plus élevé depuis plus de deux semaines et se dirigeait vers sa meilleure performance hebdomadaire depuis août.
Les valeurs industrielles progressaient d’environ 0,7 %.
Schneider Electric gagnait initialement environ 1,4 % après la publication de ses nouveaux objectifs.
Le marché européen trouvait ainsi un soutien après une semaine particulièrement volatile pour les valeurs liées à la technologie.
Les résultats arrivent après une forte correction des valeurs IA
Le timing de la publication est particulièrement intéressant.
Les marchés viennent de traverser plusieurs séances difficiles autour du thème de l’intelligence artificielle.
Les investisseurs ont commencé à s’interroger sur le coût de financement des infrastructures et sur la capacité de certains opérateurs de centres de données à générer suffisamment de revenus.
Les fabricants de semi-conducteurs ont également subi une forte correction.
Dans ce contexte, les chiffres de Schneider fournissent une donnée concrète : la demande physique pour les infrastructures reste extrêmement élevée.
Cela ne supprime pas les inquiétudes sur les valorisations ou le financement.
Mais cela montre que les investissements continuent réellement à se matérialiser.
Les infrastructures offrent une lecture différente du boom de l’IA
Cette distinction est importante.
Une entreprise développant un modèle d’intelligence artificielle dépend de sa capacité à attirer des utilisateurs et à monétiser son service.
Un fournisseur d’infrastructure bénéficie davantage des dépenses réalisées pour construire le système.
Il n’a pas nécessairement besoin de savoir quel modèle d’IA dominera dans cinq ans.
Il doit principalement savoir si les entreprises continueront à construire des capacités de calcul.
Cette logique rappelle les fournisseurs d’équipements lors des grandes phases d’expansion industrielle.
Les gagnants ne sont pas toujours uniquement les entreprises produisant le produit final.
Ceux qui fournissent l’infrastructure nécessaire peuvent également capter une part importante de la croissance.
Schneider profite de la diversification des investissements cloud
Les grandes entreprises du cloud continuent de consacrer des montants considérables aux centres de données.
Pour Schneider, la diversification des clients constitue un élément important.
Le groupe n’est pas exposé à une seule plateforme ou à un seul modèle d’intelligence artificielle.
Ses équipements peuvent être utilisés par différents opérateurs.
Cette position réduit partiellement le risque lié à la concurrence entre les entreprises technologiques.
Même si le leadership change entre plusieurs groupes, les besoins fondamentaux en énergie et refroidissement restent présents.
Mais une baisse des investissements IA resterait un risque majeur
La dépendance croissante aux data centers possède néanmoins un revers.
Plus ce marché contribue à la croissance de Schneider, plus un ralentissement futur pourrait affecter ses performances.
Les investisseurs surveillent actuellement précisément ce risque.
Si les géants technologiques réduisent leurs budgets d’investissement, certains projets pourraient être reportés.
Une détérioration du marché du crédit pourrait également compliquer le financement des opérateurs spécialisés.
Pour l’instant, les chiffres de Schneider ne montrent pas ce ralentissement.
La demande à trois chiffres indique plutôt l’inverse.
Mais le risque doit rester surveillé.
Le groupe renforce aussi son activité logicielle
Schneider ne limite pas sa stratégie aux infrastructures physiques.
Le groupe cherche également à développer ses capacités logicielles.
Cette orientation lui permet de combiner équipements industriels et outils numériques.
Les logiciels peuvent aider les clients à surveiller leur consommation énergétique, automatiser certaines opérations et optimiser leurs installations.
Dans les centres de données, ces fonctions prennent une importance croissante.
Une meilleure gestion énergétique peut réduire les coûts et améliorer l’utilisation des infrastructures existantes.
La convergence entre matériel électrique et logiciels devient donc un axe stratégique.
Le rachat de PTC représente un pari majeur
Cette stratégie explique notamment l’acquisition annoncée de PTC.
Schneider a accepté de racheter le spécialiste américain des logiciels d’ingénierie dans une opération valorisant les fonds propres de PTC à environ 22,6 milliards de dollars.
La taille de la transaction montre l’ambition du groupe.
PTC développe des outils utilisés dans la conception, la gestion et l’exploitation de produits industriels.
L’intégration peut permettre à Schneider de renforcer son exposition aux logiciels tout au long du cycle industriel.
Mais une acquisition de cette ampleur comporte également des risques d’intégration et de financement.
Schneider veut reproduire le modèle utilisé avec Aveva
Le groupe possède déjà une expérience importante dans le logiciel industriel grâce à Aveva.
Schneider avait progressivement renforcé son contrôle sur cette entreprise avant d’en finaliser l’acquisition complète en 2023.
PTC devrait fonctionner avec une structure relativement comparable, tout en conservant une identité distincte.
L’objectif est de créer des synergies sans détruire la valeur d’une entreprise logicielle en l’intégrant trop brutalement à un groupe industriel.
Cette approche sera particulièrement surveillée par les investisseurs.
Le prix payé pour PTC signifie que Schneider devra démontrer que l’opération peut produire une croissance et des synergies suffisantes.
Les acquisitions utilisent une partie des bénéfices du cycle actuel
La forte croissance des data centers donne au groupe davantage de ressources pour accélérer sa transformation.
Cette stratégie possède une logique claire.
Schneider utilise les bénéfices générés par l’expansion actuelle de ses activités électriques pour renforcer ses positions dans les logiciels et les technologies industrielles.
Si cette diversification fonctionne, le groupe pourrait devenir moins dépendant de certains cycles industriels traditionnels.
Mais l’exécution sera déterminante.
Multiplier les acquisitions pendant une période de croissance rapide peut créer de la valeur.
Cela peut aussi augmenter la complexité et les risques financiers.
Le marché surveillera la dette après les grandes opérations
Les acquisitions importantes rendent également la structure financière plus importante.
Le rachat de PTC représente à lui seul environ 22,6 milliards de dollars en valeur des fonds propres.
Schneider devra donc montrer qu’il peut financer sa stratégie tout en conservant une situation financière solide.
Les investisseurs sont actuellement particulièrement sensibles à la dette.
La correction récente des entreprises liées à l’IA a montré que les marchés sanctionnent rapidement les modèles nécessitant des financements importants.
Schneider se trouve dans une situation différente puisqu’il génère des flux de trésorerie importants.
Mais le coût des acquisitions restera un élément à surveiller.
La croissance à trois chiffres des data centers devra être confirmée
Les résultats du troisième trimestre sont particulièrement solides, mais le rythme actuel ne peut pas nécessairement être extrapolé indéfiniment.
Une croissance à trois chiffres de la demande est exceptionnelle.
Plus la base de comparaison augmente, plus il devient difficile de maintenir le même rythme.
Les investisseurs devront donc surveiller davantage le niveau absolu des commandes que le simple pourcentage de croissance.
Un ralentissement du taux de progression ne signifierait pas automatiquement une baisse de la demande.
Il pourrait simplement refléter une base beaucoup plus élevée.
Les capacités électriques deviennent le véritable goulot d’étranglement
À moyen terme, le principal risque pour les centres de données pourrait ne pas venir de la demande mais de l’électricité disponible.
De nombreuses régions rencontrent déjà des difficultés à connecter rapidement de nouvelles infrastructures au réseau.
Les centres de données d’IA consomment énormément d’énergie.
Cette consommation peut entrer en concurrence avec les besoins industriels et résidentiels.
Les réseaux doivent donc être renforcés.
De nouvelles capacités de production doivent parfois être construites.
Pour Schneider, cette contrainte peut paradoxalement créer une nouvelle source de demande.
Le renforcement des réseaux élargit le marché potentiel
Si davantage de centres de données nécessitent davantage d’électricité, les investissements ne s’arrêtent pas aux bâtiments eux-mêmes.
Les réseaux électriques doivent également évoluer.
Transformateurs, équipements de distribution, automatisation et gestion énergétique deviennent nécessaires.
Schneider peut ainsi bénéficier de deux niveaux d’investissement : directement dans les data centers et indirectement dans les infrastructures électriques qui les alimentent.
Cette exposition explique pourquoi le groupe apparaît comme l’un des bénéficiaires industriels les plus visibles de l’expansion de l’IA en Europe.
La hausse des objectifs réduit le risque d’un ralentissement immédiat
La publication du 16 octobre apporte surtout une réponse à une question qui préoccupait les investisseurs après la correction technologique de cette semaine.
La demande liée à l’intelligence artificielle est-elle déjà en train de ralentir ?
Chez Schneider, la réponse est clairement négative pour l’instant.
Le chiffre d’affaires trimestriel atteint un record de 11,46 milliards d’euros.
La croissance organique ressort à 16,9 %.
La demande des centres de données progresse à un rythme à trois chiffres.
Et le groupe relève ses objectifs pour la deuxième fois de l’année.
Ces éléments montrent que les investissements physiques restent particulièrement dynamiques.
Schneider devra maintenant transformer les commandes en bénéfices durables
Le prochain défi consiste moins à trouver de la demande qu’à l’exécuter efficacement.
Le groupe devra livrer son carnet de commandes tout en préservant ses marges.
Il devra gérer l’inflation des matières premières et les droits de douane.
Il devra également intégrer ses acquisitions et maintenir une discipline financière suffisante.
Trois indicateurs seront donc particulièrement importants dans les prochains trimestres : la croissance des commandes de data centers, l’évolution de la marge opérationnelle et la génération de trésorerie.
Une demande toujours forte accompagnée d’une amélioration des marges confirmerait que Schneider transforme réellement le boom de l’IA en croissance rentable.
À l’inverse, une baisse des commandes ou une hausse trop rapide des coûts indiquerait que le cycle commence à rencontrer ses limites.
Pour l’instant, les chiffres publiés ce 16 octobre donnent plutôt l’image inverse.
Alors qu’une partie du marché s’interroge sur les valorisations, la dette et la rentabilité future de l’intelligence artificielle, Schneider Electric apporte une donnée beaucoup plus concrète : les entreprises continuent de construire les infrastructures nécessaires, et la demande pour l’électricité, le refroidissement et la gestion énergétique qui les accompagnent reste exceptionnellement forte.