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Le pétrole ignore la faiblesse du trafic à Ormuz et parie sur une nouvelle phase de la crise

Le trafic dans le détroit d’Ormuz reste inférieur à la normale tandis que l’Iran et Oman négocient un corridor temporaire et que les États-Unis contestent la version de Téhéran.

Le détroit d’Ormuz continue de fonctionner très en dessous de son niveau habituel, mais le marché pétrolier semble penser que la phase la plus dangereuse de la crise pourrait être en train de s’éloigner. C’est le principal message envoyé par la baisse du Brent. Alors que seulement cinq navires transportant des matières premières ont traversé le détroit mardi, contre une moyenne de 15 au cours des dix jours précédents, les cours du pétrole ont continué de reculer.

La raison est que les traders intègrent désormais une combinaison de négociations entre l’Iran et Oman, un risque plus faible de nouvelle escalade militaire américaine et la possible création d’une route maritime temporaire. Le problème est que les versions politiques restent contradictoires.

Téhéran affirme qu’un accord existe, mais accuse Washington

Les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé que l’Iran et Oman étaient déjà parvenus à un accord sur les conditions de gestion de la route. Selon le groupe, l’accord prévoirait notamment un partage des revenus liés à la gestion du détroit. L’IRGC affirme que l’obstacle se situe désormais du côté des États-Unis et a également déclaré qu’Ormuz resterait fermé tant que Washington n’accepterait pas les conditions iraniennes.

Cette déclaration transforme la question en un différend politique à trois : Oman tente de jouer les médiateurs, l’Iran affirme que les discussions techniques ont progressé, tandis que Washington rejette l’idée selon laquelle la route serait réellement fermée.

Trump affirme que les navires circulent déjà

Donald Trump a déclaré que le détroit était ouvert et que les États-Unis faisaient déjà circuler des navires dans la région. Trump a reconnu que des tirs occasionnels de drones ou de roquettes continuaient de se produire, mais il a décrit Ormuz comme fonctionnel et affirmé que d’importants volumes de pétrole continuaient d’en sortir.

Ces déclarations contrastent toutefois avec les données sur le trafic. Même si certains navires parviennent à passer, leur nombre reste largement inférieur aux niveaux récents.

Un marché désormais guidé par les anticipations

Le prix du pétrole ne dépend pas uniquement de ce qui se passe aujourd’hui, mais également de ce que les traders pensent qu’il se passera demain. Si le marché estime que la situation à Ormuz va se normaliser, les contrats pétroliers peuvent reculer avant même que les flux ne reviennent réellement à la normale.

C’est précisément le comportement observé actuellement : la situation physique reste fragile, mais les anticipations politiques se sont améliorées.

L’accord temporaire pourrait être plus important qu’il n’y paraît

L’Iran et Oman ont indiqué discuter de la création d’un corridor temporaire commun, tandis qu’un plan de déminage est également envisagé. Ces deux éléments sont essentiels, car il ne suffit pas d’annoncer la paix : les navires doivent pouvoir traverser, les assureurs doivent accepter le niveau de risque et les routes maritimes doivent être considérées comme sûres.

Le déminage pourrait donc transformer une avancée diplomatique en véritable amélioration opérationnelle.

Une structure permanente est également à l’étude

Les deux pays ont indiqué que les discussions techniques se poursuivraient afin de créer un corridor permanent. Ils discutent également de la future administration du détroit, du partage d’informations, de la gestion du trafic ainsi que des services de sécurité et de navigation.

Cela signifie que l’objectif dépasse largement la simple résolution de la crise actuelle. Il existe la possibilité de mettre en place une nouvelle gouvernance pour l’une des routes énergétiques les plus importantes au monde. Si cela se concrétise, la prime de risque géopolitique pourrait être durablement modifiée.

Le pétrole privilégie pour l’instant le scénario optimiste

Le Brent est passé sous les 90 dollars et s’échangeait autour de 86,83 dollars, malgré la forte baisse du trafic. Cela montre que les inquiétudes concernant l’offre physique actuelle sont éclipsées par les anticipations concernant l’offre future.

Plus la confiance dans une normalisation augmente, moins les investisseurs ressentent le besoin d’intégrer une importante prime de risque dans les prix.

Le retour des diplomates américains renforce cette lecture

Les États-Unis auraient commencé à renvoyer des diplomates dans plusieurs pays du Golfe. Le marché interprète généralement ce type de mouvement comme le signe que Washington ne s’attend pas à une escalade immédiate.

Lors des périodes de risque extrême, les gouvernements ont tendance à retirer leur personnel. Lorsqu’ils commencent à le faire revenir, les investisseurs peuvent y voir une diminution de la probabilité d’une attaque majeure, ce qui contribue à exercer une pression baissière sur les prix du pétrole.

Un possible cessez-le-feu est également évoqué

L’agence russe RIA Novosti a rapporté que les États-Unis et l’Iran pourraient annoncer un nouveau cessez-le-feu dans les prochains jours. L’information cite des sources iraniennes et pakistanaises et indique également que la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz ferait partie de l’accord.

Toutefois, cette information n’a pas été confirmée de manière indépendante et la Maison-Blanche n’a fait aucun commentaire. Elle peut donc influencer le sentiment du marché, mais ne doit pas être considérée comme un fait établi.

Trump entretient l’ambiguïté sur les négociations

Le président américain a récemment affirmé que les États-Unis et l’Iran menaient des discussions en coulisses, ce que Téhéran a démenti. Trump a ensuite déclaré que les discussions étaient terminées. Il affirme désormais ne pas avoir fixé de calendrier pour leur reprise et ne pas être pressé.

Ce type de messages contradictoires complique la fixation des prix, car le marché doit interpréter les intentions des différentes parties à partir de signaux indirects.

Les sanctions restent le deuxième front

Dans le même temps, Washington cherche à renforcer la pression économique. Scott Bessent a annoncé une offensive contre les « facilitateurs » de l’Iran, avec pour objectif d’imposer des sanctions secondaires contre des personnes, des entreprises et des partenaires commerciaux.

Une liste de 60 individus, entités et navires a déjà été présentée, mais les mesures les plus lourdes n’ont pas encore été mises en œuvre.

Le marché s’attendait à des mesures plus agressives

L’absence de sanctions secondaires de grande ampleur contribue à expliquer la baisse du pétrole. Si Washington avait immédiatement ciblé de grandes banques ou d’importants acheteurs internationaux, les exportations iraniennes auraient pu subir un impact beaucoup plus important.

Cela ne s’est pas produit jusqu’à présent. La stratégie semble progressive : d’abord la menace, ensuite une période d’adaptation et, seulement après, une éventuelle sanction.

La Chine constitue le point le plus sensible

La Chine achète environ 90 % du pétrole iranien, ce qui signifie que toute mesure visant des institutions financières chinoises pourrait avoir des conséquences mondiales. Sanctionner de grandes banques pourrait affecter non seulement l’Iran, mais également des marchés financiers beaucoup plus importants.

Bessent a clairement indiqué que Washington ne souhaitait pas provoquer de rupture dans le système financier mondial. Cette prudence réduit l’impact immédiat potentiel des sanctions.

Pékin a déjà montré qu’il pouvait réagir

Le gouvernement chinois a déclaré qu’il prendrait les mesures nécessaires pour protéger ses intérêts si les États-Unis renforçaient leur pression contre les pays commerçant avec l’Iran. Cela crée le risque d’un affrontement économique parallèle, puisqu’une campagne contre Téhéran pourrait finir par se transformer en conflit économique avec Pékin.

Washington semble vouloir éviter ce scénario tout en maintenant la pression.

Ormuz reste donc la variable la plus immédiate

Les sanctions prennent du temps : les entreprises adaptent leurs contrats, les banques modifient leurs procédures de conformité, les acheteurs cherchent de nouveaux intermédiaires et les routes commerciales sont réorganisées.

Ormuz fonctionne différemment. Si les navires peuvent passer, l’offre s’améliore immédiatement ; s’ils ne peuvent pas passer, le risque augmente rapidement. C’est pourquoi les progrès concernant la navigation ont un impact beaucoup plus direct sur les prix à court terme.

Le nombre de navires reste préoccupant

Cinq navires transportant des matières premières en une seule journée représentent un niveau extrêmement faible. La moyenne récente était trois fois supérieure et, avant la guerre, environ un cinquième du pétrole mondial transitait par le détroit.

Cela montre que la crise opérationnelle est encore loin d’être totalement résolue. Le marché parie sur une amélioration de la situation, mais les données ne fournissent pas encore suffisamment de confirmations.

Ce décalage pourrait provoquer de la volatilité

Plus l’écart entre les anticipations et la réalité est important, plus le risque de correction augmente. Si le trafic progresse, le marché aura eu raison ; s’il reste faible, les investisseurs pourraient recommencer à intégrer une prime de risque.

Cet ajustement pourrait être rapide, surtout dans un marché où les déclarations politiques peuvent changer plusieurs fois au cours d’une même journée.

La future administration du détroit constitue un enjeu majeur

Un autre point encore peu discuté concerne le contrôle et l’administration d’Ormuz après la crise. Les Gardiens de la révolution ont évoqué un partage des revenus, tandis que l’Iran et Oman ont parlé de la future administration du détroit.

Cela montre que les négociations ne concernent pas uniquement la sécurité. Il existe également un enjeu de contrôle économique et institutionnel, qui pourrait être plus difficile à résoudre que la simple ouverture d’un corridor temporaire.

Trump n’exclut pas le recours à la force militaire

Malgré les signes d’apaisement, Trump a affirmé que les mesures économiques comme les opérations militaires étaient efficaces, ce qui signifie que l’option militaire reste sur la table.

Si Washington décidait de recourir de nouveau à la force, le marché pourrait complètement changer de direction. Pour l’instant, les traders semblent considérer que cette probabilité a diminué, mais elle n’a pas disparu.

Le prochain signal devra venir des navires

Les déclarations politiques ont déjà suffisamment soutenu le scénario d’apaisement pour faire baisser les prix. Le marché a désormais besoin de preuves concrètes sur le terrain.

Si le nombre de navires commence à augmenter, l’hypothèse d’une normalisation gagnera en crédibilité. S’il reste proche des niveaux actuels, le scénario de désescalade pourrait perdre de sa force. Les données de Kpler et d’autres sources spécialisées dans le suivi du trafic maritime seront probablement plus importantes que de nouvelles déclarations politiques.

Conclusion

L’Iran affirme que les États-Unis bloquent un accord conclu avec Oman concernant le détroit d’Ormuz, tandis que Washington conteste cette version et que Trump affirme que la route fonctionne déjà. Dans le même temps, seulement cinq navires transportant des matières premières ont traversé le détroit mardi, un chiffre très inférieur à la moyenne récente.

Malgré cela, le Brent continue de reculer, car les investisseurs anticipent désormais une diminution du risque militaire et une reprise progressive de la navigation.

Point clé

Le marché pétrolier négocie l’avenir, pas le présent. Aujourd’hui, le trafic dans le détroit d’Ormuz reste fortement réduit, mais les prix reflètent déjà l’espoir qu’un corridor temporaire, le déminage et les négociations entre l’Iran et Oman puissent améliorer la situation.

Si les navires recommencent réellement à circuler, la baisse de la prime de risque pourrait se poursuivre. Dans le cas contraire, le marché devra corriger un pari optimiste qui n’a pas encore été confirmé sur le plan opérationnel.

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