L’or évolue à proximité de son niveau le plus élevé depuis trois mois, porté par un retour des inquiétudes sur la trajectoire du dollar et sur le coût croissant de la dette américaine. Le mouvement s’est accéléré après l’intervention inattendue du Trésor américain sur le marché obligataire, qui a contribué à faire reculer les rendements et la devise américaine.
Le métal a progressé de plus de 5 % la semaine dernière, enregistrant une troisième hausse hebdomadaire consécutive. En début de séance asiatique lundi, il a avancé jusqu’au-dessus de 4 620 dollars l’once avant de se stabiliser autour de 4 608,01 dollars à 7:10 à Singapour, soit une hausse de 0,1 %. Vendredi, l’or avait déjà gagné 1,9 %.
Le marché réagit désormais à plus qu’un simple mouvement de taux. L’augmentation des rachats d’obligations d’État à longue maturité a ravivé le thème dit de la « debasement trade », dans lequel les investisseurs cherchent à se protéger contre une éventuelle perte de valeur des monnaies et une détérioration des finances publiques.
Les rachats du Trésor relancent les inquiétudes sur la valeur du dollar
Le principal catalyseur est venu du Trésor américain, qui a annoncé une augmentation surprise de ses rachats de dette publique à long terme. Ces opérations ont accru la demande pour certaines obligations et contribué à faire baisser les rendements.
Le mouvement a immédiatement bénéficié à l’or. Un rendement obligataire plus faible réduit le coût d’opportunité lié à la détention d’un actif qui ne verse aucun intérêt. En parallèle, la baisse du dollar rend le métal moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises.
Mais la réaction du marché ne s’arrête pas à cette mécanique traditionnelle. Les investisseurs s’interrogent également sur le signal envoyé par une intervention plus directe des autorités sur le coût de financement du gouvernement américain.
Lorsque les pouvoirs publics cherchent à réduire les coûts d’emprunt sur une dette déjà élevée, certains investisseurs peuvent y voir un risque de pression accrue sur la monnaie à long terme. C’est cette lecture qui alimente le retour du thème de la dépréciation monétaire.
Scott Bessent ouvre la porte à des interventions plus importantes
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a renforcé cette perception en indiquant qu’il était prêt à augmenter encore les rachats des obligations les plus coûteuses.
Il a également signalé que l’administration préparait une initiative budgétaire destinée à répondre aux coûts d’emprunt les plus élevés observés depuis plusieurs années.
Ces déclarations ont donné au marché une raison supplémentaire de penser que les autorités américaines pourraient chercher activement à contenir les rendements.
Pour l’or, cette perspective est favorable tant qu’elle exerce une pression baissière sur les taux et sur le dollar.
Cependant, elle nourrit aussi une question plus profonde : jusqu’où les autorités sont-elles prêtes à aller pour contenir le coût de la dette, et quelles pourraient être les conséquences sur la confiance dans les actifs libellés en dollars ?
Le « debasement trade » rappelle le rallye de 2025
Le retour de ce thème est particulièrement notable parce qu’il avait déjà joué un rôle central dans la hausse spectaculaire de l’or en 2025.
Le métal avait progressé d’environ 65 % cette année-là, notamment dans un contexte où les investisseurs cherchaient des actifs capables de conserver leur valeur face aux inquiétudes monétaires et budgétaires.
Le mécanisme repose sur une idée simple : si les investisseurs commencent à craindre qu’une monnaie perde progressivement de sa valeur réelle, ils peuvent se tourner vers des actifs considérés comme des réserves de valeur alternatives.
L’or fait partie des premiers bénéficiaires de ce type de comportement.
Le mouvement actuel suggère que cette logique revient dans le débat de marché, même si l’intensité et la durée de cette nouvelle phase restent incertaines.
Ray Dalio renforce le débat sur la dette américaine
Le retour des préoccupations budgétaires a également été alimenté par Ray Dalio, fondateur milliardaire de Bridgewater Associates.
Dans une publication sur LinkedIn vendredi, Dalio a estimé que les investisseurs devraient réduire leur exposition aux obligations et consacrer jusqu’à 15 % de leur portefeuille à l’or afin de se protéger contre le risque d’une crise de la dette américaine.
Cette recommandation ne constitue pas une prévision officielle sur le prix du métal, mais elle renforce le discours selon lequel la dette publique américaine devient un facteur d’allocation de portefeuille de plus en plus important.
La remarque intervient au moment où le marché s’interroge déjà sur les conséquences de coûts d’emprunt élevés et d’une politique plus interventionniste du Trésor.
La faiblesse récente du dollar soutient directement le métal
Le Bloomberg Dollar Spot Index était peu changé lundi après avoir touché son niveau le plus faible depuis plus de trois mois lors de la séance précédente.
Cette baisse constitue un soutien important pour l’or.
Comme le métal est coté en dollars, une monnaie américaine plus faible améliore son accessibilité pour les acheteurs étrangers.
Lorsque ce facteur se combine à une baisse des rendements, l’environnement devient particulièrement favorable au bullion.
C’est précisément cette combinaison qui a alimenté la hausse de plus de 5 % observée la semaine dernière.
Le marché reste cependant proche de niveaux très élevés
Malgré le soutien macroéconomique, l’or évolue déjà à des niveaux historiquement élevés.
La progression au-dessus de 4 620 dollars en début de séance montre que les acheteurs restent présents, mais le marché devra désormais déterminer si la dynamique peut continuer sans nouvelle baisse significative des rendements ou du dollar.
Le fait que l’or ait gagné 1,9 % vendredi puis conservé l’essentiel de ses gains lundi montre qu’il n’y a pas encore de correction importante.
Mais après plusieurs séances fortes, une phase de consolidation resterait possible.
L’argent ne suit pas avec la même intensité
L’argent était stable autour de 68,97 dollars l’once.
Le platine et le palladium reculaient légèrement.
Cette divergence indique que la hausse actuelle est particulièrement concentrée sur l’or.
Le mouvement semble donc davantage lié au rôle du métal comme actif monétaire et réserve de valeur qu’à une hausse uniforme de l’ensemble des métaux précieux.
Le principal moteur devient la confiance dans les actifs américains
La question centrale n’est plus seulement de savoir où vont les rendements obligataires à court terme.
Le marché commence aussi à examiner la confiance accordée au dollar et à la dette américaine.
Si les investisseurs considèrent que les autorités doivent intervenir de plus en plus pour contenir les coûts de financement, l’intérêt pour des actifs alternatifs pourrait rester élevé.
Dans ce cadre, l’or bénéficie d’une double fonction : il profite d’une baisse des rendements tout en servant de couverture contre une éventuelle perte de confiance dans les actifs monétaires traditionnels.
Conclusion
L’or reste proche d’un sommet de trois mois après une hausse de plus de 5 % la semaine dernière, soutenu par les rachats accrus de dette du Trésor américain, la baisse récente des rendements et un dollar plus faible.
Le retour du thème de la dépréciation monétaire donne toutefois au mouvement une dimension plus importante. Les investisseurs ne réagissent plus seulement à la politique de taux, mais également aux inquiétudes sur la dette américaine, le coût du financement public et la solidité à long terme du dollar.
Point clé final
Le soutien actuel de l’or repose sur une combinaison particulièrement favorable : rendements plus faibles, dollar moins ferme et retour des préoccupations budgétaires. Tant que les interventions du Trésor alimenteront l’idée d’un assouplissement des conditions financières ou d’une pression sur la valeur du dollar, le métal devrait conserver une demande solide comme actif alternatif et réserve de valeur.