Dairy Queen, la chaîne de restauration rapide détenue par Berkshire Hathaway, ajuste sa stratégie internationale dans un contexte économique et géopolitique plus complexe. L’entreprise met temporairement en pause ses projets d’expansion au Moyen-Orient, alors que les tensions liées à la guerre en Iran et les restrictions dans le détroit d’Hormuz perturbent les chaînes d’approvisionnement. En parallèle, la marque accélère ses tests d’intelligence artificielle dans les drive-thrus pour améliorer l’efficacité opérationnelle et l’expérience client.
Le message de Troy Bader, directeur général de Dairy Queen, est clair : l’entreprise reste intéressée par la région, mais les conditions actuelles rendent toute nouvelle implantation plus difficile. Les franchisés locaux préfèrent attendre davantage de visibilité avant de lancer la marque dans de nouveaux marchés. Dans un secteur où la vitesse d’exécution et la montée en échelle sont essentielles, les perturbations logistiques peuvent rapidement transformer une opportunité de croissance en risque opérationnel.
Dairy Queen est déjà présente à Bahreïn, au Koweït, à Oman, au Qatar et aux Émirats arabes unis. L’entreprise avait aussi manifesté son intérêt pour une entrée en Arabie saoudite, un marché important pour les enseignes internationales de restauration. Mais pour l’instant, l’expansion est en attente.
Le détroit d’Hormuz complique la chaîne d’approvisionnement
La principale difficulté vient des restrictions de navigation dans le détroit d’Hormuz. Ce passage maritime est l’un des plus stratégiques au monde pour l’énergie et le commerce régional. Lorsqu’il devient plus difficile ou plus coûteux d’y faire transiter des marchandises, les entreprises doivent trouver des itinéraires alternatifs, ce qui peut augmenter les délais, les coûts et l’incertitude.
Pour une chaîne comme Dairy Queen, la logistique est un élément central. Même si certains produits peuvent être obtenus localement, d’autres ingrédients, équipements ou fournitures doivent être importés. Lorsque les routes commerciales sont perturbées, la capacité à garantir un approvisionnement régulier devient plus fragile.
Dans la restauration rapide, cette régularité est essentielle. Les clients attendent les mêmes produits, la même qualité et la même disponibilité d’un marché à l’autre. Une marque internationale ne peut pas se permettre d’ouvrir un nouveau pays sans être certaine de pouvoir soutenir ses restaurants avec une chaîne d’approvisionnement fiable.
C’est pourquoi les franchisés locaux se montrent prudents. Lancer une nouvelle marque demande des investissements, du marketing, de la formation, des infrastructures et une capacité rapide à atteindre une masse critique. Si les coûts logistiques deviennent imprévisibles, le risque augmente.
Une expansion régionale reportée, pas annulée
La pause de Dairy Queen ne signifie pas que l’entreprise abandonne le Moyen-Orient. Troy Bader a indiqué que la marque reste très intéressée par la région. La décision actuelle ressemble donc davantage à un report stratégique qu’à un retrait.
Cette distinction est importante. Le Moyen-Orient reste un marché attractif pour les grandes chaînes de restauration. La région combine une population jeune, des centres commerciaux développés, une forte culture de consommation hors domicile et une demande importante pour les marques internationales. L’Arabie saoudite, en particulier, attire de nombreuses enseignes grâce à sa taille, ses investissements dans le divertissement et l’évolution de ses habitudes de consommation.
Cependant, l’entrée dans un nouveau pays doit être bien calibrée. Une marque comme Dairy Queen doit rapidement atteindre une échelle suffisante pour justifier les coûts de lancement. Si elle ouvre trop lentement ou si les perturbations empêchent un approvisionnement stable, la rentabilité peut être retardée.
Dans ce contexte, attendre peut être une décision rationnelle. L’entreprise conserve son intérêt pour la région tout en évitant de lancer une expansion dans des conditions trop instables.
Les consommateurs américains à faible revenu réduisent leurs dépenses
Les difficultés de Dairy Queen ne se limitent pas à l’international. Aux États-Unis, la chaîne observe une segmentation plus nette de sa clientèle. Les consommateurs plus aisés continuent d’acheter des produits comme les Blizzard, les burgers et les morceaux de poulet. En revanche, les clients à revenu plus faible deviennent plus prudents.
Cette tendance reflète un problème plus large dans l’économie américaine. L’inflation reste élevée, les taux d’intérêt demeurent importants et les prix du carburant ont récemment augmenté rapidement. Pour les ménages modestes, ces pressions réduisent le budget disponible pour les repas à l’extérieur.
Dans la restauration rapide, même de petites variations de prix peuvent influencer la fréquentation. Les consommateurs peuvent réduire la fréquence de leurs visites, choisir des menus moins chers, partager des repas ou privilégier les promotions. Les enseignes doivent donc ajuster leur offre pour maintenir le trafic sans trop sacrifier leurs marges.
Dairy Queen répond à cette pression avec des options de valeur, notamment des offres mix-and-match à 5 dollars et des menus à 7 dollars. Ce type de proposition permet de retenir les clients sensibles au prix, tout en préservant une certaine flexibilité commerciale.
L’inflation redessine le comportement des clients
La remarque de Bader sur les consommateurs “fatigués” par l’inflation est significative. Après plusieurs années de hausse des prix, beaucoup de ménages ne réagissent plus seulement à un choc ponctuel. Ils adaptent durablement leurs habitudes.
Les restaurants ressentent directement ce changement. Lorsque le coût du crédit, de l’essence, de l’alimentation et du logement reste élevé, les dépenses discrétionnaires deviennent plus sélectives. La restauration rapide conserve un avantage par rapport aux restaurants plus chers, mais elle n’est pas immunisée.
Les grandes chaînes doivent donc gérer un équilibre délicat. Elles doivent protéger leurs marges face à la hausse des coûts, mais aussi rester accessibles pour les clients qui comparent davantage les prix. Trop augmenter les tarifs peut réduire la fréquentation. Trop miser sur les promotions peut fragiliser la rentabilité.
Pour Dairy Queen, les produits emblématiques comme les desserts glacés peuvent continuer d’attirer des clients fidèles, mais les offres repas et les formules économiques deviennent importantes pour soutenir la demande des ménages plus contraints.
La Chine reste le moteur de croissance le plus dynamique
Sur le plan international, la Chine reste le marché de croissance le plus rapide pour Dairy Queen. L’entreprise y compte plus de 1 800 restaurants, et les ventes à magasins comparables ont progressé de 10 % l’an dernier. Cette performance contraste avec la prudence observée au Moyen-Orient et avec la segmentation de la clientèle américaine.
La Chine offre plusieurs avantages pour une marque comme Dairy Queen. Le marché est vaste, les consommateurs urbains sont habitués aux enseignes internationales et la demande pour les desserts, boissons et produits de restauration rapide reste importante dans de nombreuses zones.
Cependant, la croissance en Chine comporte aussi ses propres risques : concurrence intense, évolution rapide des goûts, pression sur les prix et complexité opérationnelle. Le succès actuel montre néanmoins que Dairy Queen possède encore des moteurs internationaux solides, même si certaines régions deviennent plus difficiles à court terme.
Au total, les ventes de Dairy Queen ont augmenté d’environ 3 % en 2025, pour atteindre près de 6,6 milliards de dollars. Cette progression reste modérée, mais elle montre que la marque continue de croître malgré un environnement plus exigeant.
L’intelligence artificielle arrive dans les drive-thrus
L’autre grand axe de transformation concerne l’intelligence artificielle. Dairy Queen prépare un test avec un chatbot développé par Presto dans environ 50 drive-thrus. L’objectif est d’automatiser une partie de la prise de commandes, de réduire la charge des employés et d’améliorer la fluidité du service.
Le premier test a montré une précision d’environ 90 % dans les commandes. Ce niveau peut sembler insuffisant pour une activité où les erreurs frustrent rapidement les clients. Mais Bader a expliqué que les employés surveillent les commandes générées par l’IA et que l’objectif est de dépasser 99 % de précision.
Cette approche hybride est importante. L’IA ne remplace pas immédiatement l’équipe humaine. Elle sert d’assistant opérationnel, tandis que les employés contrôlent, corrigent et se concentrent sur d’autres tâches. Dans un drive-thru, cela peut améliorer la rapidité, la qualité du produit et l’attention portée au client.
Les chaînes de restauration testent toutes l’IA
Dairy Queen n’est pas seule. McDonald’s, Taco Bell, Burger King et Wendy’s ont également testé l’intelligence artificielle dans le processus de commande. Cette tendance reflète une transformation plus large de la restauration rapide.
Le drive-thru est un point critique pour les grandes chaînes. Il représente une part importante des ventes, mais il peut aussi devenir un goulot d’étranglement. Les clients veulent commander vite, payer facilement et recevoir leur repas sans erreur. Les enseignes cherchent donc à améliorer chaque étape.
L’IA peut aider à prendre les commandes, proposer des ventes additionnelles, réduire les temps d’attente et libérer les employés pour la préparation ou l’accueil. Mais elle doit être suffisamment précise pour ne pas créer plus de problèmes qu’elle n’en résout.
La précision est donc le vrai test. Un système qui fonctionne à 90 % peut être utile dans une phase pilote, mais il ne suffit pas pour un déploiement massif sans supervision. Atteindre plus de 99 % devient essentiel pour gagner la confiance des clients et des franchisés.
L’IA comme réponse à la pression sur les coûts
L’utilisation de l’IA dans les restaurants s’inscrit aussi dans un contexte de pression sur les coûts. Les chaînes doivent gérer les salaires, la disponibilité de la main-d’œuvre, l’inflation des ingrédients et les attentes plus élevées des clients. Automatiser certaines tâches peut améliorer l’efficacité sans nécessairement réduire la qualité du service.
Bader insiste sur un point : l’IA permet aux employés de faire autre chose que prendre les commandes. Un employé qui ne consacre pas 100 % de son attention à l’écoute d’un client au micro peut surveiller la qualité des produits, aider un autre client ou améliorer l’hospitalité.
Cette vision présente l’IA comme un outil d’élévation du service plutôt qu’un simple instrument de réduction de coûts. C’est une nuance importante pour les franchisés et les clients. Si l’IA améliore l’expérience, elle peut être bien acceptée. Si elle est perçue comme une source d’erreurs ou de déshumanisation, elle peut générer de la résistance.
Un modèle de croissance plus prudent
L’ensemble de ces éléments montre que Dairy Queen entre dans une phase de croissance plus sélective. L’entreprise ne renonce pas à l’expansion internationale, mais elle devient plus prudente face aux risques logistiques. Elle ne cesse pas de servir les consommateurs américains, mais elle adapte ses offres à la pression sur les revenus. Elle n’abandonne pas l’humain, mais elle teste l’IA pour améliorer l’efficacité.
Cette combinaison illustre les défis actuels de nombreuses chaînes de restauration. Elles doivent gérer simultanément la géopolitique, l’inflation, la technologie, les franchisés, les attentes des consommateurs et la concurrence. Une stratégie gagnante ne repose plus seulement sur l’ouverture de nouveaux restaurants. Elle exige aussi une meilleure maîtrise des coûts, des données, de la logistique et de l’expérience client.
Pour Dairy Queen, le défi sera de préserver la force de sa marque tout en adaptant son modèle à un environnement plus volatil.
Dairy Queen met en pause ses ambitions de croissance au Moyen-Orient en raison des tensions régionales et des perturbations liées au détroit d’Hormuz. La décision reflète la prudence des franchisés face à des chaînes d’approvisionnement plus coûteuses et plus incertaines. Même si la marque reste intéressée par la région, l’expansion devra attendre un contexte plus stable.
Aux États-Unis, la chaîne observe une pression croissante sur les consommateurs à plus faible revenu, touchés par l’inflation, les taux élevés et la hausse des prix du carburant. Les offres à 5 et 7 dollars deviennent donc importantes pour maintenir l’accessibilité.
En parallèle, Dairy Queen accélère ses tests d’intelligence artificielle dans les drive-thrus. L’objectif est d’améliorer la précision des commandes, de libérer du temps pour les employés et d’élever l’expérience client. Entre prudence internationale, adaptation aux consommateurs et innovation opérationnelle, Dairy Queen cherche à protéger sa croissance dans un environnement économique plus exigeant.