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Actions US : les indices boursiers adaptent leurs règles pour accueillir SpaceX et OpenAI

Actions US - les indices changent pour les IPO géantes

Les actions US entrent dans une nouvelle phase où les règles des grands indices boursiers deviennent presque aussi importantes que les introductions en Bourse elles-mêmes. À l’approche d’éventuelles IPO géantes comme SpaceX, OpenAI et Anthropic, plusieurs fournisseurs d’indices envisagent ou appliquent déjà des changements pour permettre une intégration plus rapide de ces entreprises dans les ETF et fonds passifs suivis par des millions d’investisseurs.

Le sujet peut sembler technique, mais il est crucial. Les indices comme le S&P 500, le Russell 1000, le Nasdaq-100 ou les indices MSCI ne servent pas seulement à mesurer le marché. Ils déterminent aussi où vont des centaines de milliards, voire des milliers de milliards de dollars investis via des fonds indiciels, des ETF, des plans de retraite et des portefeuilles institutionnels.

Lorsque les règles d’un indice changent, les flux d’argent changent aussi. Une grande entreprise qui entre rapidement dans un indice majeur peut recevoir une demande automatique de la part de fonds qui doivent la détenir. À l’inverse, une entreprise exclue ou retardée peut être absente de portefeuilles très importants, même si elle devient rapidement l’une des plus grandes valeurs du marché.

Pourquoi les règles des indices deviennent un sujet central

Pendant longtemps, les règles d’intégration aux grands indices semblaient relativement stables. Une entreprise devait répondre à certains critères de taille, de liquidité, de rentabilité, de flottant et d’ancienneté en Bourse. Ces critères servaient à éviter d’intégrer trop vite des sociétés trop volatiles, trop peu liquides ou insuffisamment établies.

Mais le marché a changé. Les entreprises privées restent aujourd’hui privées beaucoup plus longtemps qu’auparavant. Lorsqu’elles arrivent enfin en Bourse, elles peuvent déjà valoir des centaines de milliards de dollars. C’est particulièrement vrai pour les entreprises liées à l’intelligence artificielle, à l’espace, aux infrastructures numériques et aux technologies critiques.

Si SpaceX, OpenAI ou Anthropic entrent en Bourse avec des valorisations massives, les indices traditionnels risquent de paraître en retard. Un indice qui attend trop longtemps avant d’intégrer une entreprise devenue immédiatement centrale peut se retrouver déconnecté de la réalité du marché.

C’est l’argument des fournisseurs d’indices : les anciennes règles, pensées pour des IPO plus modestes, peuvent créer une distorsion lorsqu’une entreprise entre en Bourse avec une taille déjà comparable aux plus grandes capitalisations américaines.

Le S&P 500 envisage de modifier ses critères

La proposition la plus discutée vient de S&P. Le fournisseur d’indice envisage de supprimer l’exigence de rentabilité et de réduire le délai d’attente pour certaines grandes IPO candidates au S&P 500. Aujourd’hui, l’indice ne se contente pas de prendre mécaniquement les 500 plus grandes entreprises américaines. Il fonctionne avec des critères, mais aussi avec un comité de sélection.

Cette réalité est souvent oubliée. Le S&P 500 n’est pas un indice purement passif au sens strict. Il est hybride. Des règles existent, mais une commission décide quelles entreprises entrent réellement. Il ne s’agit pas simplement des 500 plus grandes sociétés par capitalisation.

La proposition de S&P consisterait à donner un traitement spécial aux IPO assez grandes pour figurer parmi les 100 plus grandes entreprises par valeur. Ces sociétés pourraient entrer sans respecter l’exigence de bénéfices qui s’applique encore aux entreprises plus petites.

C’est là que le débat devient sensible. En pratique, une entreprise géante pourrait bénéficier d’un accès accéléré, tandis qu’une entreprise de taille moyenne resterait bloquée tant qu’elle ne remplirait pas les conditions de rentabilité. Cela donne l’impression que la taille achète un traitement spécial.

Un avantage mécanique pour les très grandes IPO

L’entrée dans un grand indice peut créer un avantage puissant. Lorsqu’une action rejoint le S&P 500, des fonds indiciels qui suivent cet indice doivent l’acheter. Ces flux peuvent soutenir le prix de l’action, améliorer sa liquidité et renforcer sa visibilité auprès des investisseurs.

Pour une IPO géante, cet effet peut être encore plus important. Si une société comme SpaceX ou OpenAI entre rapidement dans un indice majeur, elle peut bénéficier d’une demande quasi automatique peu après son introduction. Cela peut aider à maintenir une valorisation élevée, surtout si l’offre disponible sur le marché reste limitée.

Le problème est que cette logique favorise les entreprises déjà énormes. Une grande IPO peut entrer rapidement, attirer les flux indiciels et rester grande. Une entreprise plus petite, même solide, peut devoir attendre plus longtemps. Cela crée un cercle où la taille initiale devient un facteur d’accès privilégié.

Pour les investisseurs passifs, cette évolution pose une question : veulent-ils réellement un indice qui mesure le marché, ou un indice qui s’adapte rapidement pour inclure les entreprises les plus populaires ?

Le précédent Tesla reste dans les mémoires

L’exemple de Tesla montre pourquoi ce débat est si important. En 2020, le S&P 500 a attendu décembre pour intégrer Tesla. Avant cette inclusion, l’action avait déjà fortement progressé. Les investisseurs exposés uniquement au S&P 500 ont donc manqué une partie importante de cette hausse.

Cette situation a créé un écart de performance notable entre indices. Le S&P 500 a sous-performé l’indice MSCI USA cette année-là, en grande partie parce qu’il n’avait pas intégré Tesla plus tôt. Pour les investisseurs en fonds indiciels, la différence de méthodologie a eu un impact réel sur les rendements.

SpaceX pourrait créer un problème similaire. Si l’entreprise entre en Bourse avec une valorisation évoquée autour de 1 750 milliards de dollars, elle deviendrait l’une des plus grandes actions américaines, potentiellement au-dessus de Meta en valeur. Si un indice l’intègre vite et un autre attend, les performances pourraient diverger fortement.

OpenAI et Anthropic pourraient ajouter une nouvelle couche de complexité. Ces entreprises sont au cœur du récit de l’intelligence artificielle, et leur taille potentielle pourrait rendre leur absence difficile à justifier pour certains indices.

Le flottant devient un enjeu majeur

Un autre point clé est le flottant, c’est-à-dire la part des actions réellement disponible à la négociation. Beaucoup de grandes entreprises issues du privé peuvent entrer en Bourse avec une petite part de leur capital ouverte au marché. Les fondateurs, dirigeants, premiers investisseurs ou structures privées conservent souvent une grande partie des titres.

La plupart des grands indices modernes pondèrent les entreprises selon leur flottant, et non simplement selon leur capitalisation totale. Cela évite qu’une société énorme mais avec très peu d’actions disponibles pèse trop lourd dans un indice. En théorie, c’est plus réaliste pour les fonds, car ils ne peuvent acheter que les actions réellement négociables.

Mais cela peut produire des résultats étranges. Une entreprise peut être très grande en valeur totale, mais beaucoup moins importante dans un indice si son flottant est faible. À l’inverse, certains indices comme le Nasdaq-100 utilisent encore davantage la capitalisation totale, ce qui peut amplifier le poids de sociétés avec peu d’actions disponibles.

Le Nasdaq-100 ajuste aussi ses règles

Le Nasdaq-100, suivi notamment par l’ETF Invesco QQQ, a aussi changé ses règles. Le nouvel encadrement permet une entrée accélérée après 15 jours pour les IPO assez grandes pour faire partie des 40 plus grandes sociétés cotées au Nasdaq. L’indice a aussi annulé une règle récente qui exigeait un flottant minimal de 10 %.

Ce changement est important parce que le QQQ représente plus de 400 milliards de dollars d’actifs. Si une entreprise à très faible flottant recevait un poids trop élevé, les fonds suivant l’indice pourraient théoriquement devoir acheter une part énorme des actions réellement disponibles. Cela créerait un problème de liquidité.

Pour limiter ce risque, Nasdaq prévoit désormais de pondérer ces sociétés au plus bas entre trois fois leur flottant et leur capitalisation totale. Cette approche cherche à éviter qu’une entreprise avec seulement une petite part de son capital négociable devienne impossible à répliquer pour les ETF.

Ce n’est pas parfait, mais c’est une tentative de correction. Les indices veulent inclure les grands noms rapidement, sans créer une situation où les fonds indiciels doivent acheter une proportion irréaliste des actions disponibles.

Arm pourrait être l’un des premiers bénéficiaires

Le premier gagnant potentiel de ces changements pourrait être Arm Holdings. Le concepteur britannique de puces ne dispose que d’une fraction de son capital en circulation publique. Jusqu’ici, son poids dans certains indices était limité par des règles techniques liées à ses ADR.

Avec les nouvelles règles, les fonds suivant le Nasdaq-100 pourraient devoir acheter davantage d’actions Arm lors du prochain rééquilibrage. Son poids pourrait fortement augmenter. Cela montre que ces changements ne concernent pas seulement SpaceX ou OpenAI. Ils peuvent affecter immédiatement d’autres grandes valeurs technologiques à faible flottant.

Pour les investisseurs, cela signifie que les règles d’indice peuvent avoir un impact direct sur la demande d’une action. Une modification méthodologique peut créer des flux d’achat ou de vente, indépendamment des résultats opérationnels de l’entreprise.

MSCI et Russell suivent des logiques différentes

Les autres grands fournisseurs d’indices utilisent des approches différentes. Le Russell 1000 est souvent considéré comme l’un des indices les plus proches d’une mesure pure des grandes entreprises américaines. Mais lui aussi utilise le flottant, ce qui peut modifier le poids réel des sociétés.

MSCI, de son côté, applique certaines règles destinées à protéger les investisseurs contre des mouvements extrêmes. Par exemple, son indice MSCI USA peut exclure des entreprises ayant connu des hausses de prix jugées extrêmes. Cela peut améliorer la prudence méthodologique, mais aussi éloigner l’indice d’une mesure pure du marché.

L’exemple de Sandisk illustre ce problème. Après une hausse massive de sa valeur, l’entreprise est devenue assez grande pour figurer parmi les principales capitalisations américaines. Pourtant, certaines règles MSCI peuvent la maintenir dans un indice de petites capitalisations. Cela crée une situation où une entreprise très importante en taille peut rester exclue d’un indice large.

Les indices deviennent moins neutres qu’ils en ont l’air

Le débat révèle une réalité plus large : les indices ne sont pas aussi neutres que beaucoup d’investisseurs l’imaginent. Chaque règle crée des gagnants et des perdants. Chaque critère de rentabilité, de flottant, de liquidité, d’ancienneté ou de variation de prix influence les flux de capitaux.

Un indice peut être présenté comme passif, mais sa construction repose sur des décisions actives. Même un indice basé sur des règles reflète des choix méthodologiques. Faut-il privilégier les plus grandes capitalisations ? Le flottant ? La stabilité ? La rentabilité ? La liquidité ? L’accès rapide aux nouvelles entreprises ?

Ces choix deviennent plus visibles lorsque des IPO géantes arrivent sur le marché. Les investisseurs découvrent alors que deux ETF “larges” peuvent produire des performances différentes simplement parce que leurs règles d’inclusion ne sont pas les mêmes.

Ce que cela signifie pour les investisseurs passifs

Pour les investisseurs passifs, cette évolution mérite attention. Beaucoup choisissent un ETF en pensant acheter “le marché”. Mais le marché qu’ils achètent dépend fortement de l’indice suivi. Un fonds S&P 500, un fonds Russell 1000, un fonds MSCI USA et un fonds Nasdaq-100 peuvent tous donner une exposition aux grandes actions US, mais avec des règles très différentes.

Si SpaceX, OpenAI ou Anthropic entrent en Bourse avec des valorisations gigantesques, ces différences pourraient devenir plus importantes. Un ETF pourrait les intégrer rapidement. Un autre pourrait attendre plusieurs mois. Un troisième pourrait leur donner un poids limité à cause du flottant. Un quatrième pourrait les exclure temporairement pour des raisons de méthodologie.

Les investisseurs doivent donc comprendre que l’investissement passif n’élimine pas le risque de choix. Il déplace simplement ce choix vers la méthodologie de l’indice.

Conclusion

L’arrivée potentielle en Bourse de géants comme SpaceX, OpenAI et Anthropic force les fournisseurs d’indices à revoir leurs règles. Le S&P 500 envisage d’assouplir ses exigences pour les très grandes IPO, tandis que le Nasdaq-100 a déjà adopté des mécanismes d’entrée accélérée et de pondération adaptée aux faibles flottants.

Ces changements répondent à un problème réel : les entreprises privées deviennent si grandes avant leur IPO que les règles traditionnelles peuvent rendre les indices moins représentatifs. Mais ils créent aussi de nouvelles questions. Les géants obtiennent-ils un traitement spécial ? Les fonds passifs deviennent-ils plus exposés aux actions populaires ? Les indices mesurent-ils encore le marché ou cherchent-ils surtout à satisfaire la demande des investisseurs ?

Pour les actions US, le sujet dépasse la technique. Il touche à la manière dont des milliers de milliards de dollars seront répartis dans les prochaines années. Si les grandes IPO technologiques arrivent comme prévu, les règles d’indice pourraient devenir l’un des moteurs les plus importants des flux de marché.

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