World Liberty Financial a obtenu une approbation préliminaire conditionnelle de l’Office of the Comptroller of the Currency pour créer World Liberty Trust Company, National Association, une banque fiduciaire nationale destinée notamment à émettre et racheter le stablecoin USD1.
Cette décision représente une étape importante pour l’entreprise, mais elle ne lui permet pas encore de commencer ses activités bancaires.
La future institution devra satisfaire plusieurs conditions réglementaires, obtenir une autorisation finale et recevoir la confirmation écrite de l’OCC avant de pouvoir ouvrir.
Le projet prévoit de réunir sous une même supervision fédérale l’émission de USD1, la gestion de ses réserves et certains services de conservation d’actifs numériques.
Une approbation préliminaire, pas encore une autorisation d’exercer
L’OCC a rendu sa décision le 14 août.
L’autorisation permet à World Liberty Financial d’organiser la future banque, mais pas de lancer ses services.
World Liberty Trust devra remplir les exigences prévues avant ouverture.
L’OCC conserve également la possibilité de modifier, suspendre ou retirer son approbation si de nouvelles informations soulèvent des préoccupations.
Cette distinction est importante car une approbation conditionnelle ne garantit pas automatiquement l’ouverture de l’établissement.
La banque devra maintenir au moins 20 millions de dollars de capital
Parmi les conditions fixées figure une exigence minimale de capital éligible de 20 millions de dollars.
World Liberty Trust devra également demander à détenir des actions d’une Federal Reserve Bank.
Enfin, aucune activité bancaire ne pourra débuter sans confirmation écrite de l’OCC que l’ensemble des conditions préalables ont été respectées.
Le processus reste donc soumis à plusieurs étapes administratives avant une éventuelle ouverture.
La future banque serait basée en Floride
World Liberty Trust Company serait installée à Bay Harbor Islands, en Floride.
L’établissement serait une filiale détenue à 100 % par WLTC Holdings LLC, une société enregistrée dans le Delaware.
Le modèle envisagé ne correspond pas à celui d’une banque commerciale classique.
L’institution ne prévoit pas de proposer des dépôts de détail ordinaires ou des prêts conventionnels.
Ses activités seraient concentrées sur la fiducie, la conservation, les réserves et certains services de paiement.
USD1 deviendrait l’activité centrale de la banque
Le stablecoin USD1 serait au cœur du modèle.
La future banque prévoit de gérer son émission et son rachat pour des clients institutionnels à travers les États-Unis.
Elle administrerait également les actifs constituant les réserves du token.
Les clients utilisant les services de conservation pourraient également convertir certaines stablecoins approuvées en USD1 à partir d’actifs déjà détenus auprès de l’établissement.
L’objectif est de réunir plusieurs fonctions actuellement séparées.
BitGo resterait responsable jusqu’à l’ouverture
Aujourd’hui, BitGo Bank & Trust est responsable de l’émission et de la conservation de USD1.
Cette situation ne changera pas immédiatement.
BitGo doit continuer à assurer ces fonctions jusqu’à ce que World Liberty Trust remplisse toutes les conditions imposées par l’OCC.
Une fois l’autorisation finale obtenue, la nouvelle banque prévoit de reprendre les réserves et les passifs associés au stablecoin.
Le transfert des réserves sera lui aussi encadré
Le passage de BitGo à World Liberty Trust peut être soumis aux règles fédérales encadrant les transactions entre banques et entités affiliées.
L’OCC a néanmoins accordé certaines exemptions relatives à Regulation W.
Ces exemptions concernent notamment certaines limites, exigences de collatéral et restrictions sur les actifs de moindre qualité.
Des autorisations supplémentaires pourraient cependant être nécessaires si la structure définitive du transfert déclenche d’autres règles relatives aux fusions bancaires.
Une licence fédérale permettrait une présence nationale
Pour les institutions américaines utilisant USD1, une banque fiduciaire nationale offrirait un avantage important.
L’émission, les réserves et la conservation seraient directement supervisées par l’OCC.
Le statut fédéral permettrait également de fournir les services approuvés à travers le pays sous un même cadre réglementaire.
World Liberty n’aurait donc pas besoin de reproduire exactement le même processus d’autorisation dans chaque État pour les activités couvertes par la charte.
Zach Witkoff met en avant une supervision unique
Le président et chairman de World Liberty, Zach Witkoff, a présenté cette structure comme un moyen de regrouper les fonctions essentielles de USD1 sous un même superviseur fédéral.
Selon lui, l’émission, la conservation et la gestion des réserves pourraient être contrôlées selon les standards appliqués depuis longtemps aux banques.
Il a également déclaré que l’entreprise accueillait favorablement la surveillance continue des régulateurs fédéraux.
D’autres acteurs crypto suivent la même voie
World Liberty n’est pas la seule entreprise du secteur à rechercher une structure bancaire fédérale.
L’OCC avait déjà accordé des approbations conditionnelles à des projets impliquant Circle, Ripple, BitGo, Fidelity Digital Assets et Paxos en décembre 2025.
Coinbase, Crypto.com et Bridge, détenu par Stripe, ont ensuite reçu des décisions similaires.
Circle a terminé ses exigences préalables et obtenu une autorisation finale pour sa banque fiduciaire nationale en juillet.
Cet exemple montre à nouveau que l’approbation préliminaire n’est qu’une étape.
Les liens avec la famille Trump provoquent une forte contestation politique
Le dossier de World Liberty est cependant beaucoup plus sensible politiquement que celui de nombreuses autres sociétés crypto.
Donald Trump et ses trois fils sont affiliés à l’entreprise.
Le site de World Liberty a indiqué qu’une entité liée à la famille Trump contrôle environ 38 % de ses intérêts en capital.
Ces liens ont poussé plusieurs élus démocrates à contester l’indépendance du processus réglementaire.
Elizabeth Warren avait demandé un report
Avant la décision, la sénatrice Elizabeth Warren avait demandé à l’OCC de suspendre son examen tant que Trump n’aurait pas abandonné son intérêt financier dans la société.
Elle avait déjà interrogé le Comptroller Jonathan Gould lors d’une audition du Senate Banking Committee.
Warren avait invoqué des risques de conflit d’intérêts et de sécurité nationale.
Gould avait répondu que l’agence respecterait ses obligations légales et traiterait la demande selon un processus non partisan.
L’OCC défend son processus
Dans sa décision, l’agence affirme que le Comptroller et les équipes ont agi conformément à leurs responsabilités légales et éthiques.
L’OCC indique que des employés de carrière ont étudié la demande.
La supervision future de la banque serait également assurée par des examinateurs non politiques.
L’agence a aussi précisé avoir reçu sept commentaires provenant de quatre intervenants.
Les objections publiques ont été rejetées
Deux commentaires contestaient la possibilité pour une banque fiduciaire nationale d’exercer les activités proposées.
Trois autres estimaient que le public n’avait pas eu suffisamment d’informations ou de temps pour commenter.
L’OCC a rejeté ces objections.
Selon l’agence, World Liberty avait fourni les informations publiques et confidentielles nécessaires dans les délais.
Elle a également considéré que la période de consultation respectait les règles fédérales.
Un nouveau projet de loi cible directement les banques liées aux présidents
Après l’approbation, Warren et neuf autres sénateurs ont présenté l’Ending Presidential Corruption in Banking Act.
Le texte cherche à empêcher un président, un vice-président, leurs conjoints ou leurs enfants de posséder ou contrôler une banque.
La mesure pourrait avoir des conséquences directes pour World Liberty si elle était adoptée.
Elle obligerait également les régulateurs fédéraux à examiner certaines décisions bancaires prises après le 20 janvier 2025.
Certaines autorisations pourraient être annulées
Selon le projet, les autorités auraient 60 jours après l’entrée en vigueur de la loi pour réexaminer les demandes concernées.
Une autorisation pourrait être annulée si une personne couverte par la loi détenait ou contrôlait l’établissement lors de l’approbation.
Le texte bénéficie du soutien de plusieurs sénateurs démocrates, dont Chris Van Hollen, Chris Murphy, Bernie Sanders, Richard Blumenthal et Tammy Duckworth.
À ce stade, il s’agit cependant d’une proposition législative et non d’une règle en vigueur.
Un investissement lié aux Émirats arabes unis reste sous examen
World Liberty fait également l’objet de questions concernant ses investisseurs étrangers.
Une entreprise d’Abu Dhabi soutenue par Sheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan aurait acquis une participation de 49 % dans World Liberty pour 500 millions de dollars.
L’accord aurait été signé en janvier 2025.
En juin, cinq sénateurs démocrates ont demandé des auditions au Congrès sur cette opération.
Les élus examinent d’éventuels liens avec des décisions américaines
Les sénateurs ont demandé si l’investissement avait eu une influence sur certaines décisions ultérieures de l’administration Trump.
Ils ont notamment mentionné les ventes d’armes aux Émirats arabes unis et l’accès à des puces avancées d’intelligence artificielle.
Aucun lien causal n’est établi dans les informations fournies.
La question reste au centre de l’examen politique du groupe.
Les investisseurs étrangers ont signé des engagements de non-contrôle
L’OCC affirme avoir étudié les commentaires concernant les investisseurs non américains.
Selon sa décision, ceux-ci ne sont pas considérés comme actionnaires principaux de la future banque.
Plusieurs investisseurs ont aussi signé des accords leur interdisant d’influencer directement les opérations.
StringZ Holdings, DT Marks SC et AMGUS ont pris ces engagements en juillet.
Les restrictions couvrent les décisions de gestion
Les investisseurs concernés ne pourront pas nommer des employés de la banque.
Ils ne pourront pas demander de sièges au conseil d’administration.
Ils ne pourront pas obtenir d’informations matérielles non publiques ou intervenir dans les décisions relatives aux prix, au personnel, à la direction ou aux opérations.
Eric Trump a signé l’engagement pour DT Marks en tant que président de l’entité liée à la famille Trump.
Le rôle de USD1 dans des opérations liées à Abu Dhabi attire aussi l’attention
Un autre dossier concerne MGX, une entité d’Abu Dhabi également présidée par Sheikh Tahnoon.
MGX a utilisé 2 milliards de dollars en USD1 pour réaliser un investissement dans Binance en mai 2025.
Cette transaction a contribué à augmenter fortement la circulation du stablecoin.
Une analyse de février citant Arkham Intelligence indiquait que les portefeuilles contrôlés par Binance et les comptes de clients détenaient environ 4,7 milliards de dollars de USD1.
Binance détenait une forte concentration de l’offre
Ce montant représentait près de 87 % des 5,4 milliards de dollars de USD1 en circulation au moment des données citées.
Binance avait répondu qu’il était normal pour une plateforme d’échange de détenir de grandes quantités d’actifs cotés.
World Liberty et Binance ont également nié l’existence d’une relation inappropriée.
La concentration reste néanmoins un élément suivi par les législateurs.
Conclusion
World Liberty Financial a obtenu une approbation conditionnelle importante pour créer une banque fiduciaire nationale américaine centrée sur USD1.
La future institution pourrait regrouper émission, rachat, réserves et conservation du stablecoin sous la supervision directe de l’OCC.
Cependant, World Liberty Trust ne peut pas encore commencer ses activités et doit satisfaire plusieurs exigences préalables.
Dans le même temps, les liens de l’entreprise avec la famille Trump et certains investisseurs étrangers continuent de provoquer une contestation politique importante.
Point clé final
La décision de l’OCC rapproche USD1 d’une infrastructure bancaire fédérale, mais elle ne représente pas encore une autorisation définitive. Le véritable test sera double : World Liberty devra satisfaire les conditions réglementaires permettant l’ouverture de la banque tout en faisant face à une pression politique croissante concernant sa structure de propriété et ses relations avec des investisseurs étrangers.