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Oman défend sa neutralité alors que Washington s’inquiète de la gestion d’Hormuz

Détroit d’Hormuz vu depuis Bandar Abbas avec tensions entre Oman, Iran et États-Unis

Oman résiste aux pressions américaines visant à rompre ou réduire ses liens avec l’Iran, alors que le détroit d’Hormuz reste au centre des tensions diplomatiques, énergétiques et militaires dans le Golfe. Le sultanat affirme que ses discussions avec Téhéran portent uniquement sur un futur système de gestion du passage maritime, conforme au droit international et susceptible d’être mis en œuvre après consultation de l’Organisation maritime internationale.

Cette position place Oman dans une situation délicate. Le pays est un allié de longue date des États-Unis, mais il partage avec l’Iran la responsabilité géographique du détroit d’Hormuz, l’un des corridors énergétiques les plus importants au monde. Traditionnellement, Mascate joue un rôle de médiateur discret dans les crises régionales, en maintenant des canaux de communication ouverts avec plusieurs camps. Mais dans le contexte actuel de guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, cette neutralité est de plus en plus contestée par Washington.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a laissé entendre qu’Oman avait “flirté” avec la position iranienne sur le détroit, tandis que l’administration Trump soupçonne le sultanat d’être trop proche des propositions de Téhéran. Oman rejette cette lecture et insiste sur son attachement à la liberté de navigation, tout en reconnaissant que des services précis, comme l’assistance maritime, la protection, le secours ou l’appui à la navigation, peuvent faire l’objet de frais spécifiques s’ils sont conformes au droit international.

Pour les marchés, l’enjeu est considérable. Tant que le statut du détroit d’Hormuz reste incertain, les prix du pétrole, du gaz naturel liquéfié, du transport maritime et de l’assurance restent exposés à une prime de risque géopolitique élevée.

Pourquoi Oman est au centre du dossier Hormuz

Oman occupe une position unique dans la crise du détroit d’Hormuz. Le sultanat partage la surveillance de cette voie maritime avec l’Iran et a longtemps utilisé sa diplomatie de neutralité pour jouer un rôle d’intermédiaire dans les tensions régionales. Cette approche lui permet de parler avec Washington, Téhéran et d’autres capitales du Golfe sans adopter officiellement une posture de confrontation.

Mais cette neutralité devient plus difficile à maintenir lorsque le détroit est presque fermé ou soumis à un nouveau régime de contrôle. Washington cherche à empêcher l’Iran d’institutionnaliser son influence sur le passage, tandis que Téhéran tente de présenter un cadre administratif pour organiser la circulation maritime.

Oman affirme que ses discussions avec l’Iran ne concernent pas la création de péages discriminatoires, mais la définition d’un système conforme au droit maritime international. Le pays dit vouloir préserver la liberté de navigation, tout en participant à une réflexion sur la sécurité, l’environnement et l’assistance aux navires.

Cette nuance est essentielle. Pour les États-Unis, tout système de paiement ou d’autorisation risquerait de ressembler à un outil de contrôle iranien. Pour Oman, certains frais liés à des services réels pourraient être légalement défendables s’ils restent transparents, non discriminatoires et limités à des prestations spécifiques.

Les États-Unis redoutent un système de péages déguisé

La principale inquiétude américaine concerne la possibilité qu’Oman et l’Iran travaillent à un régime de frais qui serait, dans les faits, difficile à distinguer d’un péage. L’administration Trump estime que l’Iran cherche à transformer le détroit d’Hormuz en un point de contrôle politique et financier, capable de générer des revenus, d’imposer des autorisations et de renforcer la pression sur les navires étrangers.

Cette inquiétude s’est accentuée après la création par l’Iran de la Persian Gulf Strait Authority, une structure désormais sanctionnée par le Trésor américain. Selon les informations disponibles, cette autorité demande aux navires de solliciter une permission pour traverser le détroit. Elle a aussi affirmé que plus de 300 compagnies maritimes avaient demandé des permis, avec des flux principalement liés à l’Asie, notamment la Chine et l’Inde, ainsi qu’aux Émirats arabes unis.

Pour Washington, cela ressemble à une tentative d’institutionnaliser le contrôle iranien sur une voie maritime internationale. Les frappes américaines contre des radars iraniens s’inscrivent dans cette logique : priver Téhéran des outils de surveillance nécessaires pour faire appliquer un nouveau régime de police maritime.

Les États-Unis ont également averti que les citoyens américains ne peuvent pas recevoir de services du gouvernement iranien, y compris des services liés à une garantie de passage sûr. Cette position montre que Washington veut empêcher toute normalisation financière ou opérationnelle du dispositif iranien.

La question juridique : frais de service ou péage illégal ?

Le cœur du débat repose sur une distinction juridique importante. Le droit international reconnaît la liberté de passage dans les détroits utilisés pour la navigation internationale. L’Organisation maritime internationale a rappelé qu’aucun pays ne dispose d’une base légale pour imposer des péages, des frais ou des conditions discriminatoires sur les détroits internationaux.

Mais la Convention des Nations unies sur le droit de la mer permet aux États côtiers de réglementer certains aspects du passage dans leurs eaux territoriales pour des raisons de sécurité, de protection environnementale et d’ordre maritime. Elle permet aussi d’imposer des frais pour des services spécifiques rendus aux navires, à condition que ces frais soient transparents, non discriminatoires et liés à une prestation réelle.

C’est dans cette zone grise qu’Oman tente de se positionner. Le sultanat affirme ne pas vouloir imposer de frais de transit. Il met plutôt en avant les services qu’il fournit déjà aux navires, y compris l’assistance à la navigation, les opérations de recherche et de sauvetage, le soutien médical aux équipages et la protection maritime.

La difficulté est que dans un contexte de guerre, une différence juridique claire peut devenir politiquement floue. Des frais pour “services” peuvent être perçus par Washington comme un péage déguisé s’ils deviennent obligatoires pour traverser le détroit ou s’ils donnent à l’Iran une forme de contrôle sur le trafic maritime.

L’argument environnemental iranien

L’Iran cherche à présenter son projet comme une réponse aux coûts sécuritaires et environnementaux liés aux opérations militaires dans la région. Des responsables iraniens affirment que l’objectif n’est pas de faire payer les navires simplement parce qu’ils traversent le détroit, mais de financer la réparation des dommages environnementaux et de compenser les conséquences d’actions qui auraient fragilisé le principe du passage innocent.

Cet argument s’inscrit dans une logique juridique connue : ceux qui causent des dommages devraient assumer les coûts de réparation. Téhéran tente ainsi de donner à son projet une base plus acceptable pour Oman et pour certains acteurs internationaux.

Mais cet argument reste très contesté. Les États-Unis considèrent que l’Iran cherche surtout à renforcer son contrôle sur Hormuz au moment même où la guerre a déjà perturbé les flux énergétiques. Certains commentateurs iraniens eux-mêmes appellent à la prudence, estimant qu’une recherche de revenus directs issus du détroit pourrait provoquer la formation de coalitions contre l’Iran.

Cette prudence reflète un risque réel pour Téhéran. Si le nouveau régime est perçu comme une prise d’otage commerciale du détroit, il pourrait renforcer l’isolement iranien et pousser davantage de pays à soutenir les initiatives américaines pour la liberté de navigation.

Impact direct sur les marchés de l’énergie

Le détroit d’Hormuz est l’un des passages les plus sensibles pour les marchés mondiaux de l’énergie. Toute incertitude sur son régime de gestion peut influencer les prix du pétrole, du gaz naturel liquéfié, du fret maritime et de l’assurance. Les traders ne regardent pas seulement le volume actuel de navires qui passent, mais aussi le risque que des règles nouvelles ralentissent, renchérissent ou politisentent le transit.

Si un système de permis ou de frais se met en place, même sous couvert de services maritimes, les coûts de transport pourraient augmenter. Les compagnies maritimes pourraient devoir intégrer des primes de risque plus élevées, des délais administratifs, des incertitudes juridiques et des risques de sanctions américaines.

Les importateurs asiatiques seraient particulièrement concernés, car une grande partie des flux énergétiques du Golfe se dirige vers la Chine, l’Inde et d’autres économies asiatiques. Les Émirats arabes unis, qui apparaissent comme une destination importante des navires entrants, seraient également exposés à toute modification du régime de passage.

Pour les marchés, le risque principal est une fragmentation du système maritime. Si les navires doivent choisir entre respecter les exigences iraniennes ou éviter les sanctions américaines, les flux pourraient devenir plus complexes et plus coûteux.

Oman cherche à éviter une rupture avec Washington

Malgré ses contacts avec l’Iran, Oman cherche à rassurer les États-Unis. L’ambassadeur omanais à Washington a discuté avec le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent et avec des responsables du département d’État pour affirmer que le sultanat reste opposé à un système de péages et qu’il défend la liberté de navigation.

Cette démarche montre que Mascate veut préserver son rôle d’allié américain tout en conservant sa fonction traditionnelle de médiateur. Oman ne veut pas être perçu comme un relais de l’Iran, mais il ne veut pas non plus abandonner le dialogue avec Téhéran, qui est essentiel à la stabilité du détroit.

La marge de manœuvre est étroite. Les propos de Donald Trump, qui a menacé de bombarder le sultanat, ont mis Oman sous pression publique. Le pays a évité une confrontation verbale directe, mais il doit désormais convaincre Washington que sa neutralité n’est pas une complicité.

Pour les investisseurs, cette diplomatie est importante. Si Oman reste un médiateur crédible, il peut aider à éviter une escalade. Si Washington perd confiance dans Mascate, les canaux de dialogue autour d’Hormuz pourraient se réduire.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

Les investisseurs doivent d’abord suivre l’évolution du cadre juridique proposé pour le détroit. Si l’Iran et Oman avancent vers un système de frais ou de permis, les détails seront cruciaux : frais volontaires ou obligatoires, services spécifiques ou transit général, application non discriminatoire ou contrôle politique.

Le deuxième point concerne la réaction américaine. De nouvelles sanctions contre des entités liées au détroit, ou des restrictions sur les compagnies utilisant les services iraniens, pourraient perturber davantage les flux maritimes.

Le troisième facteur est la position de l’Organisation maritime internationale. Si l’IMO est consultée officiellement, elle pourrait contribuer à clarifier ce qui est acceptable au regard du droit international. Une absence de consensus pourrait au contraire prolonger l’incertitude.

Enfin, les marchés devront surveiller la réaction des grands importateurs asiatiques. La Chine et l’Inde, principales destinations de nombreux navires sortants, ont un intérêt majeur à préserver la stabilité du détroit. Leur position diplomatique pourrait influencer la suite du dossier.

Conclusion

Oman tente de défendre sa neutralité dans l’une des crises maritimes les plus sensibles du moment. Le sultanat affirme qu’il ne soutient pas un système de péages sur le détroit d’Hormuz et qu’il reste attaché à la liberté de navigation. Mais Washington soupçonne Mascate de se rapprocher trop des propositions iraniennes, notamment autour de frais qui pourraient ressembler à un contrôle déguisé du passage.

Le débat est à la fois juridique, diplomatique, énergétique et stratégique. Il porte sur la différence entre frais de service légitimes et péages illégaux, mais aussi sur la capacité de l’Iran à institutionnaliser son influence sur une route essentielle au commerce mondial de l’énergie.

Dernier point à retenir

Le dossier Oman-Iran-Hormuz montre que la crise du détroit ne concerne pas seulement les missiles, les navires et le pétrole. Elle concerne aussi le droit maritime, la neutralité diplomatique, les sanctions américaines et la gouvernance d’une voie stratégique. Tant que ces questions resteront sans réponse claire, les marchés de l’énergie continueront d’intégrer une prime de risque élevée.

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