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Hormuz : le chiffre de 100 millions de barils avancé par Trump résiste mal aux calculs

Navires bloqués dans le détroit de Hormuz après les tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran

Donald Trump affirme que les États-Unis ont réussi à faire sortir discrètement 100 millions de barils de pétrole du détroit de Hormuz malgré les restrictions imposées par l’Iran. Selon le président américain, cette opération secrète aurait permis à plus de 200 navires commerciaux de traverser le détroit et aurait contribué à maintenir les prix du pétrole autour de 90 dollars le baril, au lieu de les laisser durablement au-dessus de 100 dollars.

Mais les chiffres disponibles rendent cette affirmation difficile à soutenir. Avant la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, environ 140 navires traversaient chaque jour le détroit de Hormuz, transportant près de 20 millions de barils de pétrole par jour. Le chiffre de 100 millions de barils correspond donc à environ cinq jours de flux pétrolier d’avant-guerre. Or, cinq jours de trafic normal auraient représenté environ 700 navires, bien au-delà du nombre de transits observés depuis le début du blocage.

Les données des sociétés de suivi maritime montrent des estimations très différentes, mais aucune ne semble confirmer l’ampleur de l’opération décrite par Trump. Windward aurait recensé près de 80 navires commerciaux quittant le Golfe en cinq semaines, Lloyd’s List environ 142 depuis mars, et Kpler jusqu’à 264 transits. Même l’estimation la plus élevée reste éloignée du volume nécessaire pour justifier 100 millions de barils.

La question centrale n’est donc pas de savoir si les États-Unis ont aidé certains navires à traverser Hormuz. Cela semble probable. Le point le plus contesté est l’ampleur de l’opération et l’idée que Washington contrôlerait désormais le détroit plus que Téhéran.

Ce que Trump affirme exactement

Donald Trump a déclaré depuis le Bureau ovale que les États-Unis avaient fait sortir “des millions de barils de pétrole” du détroit de Hormuz sans que personne ne le sache. Il a ensuite amplifié cette affirmation sur Truth Social, en parlant d’une mission secrète menée par l’armée américaine pour soutenir des pétroliers et des navires commerciaux dans le passage.

Selon lui, cette opération aurait permis le transit de 100 millions de barils de pétrole. Il affirme également que plus de 200 navires commerciaux ont traversé le détroit en sécurité grâce aux États-Unis. Dans son message, il insiste sur une idée politique forte : ce ne serait plus l’Iran, mais les États-Unis, qui contrôleraient réellement Hormuz.

Le président américain a aussi affirmé que l’Iran avait été pris au dépourvu par ces manœuvres. Il a évoqué une opération nocturne impliquant 22 navires naviguant sans lumières, rendue possible selon lui par la destruction d’une partie des capacités radar et militaires iraniennes.

Ce récit présente les États-Unis comme capables de contourner les restrictions iraniennes, de préserver les flux énergétiques et de montrer que l’appareil militaire iranien est affaibli. Mais il comporte plusieurs problèmes factuels, logistiques et maritimes.

Le calcul des 100 millions de barils pose problème

Le détroit de Hormuz était l’un des corridors énergétiques les plus importants du monde avant la guerre. En temps normal, environ 20 millions de barils de pétrole y transitaient chaque jour, soit environ 20 % des flux énergétiques mondiaux. Si 100 millions de barils sont effectivement sortis du détroit, cela représenterait l’équivalent de cinq jours de flux d’avant-guerre.

Mais ce volume n’est pas facile à déplacer discrètement. Les grands pétroliers peuvent transporter beaucoup de pétrole, mais le passage d’un tel volume implique un nombre important de navires, des mouvements coordonnés, des assurances, une logistique de navigation et des signaux observables par les sociétés de suivi maritime.

Avant le conflit, environ 140 navires, incluant des pétroliers et d’autres bâtiments commerciaux, traversaient chaque jour ce passage. Cinq jours de trafic auraient donc représenté environ 700 navires. Trump affirme que plus de 200 navires ont traversé, mais même ce chiffre ne permet pas nécessairement de soutenir l’idée de 100 millions de barils, surtout si tous ces navires n’étaient pas des pétroliers et s’ils ne transportaient pas tous du brut à pleine capacité.

La difficulté est renforcée par le contexte de blocage. Depuis mars, le trafic dans le détroit a été fortement réduit, les transits étant soumis à la fois aux restrictions iraniennes et à la pression militaire américaine.

Les données de suivi maritime ne confirment pas l’ampleur

Les sociétés de suivi maritime ne donnent pas toutes les mêmes chiffres, car elles utilisent des critères différents pour définir ce qui constitue un transit. Certaines comptent uniquement les navires commerciaux quittant le Golfe. D’autres incluent davantage de mouvements ou de catégories de bâtiments.

Windward aurait enregistré près de 80 navires commerciaux quittant le Golfe au cours des cinq dernières semaines. Lloyd’s List estime que 142 navires ont quitté les eaux depuis mars. Kpler propose l’estimation la plus élevée, avec 264 transits.

Même en retenant l’estimation la plus généreuse, le chiffre reste très inférieur à ce qui serait nécessaire pour reproduire cinq jours de flux pétrolier normal. De plus, tous les navires comptabilisés ne transportaient pas nécessairement du pétrole, et tous n’auraient pas forcément été escortés dans le cadre d’une opération américaine secrète.

L’autre point important est que plusieurs navires ayant traversé Hormuz l’ont fait avec une forme d’autorisation iranienne. Certains auraient négocié leur transit avec Téhéran ou payé des frais aux Gardiens de la révolution. Cela contredit en partie l’idée d’une opération américaine gardée totalement secrète vis-à-vis de l’Iran.

Les États-Unis ont probablement aidé certains navires

Même si le chiffre de 100 millions de barils paraît fragile, il ne faut pas exclure que les États-Unis aient effectivement aidé certains navires à traverser le détroit. Le commandement central américain a indiqué que ses forces communiquaient et coordonnaient avec des navires commerciaux dans la zone, sans donner de détails opérationnels.

Dans un détroit aussi militarisé, la coordination navale peut prendre plusieurs formes : transmission d’informations de sécurité, surveillance aérienne ou maritime, conseils de navigation, présence dissuasive, escorte partielle ou soutien en cas de menace. Il n’est donc pas nécessaire que Washington contrôle totalement le détroit pour aider certains bâtiments à passer.

Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a d’ailleurs déclaré devant le Congrès qu’il n’était pas au courant d’une opération ayant permis de sortir des millions de barils, tout en reconnaissant que l’armée avait aidé à faire passer une partie du pétrole. Il a aussi précisé que les navires concernés n’étaient pas iraniens.

Cette nuance est importante. Elle suggère qu’une opération de soutien a pu exister, mais qu’elle ne correspond pas forcément à la version très large avancée par Trump.

Qui contrôle réellement le détroit de Hormuz ?

La réponse dépend de ce que l’on entend par “contrôle”. Les États-Unis disposent d’une puissance militaire considérable dans la région, avec des capacités navales, aériennes et de renseignement. Ils peuvent surveiller, escorter et parfois contester les actions iraniennes. Mais l’Iran conserve une influence géographique majeure.

Le détroit se situe entre les côtes de l’Iran et d’Oman. Téhéran considère ce passage comme un espace partagé avec Oman plutôt que comme une voie entièrement internationale. Les États-Unis et de nombreux acteurs du commerce mondial contestent cette interprétation, estimant que le passage doit rester ouvert à la navigation internationale.

Dans la pratique, l’Iran dispose de leviers concrets. Les Gardiens de la révolution peuvent intercepter, surveiller, intimider ou autoriser certains navires. Les pays proches de Téhéran, comme la Russie, l’Inde ou le Pakistan, auraient négocié des transits pour certains bâtiments transportant des fournitures énergétiques essentielles.

Cette situation montre que le contrôle du détroit est disputé. Les États-Unis peuvent réduire la capacité de l’Iran à bloquer totalement le passage, mais cela ne signifie pas qu’ils contrôlent seuls Hormuz.

Les frais imposés par l’Iran changent l’économie du blocage

L’Iran semble avoir transformé sa position géographique en levier financier. Selon les informations rapportées, Téhéran aurait introduit des frais de type assurance pour autoriser certains transits. Les critiques décrivent ce système comme un péage illégal sur une voie maritime stratégique.

Pour les armateurs, la décision est complexe. Rester bloqué dans ou près du détroit coûte très cher. Un très grand pétrolier peut coûter environ 100 000 dollars par jour en immobilisation, et un retard de 100 jours peut représenter 10 millions de dollars avant même de compter les coûts liés au financement de la cargaison, à l’assurance, à l’équipage, au carburant, à la sécurité et aux pénalités contractuelles.

Dans ce contexte, payer un droit de passage peut sembler moins coûteux à court terme. Mais cela comporte d’autres risques : exposition aux sanctions, problèmes juridiques, risque réputationnel, refus des assureurs ou difficultés avec les partenaires commerciaux.

C’est pourquoi certaines compagnies peuvent choisir de négocier, tandis que d’autres préfèrent rester à l’écart ou attendre une solution diplomatique.

Pourquoi le prix du pétrole n’explique pas tout

Trump affirme que les prix du pétrole sont restés autour de 90 dollars en partie grâce à cette opération. Il est possible que certains transits aient aidé à limiter la panique du marché. Mais le prix du pétrole dépend de nombreux facteurs : stocks, demande mondiale, anticipation d’un accord, capacité de production alternative, flux hors Golfe, réserves stratégiques, comportement de l’OPEP et sentiment des traders.

Le pétrole avait dépassé 100 dollars au début de la guerre, lorsque le marché craignait une fermeture totale et durable de Hormuz. S’il est ensuite revenu vers 90 dollars, cela peut refléter une combinaison de facteurs : adaptation des routes commerciales, baisse de la demande, anticipation d’une désescalade, transits limités, ou simplement une correction après une prime de risque excessive.

Attribuer ce mouvement uniquement à une opération secrète américaine serait donc réducteur. Les marchés pétroliers réagissent autant aux attentes qu’aux flux réels. Si les traders pensent que la fermeture ne sera pas totale ou que certains volumes continueront de passer, les prix peuvent baisser même sans reprise normale du trafic.

Un enjeu majeur pour les pays du Golfe

Les pays du Golfe sont directement concernés par cette crise. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et d’autres producteurs utilisent Hormuz pour exporter une partie importante de leur pétrole, de leur gaz naturel liquéfié ou de leurs produits énergétiques.

Même lorsqu’ils ne sont pas directement impliqués dans le conflit, ils subissent les conséquences du blocage. Des retards de navires, des coûts d’assurance plus élevés, des risques de saisie ou d’attaque et une incertitude sur les routes commerciales peuvent peser sur leurs revenus et leurs relations avec les clients asiatiques et européens.

Certains pays disposent d’oléoducs ou d’infrastructures permettant de contourner partiellement Hormuz, mais ces alternatives ne remplacent pas totalement le détroit. C’est pourquoi la stabilité du passage reste une priorité économique et stratégique.

La crise montre aussi que l’énergie mondiale reste fortement dépendante de quelques points de passage. Même si les marchés se diversifient, un chokepoint comme Hormuz peut rapidement devenir le centre d’une confrontation internationale.

Le risque politique du récit de Trump

Le récit de Trump sert un objectif politique : montrer que les États-Unis restent maîtres du jeu, que l’Iran est affaibli et que Washington protège les flux énergétiques mondiaux. Mais si les chiffres sont exagérés, cette affirmation peut créer un problème de crédibilité.

Dans une crise militaire et énergétique, la précision compte. Les marchés, les alliés, les adversaires et les compagnies maritimes prennent des décisions sur la base des informations disponibles. Si les chiffres officiels sont perçus comme gonflés, cela peut compliquer la coordination et alimenter la méfiance.

L’écart entre les déclarations de Trump et la prudence du secrétaire à l’Énergie Chris Wright est également notable. Lorsque deux responsables américains donnent des signaux différents, les observateurs peuvent douter de l’ampleur réelle de l’opération.

Cela ne signifie pas que Washington n’a rien accompli. Mais cela suggère que le récit politique va plus loin que les preuves actuellement disponibles.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le premier élément à surveiller est le trafic maritime réel dans le détroit. Les données de Kpler, Lloyd’s List, Windward et d’autres sociétés donneront une image plus précise des transits, même si certaines zones d’ombre subsisteront lorsque les transpondeurs sont désactivés.

Le deuxième facteur est l’attitude de l’Iran. Si Téhéran continue d’autoriser certains navires contre paiement ou négociation, cela indiquera que l’Iran conserve un rôle central dans la gestion du passage.

Le troisième point est la communication américaine. Des détails supplémentaires du Pentagone, du CENTCOM ou du département de l’Énergie pourraient clarifier la nature exacte du soutien apporté aux navires.

Le quatrième élément est le prix du pétrole. Si les flux restent faibles mais que les prix restent autour de 90 dollars, cela suggérera que le marché mise davantage sur une désescalade ou une adaptation que sur une reprise réelle des volumes.

Enfin, il faudra suivre les négociations entre Washington et Téhéran. Une réouverture durable de Hormuz dépendra moins des annonces spectaculaires que d’un accord vérifiable, accepté par les parties et respecté sur le terrain.

Conclusion

Donald Trump affirme que les États-Unis ont fait sortir 100 millions de barils de pétrole du détroit de Hormuz grâce à une opération militaire secrète. Mais les chiffres disponibles ne confirment pas cette ampleur. Le volume annoncé correspondrait à environ cinq jours de trafic pétrolier normal, ce qui aurait nécessité un niveau de transit maritime bien supérieur aux estimations observées depuis le début du blocage.

Les États-Unis ont probablement aidé certains navires à traverser le détroit, mais cela ne prouve pas qu’ils contrôlent Hormuz ni qu’ils aient déplacé le volume revendiqué. L’Iran conserve une influence importante sur le passage, notamment par ses autorisations, ses frais imposés et sa capacité à menacer les flux commerciaux.

Dernier point à retenir

L’affirmation de Trump semble davantage relever d’un récit politique que d’un calcul maritime solide. Les États-Unis peuvent avoir facilité certains transits, mais les données disponibles ne soutiennent pas l’idée d’une sortie discrète de 100 millions de barils. Hormuz reste un chokepoint disputé, coûteux et central pour les marchés pétroliers mondiaux.

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