Solana vient d’approuver l’une de ses réformes économiques les plus importantes depuis plusieurs années, mais la victoire de SGP-0002 ne met pas fin au débat. Au contraire, elle ouvre une nouvelle phase de discussion sur la manière dont le réseau doit équilibrer rareté du token, rémunération du staking et viabilité des validateurs. La proposition Double Disinflation a obtenu 67 % du stake participant, juste au-dessus du seuil de 66,67 % nécessaire à son adoption.
Le changement double le rythme annuel de diminution de l’inflation, de 15 % à 30 %, tout en maintenant l’objectif final à 1,5 %. Solana pourrait ainsi atteindre ce taux terminal en environ 2,8 ans au lieu de 5,7 ans. Pour Michael Hubbard, CEO de SOL Strategies, l’enjeu n’est pas de savoir si une inflation plus faible est souhaitable à long terme, mais si le réseau dispose aujourd’hui d’assez de raisons pour accélérer brutalement le calendrier.
La réforme réduit l’émission sans modifier l’objectif final
SGP-0002 ne change pas le niveau auquel l’inflation doit finalement se stabiliser. Le taux terminal reste fixé à 1,5 %.
Ce qui change est la vitesse à laquelle le réseau y arrivera. En doublant la désinflation annuelle, Solana réduirait plus rapidement la quantité de nouveaux tokens distribués à travers le mécanisme d’émission.
Les estimations citées indiquent que près de 18,9 millions de SOL pourraient ne pas être émis sur six ans par rapport au calendrier précédent. Ce volume représenterait environ 2,6 % de l’offre projetée sous l’ancien modèle.
Pour les défenseurs de la proposition, cette réduction améliore mécaniquement la trajectoire d’offre. Mais Hubbard considère que cette lecture ne suffit pas à déterminer l’impact économique réel.
Une inflation de 4 % à 4,5 % n’est pas jugée excessive
Hubbard estime que le niveau actuel d’inflation n’est pas assez élevé pour être présenté comme l’un des principaux freins à la performance du token.
Solana se situe autour de 4 % à 4,5 %, un niveau qu’il ne considère pas extrême. Le réseau disposait déjà d’un mécanisme de désinflation qui réduisait progressivement ce taux de 15 % par an jusqu’à 1,5 %.
Accélérer cette trajectoire suppose donc que la réduction plus rapide de l’offre apporte un bénéfice supérieur aux coûts créés pour les participants.
Hubbard doute que cet avantage soit facile à mesurer.
Les récompenses de staking ne deviennent pas automatiquement de la pression vendeuse
Une part importante de son raisonnement repose sur la manière dont les récompenses sont utilisées.
Lorsque Solana émet de nouveaux SOL pour rémunérer les stakers, ces tokens ne sont pas nécessairement vendus sur le marché. Ils peuvent rester stakés ou être restakés.
La relation entre inflation et pression vendeuse n’est donc pas directe.
Réduire l’émission peut diminuer le nombre de nouveaux tokens créés, mais cela ne garantit pas un effet immédiat sur le prix si une grande partie de l’émission existante n’était de toute façon pas destinée à être vendue.
C’est pourquoi Hubbard rejette une lecture trop simple selon laquelle moins d’inflation signifierait automatiquement un SOL plus élevé.
Les validateurs pourraient perdre des revenus avant que d’autres sources compensent
La principale conséquence immédiate pourrait toucher les validateurs.
Les récompenses de staking constituent une partie importante de leur modèle économique. Si l’émission diminue plus rapidement, cette source de revenus baisse elle aussi.
Galaxy Research avait soulevé cette inquiétude avant le vote, notant que la réduction pourrait rendre certaines opérations moins attractives si les revenus issus des frais ou la hausse du prix de SOL ne compensent pas la différence.
Cette question est particulièrement importante pour les petits validateurs. Leurs coûts de matériel, de réseau et de vote restent relativement fixes, même lorsque les récompenses baissent.
Une réduction trop rapide peut donc augmenter la pression à la consolidation du réseau.
SOL Strategies est directement exposée aux conséquences de la réforme
La position de Hubbard n’est pas purement théorique.
SOL Strategies exploite des validateurs, fournit des services de staking et gère une trésorerie en SOL. Ses résultats peuvent donc être affectés par l’évolution des récompenses, des revenus de validation et du prix du token.
L’entreprise est cotée sur le Nasdaq sous le symbole STKE et sur le Canadian Securities Exchange sous HODL, donnant aux actionnaires une exposition indirecte à l’économie du réseau.
Cette exposition explique pourquoi les détails du calendrier de désinflation sont importants pour la société.
Cependant, elle signifie aussi que les commentaires de Hubbard doivent être compris comme ceux d’un acteur directement concerné par la structure économique discutée.
Le vote a été gagné de justesse
Le résultat final montre à quel point le consensus restait fragile.
SGP-0002 a reçu 176,29 millions de SOL en faveur, contre 66,19 millions contre et 20,63 millions d’abstentions. La participation totale représentait 60,7 % du stake éligible.
Avec 67 % de soutien, la proposition n’a dépassé le seuil requis que d’environ un tiers de point de pourcentage.
Cette marge réduite signifie qu’une part importante des validateurs et délégateurs n’était pas convaincue par l’accélération proposée.
La réforme dispose désormais d’un mandat, mais pas d’un consensus écrasant.
SGP-0003 révèle un problème différent : les règles du vote
Le deuxième grand débat concerne SGP-0003, qui propose une nouvelle structure de frais de ressources et d’inclusion.
Le résultat officiel indique 53,9 % pour, 18,92 % contre et 27,18 % d’abstentions. En suivant le texte actuel de la Constitution Solana, les abstentions entrent dans le dénominateur utilisé pour calculer le pourcentage d’approbation.
Selon cette méthode, la proposition échoue.
Hubbard soutient toutefois que les règles expliquées avant le vote prévoyaient que les abstentions participeraient au quorum mais seraient exclues du calcul entre les votes « pour » et « contre ».
Avec cette méthode, environ 74 % des voix décisives auraient soutenu le texte, ce qui suffirait à dépasser les deux tiers nécessaires.
La divergence entre documentation et communication fragilise la procédure
Le problème dépasse l’issue de SGP-0003.
Solana Compass avait indiqué avant le vote que les abstentions ne modifieraient pas le résultat final. Un rapport antérieur sur les tokenomics utilisait également cette interprétation.
Pourtant, la Constitution Solana actuelle indique que le dénominateur doit inclure « For + Against + Abstain ». Le dépôt officiel de politique de vote répète aussi que le stake abstentionniste compte comme participation mais ne contribue pas au total favorable.
Cette différence entre documentation et instructions données aux participants soulève une question de gouvernance.
Pour Hubbard, changer la méthode de calcul après le début du scrutin revient à déplacer les règles en cours de partie, indépendamment de la qualité économique du projet soumis au vote.
Les nouveaux frais pourraient augmenter fortement les burns de SOL
SGP-0003 soutient SIMD-0553, une refonte de la tarification des transactions.
Aujourd’hui, Solana facture une base de 5 000 lamports par signature. La moitié est brûlée et l’autre moitié revient au validateur qui produit le bloc.
Le modèle proposé réduirait le frais d’inclusion à 2 500 lamports versés au producteur du bloc et ajouterait un frais distinct calculé selon les ressources informatiques demandées. Cette partie serait entièrement brûlée.
Les auteurs estiment que cette modification pourrait faire passer les burns quotidiens d’environ 648 SOL à une fourchette de 1 500 à 1 800 SOL dans une première phase.
Des étapes ultérieures pourraient porter cette fourchette à 3 750–4 500 SOL, puis jusqu’à 7 500–9 000 SOL.
Une hausse des burns signifie aussi des coûts supplémentaires pour certaines applications
L’augmentation des destructions de tokens ne serait pas gratuite.
Les applications qui consomment davantage de ressources de calcul pourraient payer des frais plus élevés. Cela concerne notamment certains routeurs de trading, carnets d’ordres et systèmes utilisant des transactions complexes.
Hubbard estime que le modèle introduit une complexité inutile dans la structure des coûts.
Les simulations mentionnées dans la source montrent toutefois que l’effet pourrait varier fortement selon la conception des transactions et la capacité de chaque application à optimiser son usage du compute.
La réforme pourrait donc pénaliser certains modèles plus que d’autres plutôt qu’augmenter uniformément les coûts sur tout le réseau.
Le débat sur les intérêts économiques ajoute une dimension sensible
Hubbard a également évoqué les intérêts liés aux auteurs de SIMD-0553.
Le texte a été écrit par Cavey, membre de Temporal, société de recherche et développement qui affirme avoir construit HumidiFi, l’un des principaux automated market makers propriétaires de Solana.
Hubbard estime que la structure proposée pourrait favoriser ce propAMM tout en imposant des coûts plus importants à certains concurrents directs.
La source ne fournit cependant pas d’étude indépendante démontrant qu’un avantage compétitif significatif se produirait réellement.
Cette affirmation doit donc rester présentée comme l’évaluation de Hubbard et non comme un effet confirmé.
Le débat sur l’inflation existe depuis 2025
Solana avait déjà tenté de réformer son émission en mars 2025 avec SIMD-0228.
Cette proposition prévoyait une inflation dynamique liée au niveau de staking. Lorsque davantage de SOL était staké, l’émission diminuait ; si le staking baissait trop et menaçait potentiellement la sécurité, l’inflation pouvait augmenter.
Le projet avait obtenu 61,39 % de soutien, insuffisant pour atteindre les deux tiers.
À cette époque, les critiques s’inquiétaient déjà d’une réduction trop rapide des revenus pour les petits validateurs alors que leurs coûts restaient fixes.
SGP-0002 reprend donc un débat ancien, mais avec une approche plus simple : accélérer le calendrier déjà existant plutôt que créer un modèle dynamique.
La réforme n’est pas encore active sur le réseau
Même après le vote, Solana ne réduit pas immédiatement son inflation.
SIMD-0550 doit encore être intégré aux clients validateurs. Les calculs doivent rester cohérents entre les différentes implémentations et l’activation doit passer par un feature gate sur mainnet à la frontière d’une epoch.
Les récompenses déjà accumulées avant l’activation ne seront pas modifiées.
La nouvelle trajectoire commencera seulement à partir de l’epoch suivante une fois la fonction activée.
Cette phase technique donnera encore au réseau le temps d’évaluer la manière dont la réforme sera déployée.
Conclusion
Solana a approuvé SGP-0002 avec seulement 67 % des votes, validant une accélération de la désinflation annuelle de 15 % à 30 %. Le réseau pourrait ainsi atteindre son inflation terminale de 1,5 % en environ 2,8 ans au lieu de 5,7 ans.
Michael Hubbard estime toutefois que le changement intervient trop tôt. Selon lui, l’inflation actuelle reste modérée, une grande partie des récompenses est restakée et les conséquences pour les validateurs n’ont pas encore été suffisamment mesurées.
Point clé final
La question la plus importante pour Solana n’est pas uniquement de réduire son émission, mais de préserver un équilibre entre rareté du token, sécurité économique des validateurs et prévisibilité des règles. SGP-0002 a obtenu le mandat nécessaire, mais l’étroitesse du vote et la controverse autour de SGP-0003 montrent que les prochaines réformes de tokenomics devront convaincre autant sur leur procédure que sur leurs objectifs économiques.