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L’Iran cherche à renforcer son contrôle sur le détroit de Hormuz pendant les funérailles de Khamenei

Navires dans le détroit de Hormuz alors que l’Iran renforce son contrôle maritime pendant les funérailles de Khamenei

L’Iran tente de resserrer son contrôle sur le détroit de Hormuz au moment où le pays organise les funérailles de son ancien guide suprême, Ali Khamenei. Cette séquence combine diplomatie, pression militaire, symboles religieux et rivalités régionales autour de l’une des voies maritimes les plus importantes pour l’économie mondiale.

Au cours des dernières 48 heures, le Corps des gardiens de la révolution islamique semble avoir intensifié ses efforts pour reprendre l’initiative dans le détroit. Plusieurs navires qui tentaient d’utiliser une route méridionale soutenue par les États-Unis, proche des côtes d’Oman, auraient fait demi-tour après des avertissements directs de l’IRGC. Cette route avait commencé à attirer davantage de trafic après des semaines de blocage et d’incertitude.

La bataille pour Hormuz ne se limite donc plus à une question de navigation. Elle touche désormais à l’héritage politique de Khamenei, à la capacité de l’Iran à peser sur le commerce mondial, aux équilibres du Golfe et aux négociations encore fragiles avec les États-Unis.

Hormuz redevient le centre de la confrontation

Le détroit de Hormuz est l’un des points de passage les plus sensibles au monde. Il relie le golfe Persique à la mer d’Oman et constitue une artère majeure pour les exportations d’énergie du Moyen-Orient.

Dans le contexte actuel, son importance dépasse largement le marché pétrolier. Contrôler ou influencer le trafic dans le détroit donne à Téhéran un levier stratégique face aux États-Unis, aux pays du Golfe, à l’Europe et aux importateurs mondiaux d’énergie.

Depuis la signature numérique du mémorandum d’accord du 17 juin entre Washington et Téhéran, l’Iran s’était engagé à faire de son mieux pour rétablir le trafic aux niveaux observés avant le blocage. Téhéran avait également accepté de ne pas imposer de péages pendant 60 jours.

Mais ce mémorandum semble fonctionner davantage comme une orientation politique que comme un ensemble de règles strictement applicables. Les deux parties l’utilisent, mais continuent aussi de renforcer leurs positions militaires.

La route omanaise affaiblit le monopole iranien

L’un des principaux points de tension est l’utilisation d’une route méridionale proche d’Oman. Cette voie, soutenue par les États-Unis, permet à des navires de sortir du détroit sans dépendre entièrement des routes contrôlées par l’Iran.

Pour Téhéran, cette évolution représente une menace directe contre son contrôle du détroit. Si les navires peuvent utiliser une route alternative sécurisée par Oman, les États-Unis ou des partenaires occidentaux, l’Iran perd une partie de son levier.

La semaine dernière, de nombreux navires coincés dans le détroit depuis plusieurs semaines avaient commencé à utiliser cette route sud. Cette dynamique laissait l’Iran avec un contrôle plus marqué sur la route nord, moins utilisée et davantage affectée par les mines.

Les avertissements de l’IRGC au cours du week-end peuvent donc être lus comme une tentative de refermer cette brèche.

Des navires font demi-tour après des avertissements de l’IRGC

Selon les données citées, au moins huit navires ont fait demi-tour samedi après avoir reçu des avertissements directs des gardiens de la révolution. Le flux de navires aurait encore diminué dimanche.

Ce type d’incident est important parce qu’il montre que l’Iran n’a pas besoin de fermer officiellement le détroit pour peser sur le trafic. Des avertissements ciblés, des menaces ou une présence militaire peuvent suffire à modifier les décisions des capitaines, des armateurs et des assureurs.

Le trafic maritime dépend de la confiance. Si les navires craignent d’être interceptés, attaqués ou accusés de violer les routes approuvées par l’Iran, certains préféreront retarder leur traversée ou choisir un autre itinéraire.

Cela permet à Téhéran de maintenir une pression sur la navigation sans déclencher nécessairement une fermeture totale du détroit.

Le trafic se déplace vers les corridors iraniens ou obscurs

Les données de MarineTraffic montrent que 38 traversées confirmées du détroit ont été enregistrées le 2 juillet, soit une baisse de 10 % par rapport à la veille. L’activité sous pavillon iranien a fortement augmenté, passant de deux à 11 traversées en une journée.

Neuf traversées liées à des navires sanctionnés ont également été observées. Selon le même suivi, la sélection des routes s’est déplacée vers les corridors iraniens et les corridors dits « dark » ou inconnus, tandis que l’utilisation de la route omanaise s’est affaiblie.

Cette évolution est significative. Elle suggère que les avertissements iraniens ont commencé à influencer le comportement des navires. Même si le détroit reste ouvert, les routes choisies changent sous pression.

Pour les marchés, ce type de changement peut être aussi important que le nombre total de navires. Il montre qui contrôle réellement l’environnement opérationnel.

Les prix du pétrole ont fortement reculé

Malgré les tensions, les prix du pétrole ont fortement baissé par rapport à leurs sommets récents. Ils ont chuté d’environ 40 %, passant d’un pic proche de 125 dollars le baril à environ 75 dollars.

Cette baisse réduit l’impact inflationniste sur les économies occidentales et reflète une disponibilité plus importante du pétrole sur les marchés mondiaux.

Mais ce recul des prix ne signifie pas que le risque géopolitique a disparu. Il indique plutôt que les marchés considèrent, pour l’instant, qu’une fermeture complète et durable du détroit est moins probable.

Si les avertissements iraniens se transforment en attaques, saisies ou blocages plus systématiques, la prime de risque pourrait rapidement revenir.

Paris et Londres préparent une force de déminage

La tension s’est également accrue après l’annonce du président français Emmanuel Macron, qui a donné son feu vert à des plans convenus avec le Royaume-Uni pour envoyer une force navale de déminage afin de sécuriser la route méridionale.

Cette initiative vise à réduire le risque posé par les mines et à renforcer la viabilité de la route proche d’Oman. Pour les pays européens, sécuriser cette route permettrait de préserver la circulation maritime et de réduire la dépendance aux corridors contrôlés par l’Iran.

Mais le ministère iranien des affaires étrangères a rejeté cette initiative, la qualifiant d’ingérence injustifiée et non nécessaire. Pour Téhéran, une force occidentale de déminage dans cette zone représente non seulement une mesure technique, mais aussi un défi politique à son autorité sur le détroit.

Le risque est donc que les efforts européens pour sécuriser la navigation soient perçus par l’Iran comme une escalade.

Le modèle de gouvernance proposé par Oman

Oman joue un rôle central dans les discussions sur l’avenir de la gouvernance du détroit. Mascate a mené des échanges avec l’Iran, la France et le Royaume-Uni sur un modèle inspiré du détroit de Malacca.

Ce plan permettrait de facturer des frais de navigation optionnels pour certains services spécifiques : sécurité, accostage, guidage des routes et protection environnementale.

L’idée semble recevoir un soutien large de l’Organisation maritime internationale, et certains États européens estiment qu’il pourrait être difficile de rejeter des frais si le système ressemble à celui appliqué dans le détroit de Malacca.

Cependant, cette proposition reste sensible. Le droit international de la mer distingue généralement les canaux construits, comme Panama ou Suez, des détroits naturels. Les canaux peuvent justifier des péages parce qu’ils sont des infrastructures commerciales construites dans le territoire d’un État. Les détroits naturels, eux, ne suivent pas le même régime.

Le risque d’un précédent dangereux

La possibilité d’imposer des frais dans le détroit de Hormuz inquiète plusieurs acteurs. Une suggestion récente de l’Indonésie visant à facturer des péages dans le détroit de Malacca a déjà provoqué de vives critiques.

Cela montre la sensibilité du sujet. Si l’Iran obtenait une forme de reconnaissance de frais ou de contrôle renforcé à Hormuz, d’autres États pourraient être tentés d’utiliser des détroits naturels comme sources de revenus ou de levier politique.

Pour les États-Unis et plusieurs pays du Golfe, ce risque de précédent est majeur. Ils craignent qu’une concession faite à Téhéran transforme durablement la navigation dans une voie considérée comme essentielle au commerce mondial.

Le débat ne porte donc pas seulement sur l’Iran. Il porte sur l’avenir du droit maritime et de la liberté de navigation dans les détroits stratégiques.

Le cessez-le-feu reste fragile

Donald Trump a accepté que les négociations entre les États-Unis et l’Iran ne reprennent pas avant la fin des funérailles de Khamenei. Mais le délai est important : la période de 60 jours prévue par le mémorandum avance, et le cessez-le-feu devra être renouvelé par consentement mutuel.

Pendant ce temps, les deux parties semblent renforcer leurs positions militaires. Cela contredit l’esprit du mémorandum, dans lequel les États-Unis s’étaient engagés à retirer leurs forces de la proximité immédiate.

Washington semble notamment renforcer ses capacités en Jordanie. De son côté, un porte-parole de l’armée iranienne a déclaré que l’Iran utilisait la période de cessez-le-feu pour améliorer ses capacités de combat et qu’il n’avait pas perdu un seul instant.

Cette logique de préparation simultanée rend la désescalade plus fragile.

Les funérailles de Khamenei deviennent une scène diplomatique

Les funérailles d’Ali Khamenei ne sont pas seulement un événement national iranien. Elles sont aussi devenues une scène diplomatique régionale.

Téhéran a accueilli des délégations du Golfe et a utilisé des passages du Coran comme messages politiques subtils mais clairs à l’égard de chaque délégation.

Cette mise en scène montre que l’Iran cherche à communiquer à plusieurs niveaux : à sa population, à ses alliés, à ses rivaux régionaux et aux puissances occidentales.

Dans le contexte de Hormuz, ces messages religieux et symboliques s’ajoutent aux avertissements militaires. L’ensemble forme une stratégie de pression, de loyauté attendue et de rappel du statut régional de l’Iran.

Messages ciblés aux délégations du Golfe

Lorsque la délégation saoudienne s’est avancée, un passage décrivant la bataille de Badr a été lu. Cette référence peut être comprise comme un avertissement implicite : soutenir les attaques américaines contre l’Iran aurait des conséquences.

La délégation qatarie a reçu un message plus orienté vers le pardon, avec un verset suggérant que Dieu peut pardonner les fautes passées et futures. Le message semblait indiquer que Doha devait reconnaître son « péché » d’avoir soutenu les puissances occidentales.

La délégation turque a été confrontée à un verset valorisant les combattants par rapport à ceux qui restent en retrait, ce qui peut être interprété comme une critique de la réticence d’Ankara à supporter un coût économique plus élevé en soutien à l’Iran.

Le Hezbollah libanais, en revanche, a été associé à un passage élogieux évoquant le « parti de Dieu », référence directe à son nom.

L’absence des Émirats arabes unis

Les Émirats arabes unis n’ont pas envoyé de délégation de condoléances. Cette absence est notable dans un moment où la diplomatie régionale est fortement observée.

Abou Dhabi entretient des relations complexes avec l’Iran, les États-Unis, l’Arabie saoudite et les autres acteurs du Golfe. Ne pas envoyer de délégation peut être lu comme un choix prudent, une distance politique ou une volonté d’éviter une mise en scène iranienne.

Dans le contexte actuel, chaque geste diplomatique compte. Être présent, absent, recevoir un verset particulier ou être associé à un message symbolique peut devenir un signal politique.

La cérémonie funéraire devient ainsi un prolongement de la compétition régionale.

Le contrôle de Hormuz comme héritage de Khamenei

Certains observateurs estiment que l’héritage de Khamenei pourrait dépendre de la capacité de l’Iran à conserver son influence sur le détroit de Hormuz. Cette idée est centrale pour comprendre le moment actuel.

Pour Téhéran, Hormuz n’est pas seulement une voie maritime. C’est un levier de puissance, un symbole de souveraineté et un outil de pression sur l’économie mondiale.

Si l’Iran perd le contrôle pratique de la navigation dans le détroit au profit d’une route soutenue par les États-Unis, Oman et des puissances européennes, cela pourrait être perçu comme une perte stratégique.

À l’inverse, si Téhéran parvient à imposer ses routes, limiter les alternatives et négocier des frais ou services reconnus, il pourrait présenter cela comme une victoire posthume liée à l’héritage de Khamenei.

Les marchés restent exposés au risque maritime

Même si le pétrole a reculé, les marchés restent exposés à un risque maritime important. Les données de trafic, les avertissements de l’IRGC, les projets de déminage, les discussions avec Oman et les tensions autour des frais de passage peuvent tous influencer les prix.

Le marché ne surveille plus seulement la quantité de pétrole disponible. Il surveille aussi la sécurité des routes, les primes d’assurance, les décisions des armateurs et les réactions militaires.

Une baisse des traversées ou un déplacement forcé vers des corridors iraniens pourrait suffire à faire remonter la prime de risque, même sans fermeture complète du détroit.

La stabilité apparente des prix ne doit donc pas être confondue avec une normalisation durable.

Conclusion

L’Iran cherche à renforcer son contrôle sur le détroit de Hormuz au moment des funérailles d’Ali Khamenei. Les avertissements de l’IRGC ont poussé plusieurs navires à faire demi-tour, tandis que l’utilisation de la route omanaise soutenue par les États-Unis s’est affaiblie.

La question de Hormuz combine désormais navigation, pétrole, droit maritime, rivalités régionales, deuil national iranien et négociations avec Washington. Les prix du pétrole ont reculé, mais le risque stratégique demeure. La période de 60 jours prévue par le mémorandum du 17 juin approche déjà comme un test majeur pour la diplomatie.

Dernier point à retenir

Hormuz reste ouvert, mais son contrôle est de plus en plus contesté. L’Iran veut empêcher l’émergence d’une route méridionale qui affaiblirait son levier, tandis que les États-Unis, Oman, la France et le Royaume-Uni cherchent à préserver une navigation plus indépendante. Si aucun compromis clair n’émerge, le détroit restera l’un des principaux points de tension entre sécurité régionale, commerce mondial et marchés de l’énergie.

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