Un traitement antiviral expérimental a été envoyé à plusieurs pays européens où des patients touchés par l’épidémie de hantavirus liée au navire MV Hondius sont actuellement pris en charge. Selon la Commission européenne, 1 400 comprimés de favipiravir ont été mis à disposition de certains États membres, notamment la France, l’Espagne et les Pays-Bas, où plusieurs cas sont traités ou suivis médicalement.
Le médicament, fourni par Fujifilm Pharmaceuticals au Japon, n’a pas été approuvé par l’Agence européenne des médicaments. Son éventuelle utilisation dépendra donc des décisions prises au cas par cas par chaque pays et par les équipes médicales concernées. Cette étape marque toutefois une évolution importante dans la réponse sanitaire à une épidémie rare, complexe et fortement surveillée depuis plusieurs semaines.
Le foyer épidémique est associé au MV Hondius, un navire d’expédition qui avait quitté Ushuaia, en Argentine, le 1er avril 2026, avant de faire escale dans plusieurs zones reculées, notamment l’Antarctique, la Géorgie du Sud, Tristan da Cunha, Sainte-Hélène et l’île de l’Ascension. Plusieurs passagers ont ensuite été diagnostiqués avec le virus Andes, une forme de hantavirus considérée comme particulièrement dangereuse.
Un traitement expérimental, mais pas encore une solution confirmée
Le favipiravir est un antiviral expérimental dans ce contexte. Le fait qu’il soit envoyé aux pays concernés ne signifie pas qu’il constitue un traitement validé contre le hantavirus. Les autorités sanitaires restent prudentes, car il n’existe pas de traitement spécifique officiellement établi pour les infections à hantavirus.
La prise en charge repose principalement sur des soins de soutien. Pour les patients atteints de complications respiratoires, cela peut inclure l’oxygénothérapie, la surveillance intensive, l’assistance respiratoire ou d’autres mesures hospitalières adaptées à la gravité de la maladie. En cas de complications rénales, certains patients peuvent également nécessiter une dialyse.
L’envoi du favipiravir reflète donc une approche prudente mais proactive. Face à une maladie rare, potentiellement mortelle et difficile à traiter, les autorités peuvent choisir de mettre à disposition certains traitements expérimentaux lorsque les options sont limitées. Cependant, son utilisation doit rester encadrée et fondée sur l’évaluation médicale individuelle.
Le virus Andes au centre de l’inquiétude
Le virus détecté dans cette épidémie est le virus Andes, une souche de hantavirus présente principalement en Amérique du Sud, notamment en Argentine et au Chili. Les hantavirus se transmettent généralement à l’humain par exposition aux urines, excréments ou salive de rongeurs infectés. Une transmission peut aussi se produire plus rarement par morsure ou griffure.
Le virus Andes est particulièrement surveillé car il est la seule souche de hantavirus connue pour pouvoir se transmettre de personne à personne. Cette transmission reste toutefois associée à des contacts proches et prolongés, surtout au début de la maladie, lorsque la contagiosité peut être plus élevée.
Les autorités sanitaires ont souligné que le risque pour la population générale demeure faible. L’Organisation mondiale de la santé a indiqué qu’il n’y avait pas de signe montrant le début d’une épidémie plus large. Cependant, la situation reste suivie de près, car la période d’incubation peut être longue. Les symptômes peuvent apparaître une ou deux semaines après l’exposition, mais parfois jusqu’à huit semaines plus tard.
Le MV Hondius au cœur de l’enquête sanitaire
Le MV Hondius est devenu le centre d’une importante opération internationale de santé publique. Le navire a été associé à plusieurs cas confirmés ou suspectés de hantavirus, ainsi qu’à plusieurs décès. Un homme néerlandais de 70 ans est considéré comme l’un des premiers cas probables après son décès à bord le 11 avril. Son épouse, âgée de 69 ans, est décédée plus tard à Johannesburg après avoir quitté le navire avec son corps. Des analyses ont ensuite confirmé qu’elle était infectée par la souche Andes du hantavirus.
Une ressortissante allemande est également morte à bord du navire le 2 mai. D’autres passagers, dont un guide d’expédition britannique, un passager suisse, une ressortissante française et des ressortissants espagnols, ont été testés positifs ou placés sous surveillance.
Le navire a finalement atteint les Pays-Bas avec 25 membres d’équipage et deux professionnels médicaux à bord. Aucun d’entre eux ne présentait de symptômes au moment de l’arrivée. Le navire devait être désinfecté avec du chlore et du peroxyde, tandis que les membres d’équipage entraient en quarantaine.
Un nouveau cas espagnol confirme la nécessité d’une surveillance prolongée
Le 25 mai, les autorités espagnoles ont confirmé qu’un citoyen espagnol évacué du MV Hondius avait été testé positif plusieurs semaines après avoir quitté le navire. La personne était déjà en quarantaine préventive dans un hôpital de Madrid et a été transférée dans une unité d’isolement de haut niveau.
Ce cas illustre pourquoi les autorités recommandent une surveillance prolongée des personnes exposées. Selon les protocoles évoqués par des responsables sanitaires, les personnes potentiellement exposées peuvent être suivies pendant 42 jours avec des contrôles quotidiens de température et une évaluation régulière de symptômes éventuels.
Cette surveillance n’est pas seulement destinée à protéger les autres. Elle permet aussi de détecter rapidement une aggravation chez les personnes exposées, car la maladie peut évoluer vers des complications respiratoires graves.
Les hantavirus peuvent provoquer deux grands syndromes : le syndrome pulmonaire à hantavirus, surtout observé dans les Amériques, et la fièvre hémorragique avec syndrome rénal, plus fréquente en Europe et en Asie.
Dans le cas du syndrome pulmonaire à hantavirus, les premiers symptômes peuvent inclure fatigue, fièvre, douleurs musculaires, maux de tête, frissons, vertiges et troubles digestifs. À un stade plus avancé, les patients peuvent présenter une oppression thoracique, une toux, un essoufflement et une accumulation de liquide dans les poumons.
Cette évolution peut être grave, d’où la nécessité d’un diagnostic rapide et d’une prise en charge hospitalière pour les cas symptomatiques. Les autorités sanitaires rappellent toutefois que la transmission du virus Andes reste faible lorsque des mesures adéquates de prévention et de contrôle des infections sont appliquées.
Une réponse internationale complexe
L’épidémie du MV Hondius a nécessité une coordination entre plusieurs pays. Des passagers ont été évacués, placés en quarantaine ou suivis dans différents systèmes de santé. Les États-Unis ont rapatrié plusieurs passagers vers des unités spécialisées, tandis que la France, l’Espagne, les Pays-Bas, la Suisse et d’autres pays ont pris en charge ou surveillé leurs ressortissants.
Cette coordination est rendue difficile par la nature internationale du voyage. Les passagers venaient de nombreux pays, certains avaient déjà quitté le navire avant que la cause de l’épidémie ne soit clairement identifiée, et d’autres avaient pris des vols commerciaux après avoir débarqué.
Les efforts de recherche des contacts sont donc particulièrement importants. Ils permettent d’identifier les personnes ayant pu être exposées, de les classer selon leur niveau de risque et de leur proposer un suivi adapté.
Le risque public reste faible, mais la vigilance demeure
Les autorités sanitaires internationales ont régulièrement insisté sur un point : cette épidémie ne ressemble pas à une pandémie respiratoire classique. Le virus Andes ne se transmet pas facilement dans la population générale. La transmission interhumaine, lorsqu’elle se produit, semble liée à des contacts étroits et prolongés avec une personne infectée.
C’est pourquoi l’OMS et d’autres autorités ont maintenu une évaluation de risque faible pour le grand public. Toutefois, faible risque ne signifie pas absence de risque. Les personnes exposées doivent continuer à respecter les consignes de surveillance et d’isolement lorsqu’elles leur sont demandées.
L’épisode rappelle aussi l’importance de la préparation sanitaire dans les environnements internationaux fermés, comme les navires de croisière ou d’expédition. Lorsqu’une maladie rare apparaît dans ce type de contexte, l’identification rapide des cas, la communication transparente, la gestion des passagers et la coordination internationale deviennent essentielles.
L’envoi de favipiravir à plusieurs pays européens marque une nouvelle étape dans la réponse à l’épidémie de hantavirus liée au MV Hondius. Même si ce traitement reste expérimental et non approuvé par l’Agence européenne des médicaments pour cet usage, sa mise à disposition montre que les autorités cherchent à élargir les options disponibles pour les patients touchés.
La situation reste sous surveillance, notamment après la confirmation d’un nouveau cas espagnol plusieurs semaines après l’évacuation du navire. Le long délai d’incubation du virus Andes justifie un suivi prolongé des personnes exposées.
Pour le grand public, le risque demeure faible selon les autorités sanitaires. Mais pour les patients, les équipes médicales et les personnes ayant été en contact étroit avec des cas confirmés, la vigilance reste essentielle.
L’épidémie du MV Hondius rappelle que les maladies rares peuvent rapidement devenir des défis internationaux lorsque les voyages, les navires et les systèmes de santé de plusieurs pays se croisent. La priorité reste désormais claire : surveiller les personnes exposées, traiter les patients avec les meilleurs moyens disponibles et empêcher toute transmission supplémentaire.