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L’or recule à un plus bas de plus d’une semaine alors que le conflit au Moyen-Orient ravive les craintes inflationnistes

L’or recule à un plus bas de plus d’une semaine alors que le pétrole monte et que les craintes inflationnistes s’intensifient

L’or perd du terrain alors que les inquiétudes sur l’inflation reviennent au premier plan

Les prix de l’or ont reculé jeudi jusqu’à leur plus bas niveau depuis plus d’une semaine, alors que les inquiétudes liées aux conséquences inflationnistes du conflit au Moyen-Orient ont pesé sur le sentiment des investisseurs. Cette baisse illustre une dynamique difficile pour le métal jaune : même si l’or est largement perçu comme une couverture contre l’inflation et l’instabilité géopolitique, il peut rester sous pression lorsque la hausse des prix de l’énergie pousse les marchés à anticiper des taux d’intérêt durablement élevés.

L’or au comptant a perdu 0,9 % à 4 697,06 dollars l’once en séance américaine, après avoir cédé plus de 1 % plus tôt dans la journée jusqu’à un point bas intraday de 4 663,69 dollars, son niveau le plus faible depuis le 13 avril. Les contrats à terme sur l’or américain pour livraison en juin ont clôturé en baisse de 0,6 % à 4 724 dollars.

Ce mouvement tranche fortement avec la situation de vendredi dernier, lorsque l’or évoluait encore près de 4 900 dollars et que l’ensemble du complexe des métaux semblait bien plus solide. Depuis, le rallye s’est essoufflé à mesure que les marchés se sont davantage focalisés sur l’inflation, le pétrole, les rendements obligataires et la possibilité que les banques centrales retardent tout assouplissement monétaire.

La hausse du pétrole modifie la lecture du marché sur l’inflation

Le principal facteur derrière le recul de l’or est la remontée des prix du pétrole. Le conflit impliquant l’Iran a maintenu une forte tension sur les marchés de l’énergie, avec un Brent au-dessus de 100 dollars le baril jeudi. Cela compte parce qu’une hausse du pétrole tend à alimenter directement les anticipations d’inflation via le transport, les coûts de production et les intrants plus chers dans l’ensemble de l’économie.

Quand ces anticipations remontent, les investisseurs deviennent souvent plus prudents vis-à-vis des actifs qui ne rapportent pas d’intérêt. L’or peut profiter de la peur inflationniste lorsque les taux sont bas ou attendus en baisse, mais il souffre généralement lorsque ces mêmes pressions augmentent la probabilité de taux plus élevés pour plus longtemps.

C’est précisément le problème actuel pour l’or. Le métal est tiraillé entre son rôle d’actif défensif et l’effet négatif d’un environnement de taux élevés. Pour le moment, c’est clairement le canal des taux qui domine.

Le conflit au Moyen-Orient reste un moteur direct de tension

Le contexte géopolitique immédiat accentue encore cette pression. Jeudi, l’Iran a mis en scène son contrôle renforcé du détroit d’Ormuz, en diffusant une vidéo montrant des commandos prenant d’assaut un grand navire cargo, après l’échec des discussions de paix que Washington espérait voir rouvrir le corridor maritime le plus important au monde.

Ce développement a renforcé l’idée que le cessez-le-feu reste fragile et que le conflit peut de nouveau s’aggraver à tout moment. Le trader indépendant sur métaux Tai Wong a comparé la situation à une version macabre d’un affrontement militaire à haut risque, estimant qu’elle ravivait les craintes d’une rupture du cessez-le-feu à tout instant. Selon lui, l’envolée du brut qui en résulte tire aussi d’autres actifs vers le bas, y compris l’or.

Cette réaction peut sembler contre-intuitive au premier abord. Normalement, le stress géopolitique soutient l’or. Mais lorsque l’effet financier le plus immédiat du conflit est de faire bondir l’énergie, le marché bascule vite vers l’inflation, les taux et la pression sur les rendements. C’est exactement ce qui semble se produire ici.

La crainte de taux élevés plus longtemps pèse sur le métal

Une grande partie de la pression sur l’or vient du fait que ce choc énergétique renforce l’idée d’une période prolongée de taux élevés. Une enquête Reuters auprès d’économistes a montré que la Réserve fédérale devrait probablement attendre au moins six mois avant de baisser ses taux cette année.

Cette attente est importante, car l’or est un actif non rémunéré. Quand les taux restent élevés, le coût d’opportunité de détenir du métal augmente. Les investisseurs peuvent obtenir de meilleurs rendements via des actifs rémunérés comme les obligations d’État, ce qui réduit l’attrait relatif de l’or, surtout si le dollar reste ferme.

C’est pour cela que l’inflation n’est pas automatiquement haussière pour l’or. Si l’inflation pousse le marché à anticiper une politique monétaire plus restrictive ou plus durablement restrictive, l’or peut baisser même lorsque l’inflation elle-même accélère. Cette relation est parfois mal comprise, mais elle reste l’une des plus importantes pour expliquer le comportement du métal à court terme.

Le dollar plus fort et les rendements plus élevés aggravent la baisse

La faiblesse de l’or a également été amplifiée par un dollar américain plus ferme et par la hausse des rendements obligataires. Le billet vert a légèrement progressé jeudi, rendant l’or libellé en dollars plus cher pour les investisseurs utilisant d’autres monnaies. Dans le même temps, le rendement du Treasury américain à 10 ans a atteint son plus haut niveau depuis plus d’une semaine.

Ces deux facteurs sont particulièrement puissants lorsqu’ils avancent ensemble. Un dollar plus fort tend à freiner la demande internationale d’or, tandis que des rendements plus élevés augmentent le coût d’opportunité de détention du métal. Lorsque ces deux variables montent simultanément, l’or peine souvent à conserver un vrai élan haussier, même dans un contexte géopolitique tendu.

Cette double pression aide à comprendre pourquoi le métal a touché un plus bas de plusieurs jours malgré un flux d’actualité toujours très chargé. Le marché n’ignore pas le risque géopolitique. Il réagit simplement plus fortement aux conséquences macroéconomiques de ce risque.

Les données sur l’emploi n’ont pas suffi à soutenir l’or

Un autre élément du contexte de marché concerne les dernières données sur l’emploi américain. Plus d’Américains que prévu ont déposé une demande d’allocations chômage la semaine dernière. En temps normal, des signes de ralentissement du marché du travail pourraient nourrir les anticipations de baisses de taux futures et apporter un certain soutien à l’or.

Mais dans l’environnement actuel, ce signal n’a pas suffi à compenser la pression inflationniste venue de l’énergie. Les traders semblent accorder plus de poids au risque qu’un choc pétrolier rende l’inflation plus persistante qu’à l’idée qu’un affaiblissement graduel du marché du travail puisse assouplir la position de la Fed.

Autrement dit, le marché choisit pour l’instant de privilégier un message macroéconomique plutôt qu’un autre. Et aujourd’hui, le pétrole et l’inflation parlent plus fort que les inscriptions au chômage.

L’ensemble du complexe des métaux a reculé

L’or n’a pas été le seul métal à baisser. Le complexe des métaux précieux dans son ensemble a également subi une nette pression, ce qui confirme que le mouvement est d’abord piloté par des facteurs macroéconomiques plutôt que par une évolution propre à l’or.

L’argent au comptant a cédé 2,7 % à 75,55 dollars l’once, tandis que le platine a perdu 3,2 % à 2 008,22 dollars, les deux métaux touchant plus tôt dans la séance leurs plus bas niveaux depuis plus d’une semaine. Le palladium a encore plus souffert, avec une baisse de 5 % à 1 465,23 dollars.

Cette faiblesse généralisée suggère que les marchés réduisent leur exposition aux métaux dans leur ensemble alors qu’ils réévaluent le couple inflation-taux. Lorsque plusieurs métaux reculent simultanément sous l’effet du pétrole, des rendements et du dollar, cela signale généralement un ajustement macro plutôt qu’un changement isolé de la demande sur une seule matière première.

Le souvenir du rallye de la semaine dernière s’éloigne déjà

L’un des aspects les plus frappants du mouvement de jeudi est la rapidité avec laquelle l’humeur du marché a changé. Il y a peu, un or proche de 4 900 dollars semblait faire partie d’un rallye refuge solide et durable. Désormais, ce niveau paraît déjà lointain, alors que le marché réévalue la capacité des métaux à conserver leur attrait dans un environnement marqué par des chocs inflationnistes et des baisses de taux retardées.

Ce changement de sentiment montre à quel point le momentum peut être fragile lorsqu’il repose sur des moteurs contradictoires. L’or peut bénéficier de la peur, mais cet avantage s’efface rapidement si cette même peur fait aussi monter fortement le pétrole, les rendements et le dollar. Dans un tel contexte, les achats de refuge ne suffisent plus à eux seuls.

C’est pourquoi la baisse récente compte au-delà d’une seule séance. Elle montre que l’or reste extrêmement sensible non seulement aux événements géopolitiques eux-mêmes, mais aussi au canal précis par lequel ces événements affectent les anticipations macroéconomiques.

Conclusion

L’or est tombé à son plus bas niveau depuis plus d’une semaine alors que le conflit au Moyen-Orient a ravivé les craintes inflationnistes et fait grimper les prix du pétrole. Même si le métal bénéficie normalement du stress géopolitique, la réaction récente du marché a surtout été dominée par la peur que la hausse de l’énergie maintienne l’inflation à un niveau élevé et force les taux d’intérêt à rester hauts plus longtemps.

Le raffermissement du dollar, la hausse des rendements américains et l’idée que la Réserve fédérale pourrait attendre au moins six mois avant de baisser ses taux ont également accentué la pression. Les autres métaux précieux ont eux aussi reculé nettement, ce qui renforce l’idée que le marché revalorise tout le complexe des métaux face à un cadre macroéconomique devenu plus difficile.

Pour l’instant, l’or reste pris entre son attrait défensif et le poids d’anticipations de taux élevés plus longtemps. Tant que cet équilibre ne changera pas, le métal pourrait continuer à souffrir même dans un monde toujours très instable.

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