Le marché du Bitcoin traverse une période étrange, tendue et profondément ambiguë. D’un côté, les prix peinent à convaincre. La dynamique récente reste fragile, la volatilité géopolitique pèse sur l’ensemble des actifs risqués, et une partie du marché continue d’hésiter sur la direction réelle du prochain grand mouvement. De l’autre, sous la surface, les données on-chain racontent une histoire très différente. Loin du bruit quotidien, des titres alarmistes et des réactions à court terme, une catégorie essentielle d’investisseurs semble continuer à agir avec méthode : les détenteurs de long terme.
Selon les données récemment mises en avant par l’analyste Maartunn au sein de la communauté CryptoQuant, l’offre détenue par les investisseurs de long terme a augmenté de 332 600 BTC sur les 30 derniers jours. Ce chiffre, à lui seul, mérite l’attention. Il ne signifie pas simplement que certains investisseurs n’ont pas vendu. Il suggère qu’une partie du marché continue de faire preuve d’une conviction profonde envers Bitcoin, même dans un environnement de guerre, d’incertitude macroéconomique et de faiblesse technique apparente.
À première vue, cette évolution peut sembler contradictoire. Pourquoi des acteurs réputés pour leur patience et leur discipline renforcent-ils leur présence ou laissent-ils vieillir leurs positions alors que le prix ne montre pas un signal clair de reprise ? C’est précisément là que l’intérêt de cette lecture apparaît. Les détenteurs de long terme ne réagissent pas comme la foule. Ils ne se laissent pas guider principalement par les fluctuations de quelques jours ou de quelques semaines. Ils opèrent dans un horizon plus vaste, souvent moins spectaculaire, mais parfois bien plus révélateur.
Qui sont vraiment les détenteurs de long terme ?
Pour comprendre la portée de cette hausse, il faut d’abord clarifier ce que l’on entend par détenteurs de long terme, ou long-term holders, souvent abrégés en LTH.
Dans l’analyse on-chain du Bitcoin, le marché est souvent divisé en deux grandes catégories selon la durée pendant laquelle les pièces restent immobiles. D’un côté, on trouve les short-term holders, ou détenteurs de court terme, qui possèdent des BTC âgés de 155 jours ou moins. De l’autre, les long-term holders, qui détiennent des pièces conservées depuis plus de 155 jours.
Cette frontière de 155 jours n’a pas été choisie au hasard. Elle repose sur une observation comportementale importante : plus un investisseur garde ses pièces longtemps sans les dépenser, moins il a statistiquement de chances de les vendre rapidement. En d’autres termes, le temps agit comme un filtre psychologique. Les positions récentes sont plus fragiles, plus émotionnelles, plus sensibles aux variations de prix. Les positions anciennes, elles, deviennent plus résistantes, plus ancrées dans une logique de conviction ou de stratégie de long terme.
C’est pourquoi les détenteurs de court terme sont souvent vus comme les « mains faibles » du marché, tandis que les détenteurs de long terme sont associés aux « mains fortes », ou, dans le langage crypto, aux fameux « diamond hands ».
Une cassure importante après les ventes de fin 2025
L’un des points les plus intéressants de la donnée récente concerne le changement de régime qu’elle suggère.
Durant la seconde moitié de 2025, l’offre des détenteurs de long terme avait évolué à la baisse. Cela signifie qu’une partie de ces investisseurs a mis fin à l’inactivité de ses pièces, probablement pour vendre ou pour réallouer ses positions. Le mouvement semblait particulièrement intense en novembre, ce qui laisse penser que même les profils les plus solides du réseau ont réagi à la violence de la correction observée à ce moment-là.
Ce point est important, car il casse parfois l’image trop simpliste du détenteur de long terme comme investisseur totalement impassible. Même les profils les plus convaincus peuvent vendre, surtout lorsqu’un marché traverse des phases de stress aigu, de baisse rapide ou de rupture de structure.
Mais ce qui s’est produit ensuite mérite encore plus d’attention. Depuis janvier 2026, la tendance s’est inversée. Le flux net des détenteurs de long terme est redevenu positif, et cette progression s’est renforcée au fil des semaines. Aujourd’hui, elle atteint plus de 332 000 BTC sur 30 jours.
Ce n’est pas un petit ajustement. C’est un déplacement significatif de l’offre vers une catégorie d’investisseurs connue pour sa faible propension à vendre dans l’immédiat.
Ce que cette hausse signifie vraiment — et ce qu’elle ne signifie pas
Il faut toutefois éviter une lecture trop rapide ou trop simpliste.
Une augmentation de l’offre détenue par les long-term holders ne signifie pas automatiquement que des achats massifs ont eu lieu au cours des derniers jours. Il existe ici une subtilité essentielle. Pour qu’une pièce entre dans la catégorie des LTH, elle doit d’abord avoir été détenue pendant plus de 155 jours. Cela veut dire qu’une hausse de cette métrique reflète souvent une accumulation qui a eu lieu environ cinq mois plus tôt, et non nécessairement aujourd’hui.
C’est une nuance fondamentale dans l’interprétation de la donnée. Contrairement aux ventes, qui réinitialisent instantanément l’âge des coins à zéro dès qu’ils sont déplacés, l’accumulation en tant que signal de long terme apparaît avec retard. Une pièce achetée aujourd’hui n’entre pas immédiatement dans la catégorie des LTH. Elle doit d’abord survivre à cinq mois de marché sans être dépensée.
Autrement dit, cette hausse actuelle nous dit moins que le marché achète agressivement en ce moment qu’une autre chose, peut-être encore plus importante : une partie des achats réalisés il y a plusieurs mois n’a toujours pas été revendue. Et cela, dans le contexte actuel, reste un message fort.
Une conviction qui résiste à la guerre et à l’incertitude
Le contexte macroéconomique rend cette évolution encore plus remarquable.
Le marché ne traverse pas une période de sérénité. Au contraire, l’environnement global est dominé par une guerre régionale aux implications mondiales, des tensions sur l’énergie, des doutes sur la croissance, des interrogations sur la politique des banques centrales et une volatilité accrue sur plusieurs classes d’actifs.
Dans ce type d’environnement, les marchés ont tendance à devenir nerveux. Les investisseurs réduisent leur exposition au risque, renforcent leurs positions de liquidité, arbitrent leurs portefeuilles avec plus de prudence et deviennent plus sensibles aux récits négatifs. C’est précisément dans ces moments que l’on observe normalement un retour vers la sécurité, la conservation de cash ou le repli sur les actifs jugés les plus liquides.
Et pourtant, malgré ce contexte, une partie importante des détenteurs de Bitcoin semble continuer à accepter le risque de détention à long terme. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils s’attendent à une explosion immédiate du prix. Cela signifie plutôt qu’ils ne jugent pas l’environnement actuel suffisamment inquiétant pour remettre en cause leur thèse fondamentale sur l’actif.
C’est une différence importante. Entre croire à une hausse rapide et continuer à croire à la valeur fondamentale d’un actif sur plusieurs années, il y a un écart considérable. Les données des LTH parlent surtout de ce second niveau de conviction.
Le marché du prix raconte une histoire moins flatteuse
En parallèle, le comportement du prix reste beaucoup moins inspirant.
Au moment de l’observation, le Bitcoin évolue autour de 68 500 dollars, avec une baisse supérieure à 6 % sur une semaine. Ce n’est pas un effondrement, mais ce n’est pas non plus une dynamique qui inspire un enthousiasme massif chez les investisseurs de court terme. Le marché manque clairement de catalyseur propre, et il reste très sensible aux facteurs externes.
Cette faiblesse du prix est précisément ce qui rend la progression de l’offre LTH si intéressante. Si le marché s’était trouvé en pleine euphorie haussière, il serait plus facile d’expliquer la confiance des investisseurs. Mais ici, ce n’est pas le cas. Le prix n’envoie pas un signal clair de force. La réaction des détenteurs de long terme apparaît donc comme plus crédible, car elle se produit sans le soutien psychologique d’un rallye spectaculaire.
Autrement dit, les « mains fortes » ne restent pas simplement exposées parce que le prix monte. Elles restent exposées malgré le manque de clarté du marché. Cette nuance renforce la portée du signal.
Une différence de comportement entre spéculation et patience
Ce type de divergence entre le prix et le comportement des détenteurs structurels revient régulièrement dans les cycles du Bitcoin.
Les marchés de court terme sont dominés par les émotions, les récits médiatiques, la liquidité, les dérivés, les annonces macroéconomiques et les réactions aux événements géopolitiques. Les données on-chain de long terme, elles, racontent souvent une autre temporalité. Elles révèlent ce que font les acteurs qui ne cherchent pas seulement à profiter du prochain rebond, mais à traverser plusieurs phases de marché.
Quand les short-term holders réagissent au prix, les long-term holders réagissent davantage à leur thèse d’investissement. Ils peuvent accepter des périodes de douleur, de stagnation ou de volatilité prolongée si leur conviction de fond reste intacte.
C’est ce qui fait des LTH un indicateur si précieux. Ils ne sont pas infaillibles, bien sûr. Mais ils donnent souvent une lecture plus profonde du niveau réel de confiance dans le réseau.
Le signal d’offre pourrait devenir stratégique plus tard
L’un des aspects les plus importants de la hausse de l’offre LTH concerne ce qu’elle implique potentiellement pour la structure future du marché.
Si davantage de bitcoins sont détenus par des investisseurs peu enclins à vendre, cela signifie qu’une partie croissante de l’offre devient moins liquide. Cette raréfaction relative des coins disponibles sur le marché peut devenir un facteur très puissant si la demande se renforce plus tard. En d’autres termes, un marché où les détenteurs de long terme gardent leurs coins peut sembler calme à court terme, mais il peut aussi préparer des déséquilibres d’offre plus importants pour la suite.
C’est souvent dans ces configurations que le marché devient intéressant. Non pas parce que le prix explose immédiatement, mais parce qu’un socle d’offre rigide se constitue en silence. Lorsque la demande revient, elle doit alors se confronter à un marché où moins de pièces sont réellement disponibles à la vente.
Bien sûr, il n’existe aucune garantie que ce scénario se matérialisera rapidement. Mais la hausse actuelle de l’offre LTH est compatible avec cette logique de compression progressive de l’offre liquide.
Le marché croit-il encore à la thèse Bitcoin ?
La donnée la plus importante ici est peut-être moins quantitative que qualitative.
Ce que montre cette progression de 332 600 BTC chez les détenteurs de long terme, c’est qu’une partie du marché continue manifestement de croire à la thèse Bitcoin. Cette croyance ne s’exprime pas dans les manchettes, ni forcément dans le prix immédiat. Elle s’exprime dans un comportement de détention prolongée.
Autrement dit, malgré le bruit, malgré la guerre, malgré une performance récente peu enthousiasmante, malgré les doutes macroéconomiques, une partie des investisseurs continue de considérer Bitcoin comme un actif qu’il vaut la peine de conserver au-delà des turbulences.
Ce type de conviction est difficile à mesurer autrement que par les données on-chain. Les discours peuvent être spectaculaires, les réseaux sociaux bruyants, les analystes partagés. Mais lorsqu’un investisseur garde ses pièces pendant plus de 155 jours dans un environnement incertain, il envoie un signal bien plus concret que n’importe quelle déclaration.
Pourquoi ce signal reste important pour les mois à venir
À court terme, le Bitcoin peut encore souffrir. Rien dans cette donnée ne garantit un rebond immédiat. Les facteurs macroéconomiques restent complexes, la guerre continue d’influencer les marchés, le dollar et les taux peuvent encore perturber les actifs risqués, et le marché crypto lui-même reste soumis à des flux spéculatifs puissants.
Mais à moyen terme, cette hausse de l’offre détenue par les LTH est tout sauf anodine. Elle suggère que le marché n’est pas en train de perdre sa base de conviction. Elle indique aussi que, sous la faiblesse apparente, un segment des investisseurs adopte un comportement de plus en plus patient.
C’est souvent ce genre de comportement qui sert de fondation aux phases suivantes d’un cycle. Les marchés ne repartent pas toujours quand tout le monde est convaincu. Ils repartent parfois quand la majorité doute encore, mais que les investisseurs les plus résilients ont cessé de distribuer.
Conclusion
Le Bitcoin ne traverse pas aujourd’hui une phase de force évidente. Son prix reste hésitant, son environnement macroéconomique est tendu, et le contexte géopolitique pousse les investisseurs à la prudence. Pourtant, sous cette surface peu convaincante, les données on-chain révèlent quelque chose de potentiellement plus important que le bruit du moment : les détenteurs de long terme ont vu leur offre augmenter de 332 600 BTC en un mois.
Ce signal ne doit pas être lu comme une preuve d’achat massif immédiat. Il doit être compris comme l’expression d’une confiance persistante, construite dans le temps et suffisamment forte pour résister à plusieurs mois de turbulences. Dans un marché où les réactions à court terme dominent souvent l’analyse, cette patience silencieuse est un élément à ne pas sous-estimer.
Les HODLers n’offrent peut-être pas un feu d’artifice. Ils n’apportent pas non plus une certitude haussière immédiate. Mais ils montrent qu’une partie du marché continue de penser que Bitcoin mérite d’être détenu, même lorsque le prix ne donne pas encore de raison évidente d’y croire. Et, dans l’histoire de cet actif, ce genre de conviction discrète a souvent compté davantage que les mouvements spectaculaires de quelques séances.