Kalshi a définitivement interdit l’accès à sa plateforme à l’ancien représentant américain George Santos après avoir conclu qu’il avait manipulé un marché de prédiction portant sur sa propre présence au discours sur l’état de l’Union de 2026. Selon l’avis disciplinaire publié le 28 août, Santos a réalisé 17 839,57 dollars de bénéfices en négociant des contrats dont l’issue dépendait directement de sa décision d’assister ou non à l’événement. La plateforme lui a également imposé une pénalité de 71 356 dollars, soit exactement quatre fois le montant du profit retenu.
L’affaire est particulièrement sensible parce que Santos ne se contentait pas de détenir une information privilégiée sur l’événement : il contrôlait lui-même l’un des éléments déterminants du contrat. Kalshi a estimé qu’en publiant plusieurs messages sur ses intentions de déplacement et de participation, puis en prenant des positions « Yes » ou « No » selon les mouvements de prix, il avait influencé un marché dont il connaissait directement le résultat potentiel. Une procédure séparée menée par la Commodity Futures Trading Commission a également abouti à des sanctions, dont une interdiction de trois ans de négocier sur les plateformes fédérales enregistrées.
Santos négociait un événement qu’il pouvait directement influencer
Les contrats portaient sur une question simple : George Santos assisterait-il au discours sur l’état de l’Union prononcé par le président Donald Trump en 2026 ? Kalshi considère ce type de situation comme particulièrement problématique, car sa règle 5.17(z) interdit aux membres de négocier des contrats lorsqu’ils peuvent influencer le résultat sous-jacent.
Entre le 2 et le 25 février, Santos a pourtant pris des positions importantes sur les deux côtés du marché. Il a acheté des contrats « Yes », qui payaient s’il assistait au discours, puis des contrats « No », qui payaient s’il n’y assistait pas. Le problème n’était donc pas seulement qu’il disposait d’informations non publiques sur ses propres projets, mais qu’il pouvait également modifier le résultat final par sa décision de voyager ou non.
Kalshi a conclu que cette situation avait créé un conflit direct entre le comportement du trader et l’intégrité du marché. La plateforme a également cité des violations de ses règles contre la manipulation, l’utilisation d’informations importantes non publiques, les dispositifs trompeurs et le manque de coopération complète avec son enquête interne.
Les publications sur X ont fortement déplacé les prix
L’ordonnance séparée de la CFTC a fourni un calendrier plus détaillé des transactions. Santos aurait ouvert son compte Kalshi le 11 février et déposé environ 7 000 dollars, utilisés exclusivement pour négocier sur sa propre présence.
Entre le 12 et le 22 février, il a accumulé 30 874 contrats « Yes » pour un coût total de 6 695,94 dollars. Pendant qu’il détenait cette position, il a demandé à ses abonnés sur X s’il devait porter un costume sérieux ou un costume décoré pour le discours. Après cette publication, le prix du contrat « Yes » est passé d’environ 0,15 dollar à 0,70 dollar.
Santos a ensuite vendu l’intégralité de sa position et réalisé un bénéfice de 3 448,43 dollars. La CFTC indique qu’il a ensuite retiré 10 146,07 dollars via un compte Venmo créé quatre jours auparavant. Cette première séquence a constitué le début d’un schéma dans lequel ses déclarations publiques semblaient influer directement sur le prix des contrats qu’il détenait.
Les annulations de voyage ont changé la direction du pari
Le 22 février, une compagnie aérienne a informé Santos que son vol vers Washington avait été annulé. Il a alors réservé un train pour la même nuit. Le lendemain matin, il a publié que les mauvaises conditions météorologiques rendaient son déplacement difficile et a suggéré que le discours pourrait ne pas avoir lieu.
À la suite de cette publication, le contrat « Yes » est tombé d’environ 0,63 dollar à 0,28 dollar. Plus tard, le 23 février, Santos a de nouveau déclaré qu’il assisterait au discours depuis la galerie de la Chambre. Une vidéo répétant cette intention a fait remonter le contrat de 0,40 à 0,70 dollar, selon l’ordre fédéral.
Environ 40 minutes après cette vidéo, Santos a commencé à acheter des contrats « No ». Il a finalement accumulé 23 855 contrats pour 8 650,66 dollars. Son train a ensuite été annulé environ une heure après le début de cette position, mais il aurait encore répondu « I am » à un utilisateur lui demandant s’il comptait toujours se rendre à l’événement.
La position « No » a généré l’essentiel du profit
Le 24 février, alors que son vol et son train avaient été annulés et qu’il n’avait pas encore réservé de nouveau billet, Santos a publié qu’il regardait le discours sur une télévision dans un aéroport. Le prix du contrat « Yes » est alors tombé de 0,73 dollar à 0,02 dollar.
Cette baisse a fortement augmenté la valeur de sa position opposée. Santos a fermé son trade « No » tôt le 25 février avec un bénéfice de 14 390,57 dollars, selon la CFTC. Ajouté à son gain précédent, le montant total correspond aux 17 839,57 dollars mentionnés dans la décision disciplinaire de Kalshi.
Pour la plateforme, le point central est que ces profits ont été générés sur un marché dont l’issue dépendait de Santos lui-même et dont les prix ont été influencés par ses propres déclarations.
La sanction de Kalshi est plus sévère que l’interdiction fédérale
Kalshi a imposé une exclusion permanente. Santos ne peut plus accéder à la plateforme directement, ni par l’intermédiaire d’une autre personne ou d’un autre compte. La pénalité de 71 356 dollars vient s’ajouter à cette interdiction.
La sanction fédérale est distincte. La CFTC avait déjà ordonné à Santos de restituer 17 569,98 dollars, de payer une amende civile de 17 500 dollars et de ne pas négocier sur une entité enregistrée auprès de la CFTC pendant trois ans.
Santos a accepté l’ordonnance fédérale sans reconnaître ni nier les conclusions ou interprétations juridiques de la CFTC. L’agence a appliqué la section 6(c)(1) du Commodity Exchange Act et le règlement 180.1, qui interdisent les comportements manipulateurs ou trompeurs liés aux swaps. Les contrats liés au discours ont été considérés comme des swaps parce que leur paiement dépendait d’un événement futur pouvant avoir des conséquences financières, économiques ou commerciales.
Kalshi et la CFTC ont évalué sa coopération différemment
L’un des aspects intéressants de l’affaire est que les deux enquêtes ont décrit différemment la coopération de Santos. Kalshi a estimé qu’il n’avait pas coopéré de manière rapide et complète avec son enquête interne.
La CFTC, en revanche, a reconnu sa coopération dans le cadre de l’enquête fédérale. Cette différence montre que les deux procédures portaient sur des obligations distinctes et ont été menées séparément.
Avant les sanctions, Kalshi avait gelé le compte et transmis l’activité aux autorités. Des enquêteurs fédéraux examinaient déjà les transactions en juin. La CFTC a depuis clôturé sa partie de l’affaire via l’accord de juillet, tandis qu’aucune résolution publique n’a été annoncée concernant l’enquête rapportée du Department of Justice.
Les marchés de prédiction renforcent leurs contrôles contre les informations privilégiées
L’affaire Santos arrive alors que les plateformes de marchés de prédiction font face à une surveillance accrue autour de l’utilisation d’informations privilégiées. Kalshi fonctionne comme un designated contract market sous supervision de la CFTC, ce qui place ses contrats d’événements dans un cadre réglementaire fédéral.
Les utilisateurs négocient des contrats portant sur la politique, le sport, les données économiques ou d’autres événements publics. Mais plus ces marchés se développent, plus le risque augmente que certaines personnes disposent d’un avantage direct sur l’issue du contrat.
Kalshi avait déjà sanctionné en février un éditeur affilié à MrBeast, avec une pénalité de 20 397,58 dollars et une suspension de deux ans pour des transactions liées à des vidéos YouTube non publiées.
D’autres affaires montrent la diversité des risques
Une autre procédure fédérale concerne Gannon Ken Van Dyke, membre des forces spéciales de l’armée américaine. Les procureurs l’accusent d’avoir utilisé des informations classifiées pour réaliser environ 409 881 dollars sur des contrats Polymarket liés à la capture de Nicolás Maduro.
Un juge fédéral a suspendu la procédure de la CFTC en août pendant que le volet pénal se poursuit. Van Dyke a plaidé non coupable et conteste également la qualification des contrats en tant que swaps.
Ces dossiers montrent que le risque d’information privilégiée peut prendre plusieurs formes : données classifiées, contenu non publié ou contrôle direct du résultat, comme dans le cas Santos.
Kalshi intensifie sa surveillance interne
La plateforme affirme avoir ajouté plusieurs mécanismes pour réduire ces risques, notamment des règles de déclaration d’employeur, un canal de lanceurs d’alerte et des évaluations de risque pour les nouveaux marchés proposés.
En juin, Kalshi a également conclu un partenariat avec StarCompliance afin que certaines entreprises financières puissent connecter les comptes de leurs employés à leurs propres systèmes internes de surveillance.
La plateforme affirme avoir mené plus de 150 enquêtes au premier trimestre 2026, bloqué plus de 100 tentatives suspectées de trading sur informations privilégiées et transmis 20 dossiers aux forces de l’ordre.
Conclusion
La décision contre George Santos illustre l’un des risques les plus évidents pour les marchés de prédiction : permettre à une personne de négocier sur un événement qu’elle peut elle-même influencer. Selon Kalshi, Santos a réalisé 17 839,57 dollars de bénéfices en alternant entre contrats « Yes » et « No » liés à sa propre présence au discours sur l’état de l’Union, tout en publiant des déclarations capables de modifier les prix.
Kalshi l’a définitivement exclu et lui a imposé une pénalité de 71 356 dollars. La CFTC avait déjà prononcé des sanctions séparées, dont une interdiction de trois ans de négocier sur les plateformes enregistrées.
Point clé final
L’affaire dépasse le seul cas Santos. Elle montre que les marchés de prédiction doivent traiter l’information personnelle, l’influence sur l’événement et les déclarations publiques comme des risques de manipulation comparables à ceux rencontrés sur les marchés financiers traditionnels. À mesure que ces plateformes gagnent en volume, la capacité à détecter rapidement ce type de conflit d’intérêts deviendra essentielle à leur crédibilité.