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JPMorgan étudie un stablecoin public alors que les banques américaines accélèrent leur entrée dans la finance tokenisée

JPMorgan étudie un stablecoin public alors que les grandes banques américaines développent leurs propres infrastructures blockchain et de dépôts tokenisés

JPMorgan Chase examine la possibilité de lancer un stablecoin public distinct de son infrastructure actuelle de dépôts tokenisés, selon un rapport du Wall Street Journal publié le 26 août. La banque affirme ne disposer d’aucun plan immédiat, mais elle reconnaît évaluer ses options à mesure que la demande des clients et le cadre réglementaire évoluent. Cette prudence contraste avec la vitesse à laquelle le reste du secteur bancaire américain commence à se positionner. Trente-neuf associations bancaires d’États ont déjà constitué la BankChain Alliance, Early Warning Services a lancé ZLUSD, et plusieurs grandes banques préparent des réseaux communs de dépôts tokenisés.

Le changement de ton est notable. JPMorgan, dont le PDG Jamie Dimon a longtemps critiqué Bitcoin, exploite désormais l’une des plus grandes infrastructures blockchain de la finance traditionnelle. Sa plateforme Kinexys a déjà traité plus de 4 000 milliards de dollars de transactions cumulées et dépassait 7 milliards de dollars de volume quotidien en juin 2026. Le débat n’est donc plus de savoir si les banques utiliseront la blockchain, mais quelle forme de dollar tokenisé elles privilégieront et comment cette évolution modifiera l’équilibre actuel dominé par Tether et Circle.

JPMorgan dispose déjà de l’infrastructure nécessaire

JPMorgan n’aborde pas le sujet des stablecoins à partir de zéro. Sa plateforme Kinexys, anciennement Onyx, est déjà utilisée pour les paiements institutionnels et les dépôts tokenisés. JPM Coin, désormais identifié sous le ticker JPMD sur Base, reste toutefois juridiquement très différent d’un stablecoin public. Il s’agit d’un dépôt bancaire tokenisé qui demeure inscrit au bilan de JPMorgan, fonctionne dans un environnement contrôlé et s’adresse principalement à des clients institutionnels.

Un stablecoin public fonctionnerait autrement. Il s’agirait d’un jeton transférable pouvant être détenu sans nécessairement posséder un compte JPMorgan. Cette différence est structurelle, car elle touche directement au modèle de financement bancaire. Les dépôts traditionnels et tokenisés peuvent soutenir l’activité de crédit d’une banque, tandis qu’un stablecoin doit être entièrement adossé à des réserves et ne permet pas au même mécanisme de création de crédit de fonctionner.

Pour JPMorgan, le choix n’est donc pas uniquement technologique. Il faut déterminer si le contrôle d’un réseau de dollars numériques ouverts justifie le risque de cannibaliser une partie des dépôts existants. La banque possède déjà les systèmes, les licences et les relations avec les entreprises nécessaires pour entrer rapidement sur ce marché si elle décide que l’avantage stratégique compense ce coût.

Le GENIUS Act a supprimé une partie du principal obstacle réglementaire

Le principal catalyseur du mouvement actuel est le GENIUS Act, signé en juillet 2025. Le texte a créé le premier cadre fédéral américain spécifique aux stablecoins de paiement et a donné aux banques une voie réglementaire claire pour en émettre. Il impose notamment un adossement intégral par des réserves autorisées, comprenant les bons du Trésor américain, les dépôts bancaires assurés et certains accords de pension sur titres du Trésor.

La loi exige également des informations mensuelles sur la composition des réserves et interdit aux émetteurs de verser directement des intérêts aux détenteurs de stablecoins. Elle crée une supervision fédérale pour les émetteurs dépassant 10 milliards de dollars de stablecoins en circulation, tandis que les acteurs plus petits peuvent fonctionner sous certains régimes étatiques compatibles avec les normes fédérales.

Cependant, le calendrier réglementaire reste incomplet. Plusieurs agences n’ont pas finalisé les règles prévues dans le délai initial, et l’OCC vise désormais novembre 2026 pour ses principales réglementations. Cette situation crée un paradoxe : les banques bénéficient d’une visibilité bien supérieure à celle des années précédentes, mais elles doivent encore concevoir leurs produits avec la possibilité que certains détails techniques ou prudentiels changent avant l’entrée en vigueur complète du dispositif.

BankChain montre que les banques régionales ne veulent pas rester à l’écart

L’évolution ne concerne pas uniquement les géants de Wall Street. La BankChain Alliance rassemble 39 associations bancaires représentant 3 283 banques et environ 21 800 milliards de dollars d’actifs cumulés. Son objectif est de créer une blockchain permissionnée fonctionnant 24 heures sur 24 et permettant aux banques régionales et communautaires d’utiliser des dépôts tokenisés, des stablecoins et des paiements programmables.

L’intérêt de cette structure est avant tout économique. Une petite banque ne dispose généralement pas du budget nécessaire pour construire seule une infrastructure blockchain comparable à celle de JPMorgan. En mutualisant les coûts et la gouvernance, BankChain cherche à éviter qu’une partie importante du secteur bancaire soit exclue de la transition vers les actifs tokenisés.

L’enjeu devient plus important à mesure que le volume des stablecoins augmente. Le texte indique que les stablecoins ont traité plus de 15 000 milliards de dollars de transactions en 2025 et pourraient dépasser 25 000 milliards en 2026. Pour les banques traditionnelles, chaque paiement passant par une infrastructure stablecoin plutôt que par ACH, Fedwire ou un autre réseau bancaire représente une partie du flux de paiement qui peut potentiellement quitter leur écosystème.

ZLUSD montre que la distribution bancaire peut devenir un avantage majeur

Le produit bancaire le plus concret à ce stade vient d’Early Warning Services, l’entreprise derrière Zelle, détenue conjointement par sept grandes banques américaines. ZLUSD a été lancé en juin 2026 comme stablecoin adossé au dollar, avec l’Inde comme premier corridor international prévu pour les transferts de fonds.

La logique est différente de celle des stablecoins natifs de l’industrie crypto. ZLUSD peut s’appuyer sur une infrastructure déjà connue par des millions de clients bancaires et sur Zelle, qui a traité plus de 1 000 milliards de dollars de paiements en 2025. Le principal avantage n’est pas nécessairement la technologie du jeton, mais la distribution. Les banques participantes peuvent potentiellement intégrer le produit à des relations clients existantes sans exiger l’installation d’une nouvelle application ou la création d’un portefeuille crypto distinct.

Cette capacité de distribution pourrait devenir l’un des principaux défis pour Tether et Circle. Les banques n’ont pas besoin de convaincre les utilisateurs d’entrer dans un nouvel écosystème ; elles peuvent intégrer les actifs tokenisés à des services financiers déjà utilisés quotidiennement.

Les dépôts tokenisés restent pourtant l’option préférée de nombreuses banques

Même si JPMorgan envisage un stablecoin, une partie importante du secteur semble préférer les dépôts tokenisés. JPMorgan, Citigroup, Bank of America et Wells Fargo travaillent par exemple sur un réseau commun via The Clearing House, avec un lancement visé au premier semestre 2027.

Cette approche permet de conserver les dépôts au bilan bancaire, de maintenir la relation de crédit avec le client et d’utiliser des produits pouvant continuer à générer des intérêts. Les dépôts tokenisés restent également intégrés à l’environnement réglementaire bancaire existant, contrairement aux stablecoins qui fonctionnent comme des instruments au porteur plus proches d’un actif numérique transférable.

Le choix entre stablecoins et dépôts tokenisés pourrait donc déterminer la structure future du marché. Les banques peuvent décider de réserver les stablecoins aux paiements ouverts ou transfrontaliers tout en utilisant les dépôts tokenisés pour les entreprises et les clients déjà intégrés à leurs systèmes.

Tether et Circle font face à une concurrence très différente

Le marché des stablecoins représente environ 316 milliards de dollars. Tether détient environ 59 % de l’offre totale avec 187 milliards de dollars en USDT, tandis que Circle représente environ 24 % avec 75 milliards de dollars en USDC. Les deux acteurs contrôlent ensemble plus de 83 % du marché.

Leur position reste forte, mais les banques peuvent les concurrencer avec des avantages différents. Sur le marché institutionnel, un stablecoin émis directement par JPMorgan ou intégré à Zelle pourrait offrir aux entreprises une relation bancaire déjà existante, une intégration avec leurs outils de trésorerie et un bilan beaucoup plus important derrière l’émetteur.

Tether possède un avantage différent. Sa force dans les marchés émergents repose sur une distribution largement permissionless. Les utilisateurs peuvent détenir USDT sans nécessairement passer par une relation bancaire traditionnelle. Les stablecoins bancaires seront probablement soumis à des exigences KYC beaucoup plus fortes, ce qui pourrait limiter leur capacité à reproduire ce modèle.

La question de Tether pourrait aussi devenir réglementaire

Le GENIUS Act crée également une incertitude spécifique pour les émetteurs étrangers. Tether est enregistré dans les îles Vierges britanniques et n’est pas une institution financière agréée aux États-Unis. La loi prévoit un mécanisme permettant aux émetteurs étrangers d’accéder au marché américain à condition que le département du Trésor accorde une reconnaissance de réciprocité.

Aucune décision de ce type n’avait encore été annoncée en août 2026. Si elle n’intervient pas, USDT pourrait rencontrer des restrictions importantes dans le marché américain réglementé après l’entrée en vigueur complète du nouveau cadre.

Cela ne signifierait pas nécessairement la disparition de Tether, dont l’activité est fortement internationale, mais cela pourrait réduire sa présence dans certains segments institutionnels américains précisément au moment où les banques traditionnelles développent leurs propres alternatives.

JPMorgan semble se préparer même sans annoncer officiellement de stablecoin

Les actions de JPMorgan suggèrent que la réflexion est plus avancée que la formulation prudente de ses déclarations publiques. La banque a déposé plusieurs demandes de marques liées à des produits stablecoin en 2026 et a soumis en mai un dossier concernant le JPMorgan OnChain Liquidity-Token Money Market Fund, ou JLTXX.

Ce fonds n’est pas lui-même un stablecoin. Il serait conçu pour gérer des réserves susceptibles d’être utilisées par des émetteurs de stablecoins. JPMorgan pourrait donc bénéficier du développement du secteur même sans lancer immédiatement son propre jeton. Si elle décide ensuite de le faire, une partie de l’infrastructure de gestion des réserves serait déjà opérationnelle.

Conclusion

JPMorgan ne s’est pas engagé publiquement à lancer un stablecoin, mais l’évolution de son infrastructure, les dépôts de marques, le développement de Kinexys et l’expansion générale du secteur bancaire montrent que le marché est entré dans une nouvelle phase. Le GENIUS Act a donné aux banques la visibilité réglementaire qu’elles réclamaient, tandis que BankChain, ZLUSD et The Clearing House construisent déjà les rails nécessaires à une adoption plus large.

Point clé final

Le principal risque pour Tether et Circle n’est pas nécessairement qu’un stablecoin bancaire soit technologiquement supérieur. Il réside dans la distribution, les relations clients existantes et la capacité des banques à intégrer directement les dollars tokenisés à leurs systèmes de paiement et de trésorerie. Si JPMorgan décide finalement d’entrer sur ce marché, la compétition pourrait rapidement passer d’un duel entre émetteurs crypto à un affrontement beaucoup plus large entre fintechs natives et infrastructures bancaires traditionnelles.

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