Les prix du pétrole ont fortement reculé lundi après que le président américain Donald Trump a déclaré avoir suspendu une attaque militaire contre l’Iran prévue mardi, à la demande de plusieurs dirigeants du Golfe. Cette annonce a immédiatement relancé l’espoir d’un progrès diplomatique dans un conflit qui secoue les marchés de l’énergie depuis plusieurs mois.
Le Brent, référence mondiale du pétrole, est passé d’environ 112 dollars à 109 dollars le baril après la déclaration de Trump sur Truth Social. Le mouvement montre à quel point le marché pétrolier reste sensible à chaque signal politique lié à la guerre en Iran, au détroit d’Hormuz et aux discussions de paix.
Avant cette annonce, les prix avaient évolué de manière très volatile durant la journée. Le week-end précédent, Trump avait averti l’Iran que “le temps presse”, alors que les négociations semblaient bloquées. La possibilité d’une nouvelle attaque américaine avait alors renforcé les inquiétudes sur l’offre mondiale de pétrole.
Le détroit d’Hormuz reste au centre de la crise
La crise énergétique actuelle est directement liée à la fermeture effective du détroit d’Hormuz par l’Iran, en représailles aux frappes américaines et israéliennes lancées contre le pays à partir du 28 février. Ce passage maritime étroit est l’un des points les plus stratégiques du commerce mondial d’énergie.
En temps normal, environ un cinquième du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié transite par cette route. Lorsque le détroit est perturbé, les conséquences se répercutent immédiatement sur les prix du pétrole, du gaz, du transport maritime, de l’assurance et des carburants.
C’est pourquoi les marchés réagissent rapidement à toute nouvelle susceptible d’indiquer une réouverture prochaine ou, au contraire, une escalade militaire. Une simple déclaration politique peut faire bouger les prix de plusieurs dollars par baril.
Le recul du Brent après les propos de Trump ne signifie donc pas que le problème est résolu. Il indique surtout que les traders ont réévalué, au moins temporairement, le risque d’une attaque imminente.
Trump évoque des négociations sérieuses
Dans son message, Donald Trump a affirmé que des “négociations sérieuses” étaient désormais en cours. Il a également indiqué que les dirigeants du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis lui avaient demandé de suspendre l’attaque prévue contre l’Iran.
Selon Trump, ces dirigeants lui auraient fait savoir qu’un accord “très acceptable” pour les États-Unis pourrait être trouvé. Il a toutefois ajouté qu’il n’y aurait “pas d’armes nucléaires pour l’Iran”, confirmant que le programme nucléaire iranien reste au cœur des exigences américaines.
Le président américain a aussi maintenu la pression militaire. Il a averti que l’armée américaine serait prête à lancer une attaque de grande ampleur “à tout moment” si aucun accord acceptable n’était conclu.
Cette combinaison d’ouverture diplomatique et de menace militaire explique la réaction prudente du marché. Les prix ont baissé, mais ils restent élevés, car le risque d’échec des négociations demeure important.
L’Iran n’a pas encore répondu publiquement
Au moment des dernières informations disponibles, l’Iran n’avait pas publiquement commenté la nouvelle déclaration de Donald Trump. Ce silence maintient une part d’incertitude sur la réalité des progrès diplomatiques.
Plus tôt, des informations avaient laissé entendre qu’une agence iranienne avait affirmé que les États-Unis accepteraient une dérogation temporaire aux sanctions sur le pétrole brut iranien pendant les négociations. Cette rumeur avait déjà contribué à faire reculer les prix du pétrole dans la journée.
Si une telle mesure était confirmée, elle pourrait signaler une volonté de créer un espace de négociation. Mais elle serait aussi politiquement sensible, car tout allègement des sanctions iraniennes pourrait être critiqué aux États-Unis et par certains alliés régionaux.
Pour les marchés, l’essentiel reste la question du détroit d’Hormuz. Tant que ce passage ne sera pas rouvert de manière fiable, les prix de l’énergie resteront exposés à de fortes variations.
Les coûts d’emprunt des États augmentent
La hausse des prix de l’énergie depuis le début du conflit a aussi pesé sur les marchés obligataires. Les rendements des obligations d’État ont augmenté, car les investisseurs craignent qu’une énergie plus chère alimente l’inflation et pousse les banques centrales à relever les taux d’intérêt ou à maintenir une politique monétaire restrictive plus longtemps.
Lundi, le rendement du Treasury américain à 10 ans a atteint 4,63 % à un moment donné, son plus haut niveau depuis plus d’un an, avant de reculer. Ce rendement représente le coût d’emprunt du gouvernement américain sur dix ans et sert de référence pour de nombreux actifs financiers.
Les obligations japonaises ont également été sous pression. Selon Reuters, le gouvernement japonais pourrait émettre de nouvelles dettes pour financer un budget supplémentaire destiné à amortir le choc économique de la guerre. Le rendement de l’obligation japonaise à 30 ans a atteint un record à 4,2 %, tandis que le rendement à 10 ans a grimpé à 2,8 %, son plus haut niveau depuis octobre 1996.
Les rendements obligataires de la zone euro ont aussi commencé la journée en hausse avant de reculer lorsque le pétrole a baissé.
Les banques centrales surveillent le choc énergétique
La situation attire naturellement l’attention des banquiers centraux. Une hausse durable des prix de l’énergie peut alimenter l’inflation, réduire le pouvoir d’achat des ménages et compliquer les décisions de politique monétaire.
À Paris, les ministres des Finances du G7 se réunissaient dans un contexte de tension sur les marchés. Interrogée sur la vente d’obligations mondiales, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a répondu : “Je m’inquiète toujours, c’est mon travail.”
Cette phrase résume bien l’état d’esprit des autorités monétaires. Elles doivent surveiller à la fois l’inflation, la croissance, les marchés obligataires, les prix de l’énergie et la stabilité financière.
Si le pétrole reste durablement élevé, les banques centrales pourraient avoir moins de marge pour baisser les taux. Cela pèserait sur les ménages, les entreprises, les gouvernements endettés et les marchés d’actions.
Le risque d’un “été de douleur”
Claudio Galimberti, économiste en chef chez Rystad Energy, a averti que la situation pourrait empirer si le détroit d’Hormuz ne rouvre pas. Selon lui, le marché se dirige vers un “été de douleur” si le blocage se poursuit.
Cette expression reflète le risque d’une saison estivale marquée par des carburants chers, des billets d’avion plus coûteux, une pression sur les entreprises de transport et une baisse du pouvoir d’achat des ménages.
Les compagnies aériennes sont particulièrement exposées. Elles entrent dans la haute saison touristique alors que les prix du carburant augmentent. Le carburant est l’un des principaux coûts des transporteurs aériens. Une hausse rapide peut réduire les marges, forcer des ajustements tarifaires ou compliquer les prévisions financières.
Ryanair a indiqué que le conflit au Moyen-Orient avait créé une incertitude économique importante et que la compagnie ne savait toujours pas quand le détroit d’Hormuz rouvrirait. Elle a précisé avoir couvert 80 % de ses besoins en kérosène pour les mois à venir, mais que les 20 % restants avaient fortement augmenté en raison du conflit.
Ryanair reste rentable mais prudente
Ryanair a publié lundi des résultats solides. Son bénéfice annuel est passé à 2,26 milliards d’euros, contre 1,6 milliard d’euros l’année précédente. Son chiffre d’affaires a augmenté de 11 %, à 15,5 milliards d’euros pour l’exercice clos fin mars.
Malgré ces bons résultats, la compagnie a souligné que les perspectives restent difficiles à prévoir. L’incertitude liée à la guerre en Iran s’ajoute au conflit toujours en cours en Ukraine, ce qui complique les prévisions de coûts, de demande et de capacité.
Cette prudence montre que même les entreprises les mieux gérées peuvent être affectées par des chocs géopolitiques. Les couvertures de carburant permettent de réduire une partie du risque, mais elles ne protègent pas totalement contre un environnement durablement instable.
Si les prix du pétrole restent élevés, les compagnies aériennes pourraient devoir augmenter les tarifs, réduire certaines capacités ou accepter une pression sur leurs marges.
Les infrastructures du Golfe restent vulnérables
Le contexte régional reste fragile. Pendant le conflit au Moyen-Orient, l’Iran a lancé des attaques contre des pays voisins, notamment Israël, Bahreïn et les Émirats arabes unis.
Dimanche, les Émirats arabes unis ont déclaré qu’une attaque de drone avait provoqué un incendie près de leur centrale nucléaire de Barakah, qualifiant l’incident “d’escalade dangereuse”. Les autorités enquêtent encore sur l’origine de l’attaque.
Selon le ministère émirati de la Défense, trois drones seraient entrés dans le pays depuis la direction de la “frontière occidentale”. Deux auraient été interceptés, tandis que le troisième aurait touché un générateur électrique situé à l’extérieur du périmètre intérieur de la centrale, provoquant un incendie.
Aucune blessure n’a été signalée et les autorités locales ont indiqué qu’il n’y avait pas eu d’impact sur les niveaux de sécurité radiologique.
Pourquoi les marchés restent nerveux
Même après la baisse du pétrole, les marchés restent nerveux pour trois raisons principales.
La première est que le détroit d’Hormuz reste le facteur clé. Tant qu’il ne sera pas rouvert, l’offre mondiale d’énergie restera exposée à un risque majeur.
La deuxième est que les négociations peuvent échouer. Trump a suspendu l’attaque, mais il a aussi menacé de la relancer rapidement si aucun accord acceptable n’est conclu.
La troisième est que l’inflation énergétique peut se diffuser dans l’économie. Essence, transport, billets d’avion, production industrielle, logistique et alimentation peuvent être affectés progressivement.
C’est pourquoi la baisse du Brent à 109 dollars ne suffit pas à rassurer complètement les investisseurs. Le prix reste élevé par rapport aux niveaux précédant le conflit, et la volatilité peut revenir rapidement.
Le recul des prix du pétrole après la déclaration de Donald Trump montre que les marchés cherchent désespérément des signes de désescalade. Le report d’une attaque américaine contre l’Iran, demandé par des dirigeants du Golfe, a suffi à faire baisser le Brent de 112 à 109 dollars le baril.
Mais la situation reste fragile. Les négociations sont présentées comme sérieuses, mais l’Iran n’a pas encore réagi publiquement. Le détroit d’Hormuz reste perturbé. Les prix de l’énergie continuent de peser sur les obligations, les compagnies aériennes et l’inflation.
Pour les investisseurs, les gouvernements et les entreprises, le principal enjeu reste la durée de la crise. Si une solution diplomatique permet de rouvrir Hormuz, les prix pourraient se stabiliser. Si les discussions échouent et que les attaques reprennent, le marché pétrolier pourrait rapidement repartir à la hausse.
À court terme, le pétrole reste donc pris entre deux forces : l’espoir d’un accord et le risque d’une escalade militaire majeure.