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Japon : la BoJ devrait maintenir ses taux face aux risques géopolitiques

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Une semaine clé pour l’économie japonaise

L’économie japonaise entre dans une semaine importante, dominée par la réunion de politique monétaire de la Banque du Japon, les données sur l’emploi, la production industrielle, les ventes au détail, la confiance des consommateurs et l’inflation à Tokyo. Dans un contexte normal, ces indicateurs suffiraient déjà à orienter les marchés. Mais cette fois, ils s’inscrivent dans un environnement mondial beaucoup plus incertain, marqué par l’impasse entre les États-Unis et l’Iran autour du détroit d’Ormuz.

Les investisseurs continuent d’alterner entre appétit pour le risque et prudence, selon les nouvelles liées aux discussions diplomatiques. Le détroit d’Ormuz reste une voie maritime essentielle pour les exportations mondiales de pétrole et de gaz depuis le Golfe. Tant que sa réouverture complète reste incertaine, les marchés doivent intégrer un risque élevé sur l’énergie, l’inflation et la croissance mondiale.

Dans ce contexte, la Banque du Japon devrait rester prudente. Les responsables monétaires devraient maintenir le taux directeur à 0,75 %, en attendant plus de clarté sur l’impact du conflit au Moyen-Orient. La banque centrale souhaite probablement continuer à normaliser sa politique monétaire, mais elle ne semble pas pressée d’agir tant que l’environnement international reste aussi fragile.

La Banque du Japon devrait temporiser

La réunion de deux jours de la Banque du Japon est l’événement principal de la semaine. Le conseil de politique monétaire devrait laisser inchangé l’objectif du taux au jour le jour à 0,75 %, probablement par une majorité large, voire à l’unanimité. Cette décision suivrait les maintiens de mars et janvier, après la hausse de taux de décembre.

En décembre, la BoJ avait relevé son taux de 25 points de base, le portant à un plus haut de 30 ans. Cette hausse marquait une étape importante dans la sortie progressive de la politique ultra-accommodante qui a longtemps défini le Japon. Pourtant, la banque centrale reste prudente. Elle veut éviter de resserrer trop vite dans un contexte où les chocs extérieurs peuvent rapidement affecter la croissance, les prix de l’énergie et la confiance des entreprises.

Le message attendu est donc relativement équilibré. La BoJ devrait répéter qu’elle continuera à relever les taux si la croissance et l’inflation évoluent conformément à ses perspectives de moyen terme. Elle devrait aussi rappeler que les taux réels restent à des niveaux « significativement bas ». Cela permettrait de maintenir l’idée d’une normalisation future, sans forcer une nouvelle hausse immédiate.

Kazuo Ueda veut garder l’option de hausse ouverte

Le gouverneur Kazuo Ueda devrait utiliser sa conférence de presse pour éviter deux pièges. D’un côté, il ne voudra pas donner l’impression que la Banque du Japon abandonne son cycle de normalisation. De l’autre, il devra reconnaître que l’incertitude géopolitique justifie la patience.

La BoJ cherche progressivement à rapprocher son taux d’un niveau plus neutre, probablement d’au moins 1 %. Mais elle avance étape par étape. L’institution estime que de nombreuses entreprises devraient continuer à augmenter les salaires au cours de l’exercice fiscal 2026, qui a commencé le 1er avril. Cette dynamique salariale est essentielle, car elle soutient la consommation et peut rendre l’inflation plus durable.

Ueda a récemment souligné que des anticipations d’inflation à plus long terme plus élevées, liées aux coûts de l’énergie, pourraient renforcer l’inflation sous-jacente. Il a aussi rappelé que les entreprises japonaises sont devenues plus affirmées dans leur comportement de fixation des prix et des salaires. Cela signifie que les chocs de prix pourraient désormais se transmettre plus fortement qu’auparavant à l’économie réelle.

Ce point est central. Pendant des années, le Japon a eu du mal à générer une inflation durable. Aujourd’hui, la BoJ doit surveiller le risque inverse : une inflation qui resterait plus élevée si les salaires, les prix de l’énergie et les anticipations se renforcent ensemble.

Certains membres veulent déjà aller plus loin

Tous les responsables de la BoJ ne partagent pas exactement le même niveau de prudence. En mars, le membre du conseil Hajime Takata a de nouveau plaidé pour une hausse du taux à 1,0 %, estimant que l’objectif d’inflation de 2 % avait été largement atteint. Selon lui, les risques d’inflation au Japon sont orientés à la hausse, notamment en raison des effets de second tour liés aux hausses de prix venues de l’étranger.

Takata n’est pas le seul à avoir défendu une normalisation plus rapide. Naoki Tamura, ancien du groupe bancaire Sumitomo Mitsui, a lui aussi fait partie des membres favorables à une hausse plus précoce avant la décision de décembre.

Ces divergences montrent que le débat au sein de la BoJ n’est pas terminé. Une décision de statu quo cette semaine ne signifierait pas que la banque centrale a refermé la porte à de nouvelles hausses. Elle indiquerait surtout que les responsables souhaitent choisir un meilleur moment.

Le contexte actuel rend cette prudence compréhensible. Le conflit au Moyen-Orient peut pousser les prix de l’énergie à la hausse, mais il peut aussi freiner la demande mondiale. Pour une économie exportatrice comme le Japon, ce mélange est délicat.

Le marché de l’emploi devrait rester solide

Sur le front des données économiques, le taux de chômage de mars devrait rester bas et stable à 2,6 %. Ce niveau confirme la solidité du marché du travail japonais, même si le chiffre avait brièvement atteint un plus haut de 18 mois à 2,7 % en janvier.

Le Japon continue de faire face à des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs. Les domaines les plus concernés sont notamment la garde d’enfants, la santé, le transport et la construction. Ces secteurs combinent souvent horaires longs, salaires relativement faibles et besoin élevé de personnel.

Le taux de chômage japonais reste très inférieur à celui observé dans d’autres grandes économies. Cela donne à la BoJ une raison de penser que l’économie conserve une base relativement stable. Mais un marché du travail tendu peut aussi alimenter les hausses de salaires, ce qui renforce l’attention portée à l’inflation sous-jacente.

Les emplois salariés devraient revenir clairement sur une tendance haussière après le rebond observé en février. Cette amélioration serait soutenue à la fois par les postes réguliers et non réguliers, après une baisse inattendue de l’emploi total en janvier liée à des facteurs ponctuels.

La production industrielle devrait rebondir modestement

La production industrielle de mars est attendue en hausse de 0,7 % sur un mois, après un recul de 2,0 % en février et une progression de 4,3 % en janvier. Cette trajectoire montre une économie industrielle encore irrégulière, mais pas en rupture.

Le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie avait indiqué dans son enquête précédente que la production pourrait bondir de 3,8 % en mars, portée par la demande en machines de production, infrastructures de communication et semi-conducteurs. Une nouvelle progression était également attendue en avril.

Même si la prévision médiane est plus modeste, un rebond en mars serait important. Il suggérerait que l’activité manufacturière reste capable de reprendre après un mois faible. Le ministère a récemment maintenu son évaluation selon laquelle la production industrielle avance « d’un pas en avant et d’un pas en arrière ». Cette formule décrit bien le moment actuel : il existe des signes de reprise, mais ils restent irréguliers.

Les marchés surveilleront aussi les expéditions de biens d’équipement hors matériel de transport pour le premier trimestre. Ces données aideront à évaluer la dynamique de l’investissement des entreprises, qui avait fortement contribué à la croissance du PIB au quatrième trimestre.

Le PIB du premier trimestre pourrait rester solide

Les économistes s’attendent à ce que le produit intérieur brut du Japon affiche une progression solide au premier trimestre, après une hausse de 0,3 % au quatrième trimestre, soit 1,3 % en rythme annualisé. Ce rebond avait été soutenu par un investissement des entreprises robuste et une consommation faible mais résistante.

Le troisième trimestre avait été marqué par une contraction de 0,7 %, soit 2,6 % en rythme annualisé. Le retour à la croissance au quatrième trimestre avait donc rassuré les investisseurs. Si le premier trimestre confirme cette amélioration, la Banque du Japon pourrait disposer d’un argument supplémentaire pour poursuivre sa normalisation plus tard dans l’année.

Cependant, la trajectoire dépendra aussi du commerce extérieur, de la demande chinoise, des prix de l’énergie et du yen. Un yen faible peut soutenir les exportateurs, mais il renchérit aussi les importations, notamment d’énergie et de produits alimentaires.

La BoJ doit donc évaluer une économie qui montre des signes de résistance, mais qui reste très sensible aux chocs extérieurs.

Les ventes au détail devraient se redresser

Les ventes au détail de mars devraient progresser de 1,0 % sur un an, après une légère baisse en février. Sur un mois, elles sont attendues en hausse de 0,4 %, après un recul de 2,0 %.

Le redressement devrait être soutenu par la demande de vêtements de printemps. Les données du secteur ont déjà montré une troisième hausse annuelle consécutive des ventes des grands magasins en mars, avec une progression de 3,2 % après 1,6 % en février. Les ventes ont été portées par les vêtements de saison, les montres de luxe et la joaillerie.

La consommation reste toutefois un point de vigilance. Les ménages japonais ont subi la pression des prix plus élevés, en particulier sur les produits alimentaires et l’énergie. Même si les salaires augmentent, le pouvoir d’achat réel reste un enjeu important.

Le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie continue de considérer que les ventes au détail suivent une tendance graduelle à la hausse. Un bon chiffre en mars confirmerait cette lecture, mais il ne suffirait pas à effacer toutes les inquiétudes sur la demande intérieure.

Le tourisme continue de soutenir certaines ventes

Les ventes aux visiteurs étrangers ont marqué leur première progression en cinq mois, soutenues par la faiblesse du yen. Cette faiblesse augmente le pouvoir d’achat des touristes internationaux au Japon, ce qui profite aux grands magasins, aux produits de luxe, aux bijoux et aux montres.

La composition de la demande touristique reste cependant contrastée. Les touristes chinois ont continué de boycotter le Japon dans un contexte de tensions diplomatiques bilatérales. Mais les dépenses des visiteurs venus de Taïwan, de Corée du Sud, d’Asie du Sud-Est et des États-Unis ont plus que compensé l’impact d’une baisse de 20 % des ventes aux visiteurs chinois.

Ce point montre que la consommation liée au tourisme reste une source de soutien, mais aussi de volatilité. Elle dépend du taux de change, des relations diplomatiques, des flux de voyageurs et de la confiance régionale.

Pour l’économie japonaise, le tourisme est devenu un facteur utile, mais il ne peut pas remplacer une amélioration plus large de la consommation domestique.

L’inflation à Tokyo devrait rester modérée

L’indice des prix à la consommation de Tokyo pour avril sera très surveillé, car il sert d’indicateur avancé de la tendance nationale. L’inflation totale devrait atteindre 1,6 % sur un an, contre 1,4 % en mars. L’inflation de base, hors produits frais, devrait monter à 1,8 %, contre 1,7 %. L’inflation hors produits frais et énergie devrait rester stable à 2,3 %.

Ces chiffres suggèrent une inflation encore modérée. Deux des trois principales mesures resteraient sous l’objectif de 2 % de la Banque du Japon. Les subventions énergétiques ont contribué à contenir les factures d’électricité pendant la saison de chauffage, avec des paiements prolongés jusqu’en avril.

Les prix des aliments transformés ont aussi ralenti après la résolution des pénuries d’approvisionnement en riz domestique l’an dernier. Cela contribue à limiter certaines pressions sur les ménages.

Cependant, l’inflation sous-jacente hors alimentation fraîche et énergie reste au-dessus de 2 %, ce qui indique que certaines pressions de prix persistent. C’est cette mesure que la BoJ surveillera attentivement, car elle donne une meilleure idée de la tendance fondamentale.

Les marchés japonais restent exposés au yen et au pétrole

La semaine sera également importante pour les marchés financiers japonais. Les paires USD/JPY, EUR/JPY et GBP/JPY restent sensibles aux attentes de taux et au sentiment mondial. Le Nikkei, de son côté, peut bénéficier d’un yen faible et d’un environnement de risque positif, mais il reste vulnérable aux chocs liés à l’énergie et au commerce mondial.

Le Japon importe une grande partie de son énergie. Une hausse prolongée du pétrole peut donc peser sur les entreprises et les ménages. Elle peut aussi compliquer la tâche de la Banque du Japon, car une inflation tirée par l’énergie n’est pas toujours le type d’inflation que la banque centrale souhaite encourager.

En même temps, un choc énergétique peut réduire la demande mondiale et affecter les exportateurs japonais. C’est pourquoi le conflit entre les États-Unis et l’Iran reste un facteur déterminant, même si la réunion de la BoJ attire l’attention immédiate.

Conclusion

La semaine économique japonaise sera dominée par la réunion de la Banque du Japon, qui devrait maintenir son taux directeur à 0,75 %. La banque centrale devrait conserver une posture prudente, en gardant ouverte la possibilité de futures hausses, mais sans agir immédiatement en raison des incertitudes liées au Moyen-Orient.

Les données économiques devraient montrer une économie relativement stable. Le chômage devrait rester à 2,6 %, la production industrielle devrait rebondir modestement, les ventes au détail devraient progresser et l’inflation à Tokyo devrait rester contenue grâce aux subventions énergétiques.

Pour les marchés, la question principale est de savoir si la BoJ peut continuer à préparer la normalisation monétaire sans déclencher un choc sur la croissance, le yen ou les actifs risqués. Le Japon avance dans une phase délicate : l’économie donne des signes de résistance, mais l’environnement extérieur reste instable.

La semaine à venir ne devrait donc pas apporter une rupture majeure de politique monétaire. Elle devrait plutôt confirmer la stratégie actuelle de la BoJ : patience, prudence et maintien d’une trajectoire de normalisation graduelle si les conditions économiques le permettent.

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