Un changement notable semble émerger autour de la politique monétaire américaine. Après des mois de pression de la part de l’administration Trump pour obtenir une baisse des taux d’intérêt, deux personnalités étroitement liées à la Maison-Blanche indiquent désormais qu’attendre davantage pourrait être plus justifié qu’elles ne le soutenaient auparavant.
Le gouverneur de la Réserve fédérale Stephen Miran a déclaré jeudi, lors d’un forum économique à Washington, qu’il réexaminait ses anticipations de baisse des taux pour cette année. Au lieu des quatre baisses qu’il envisageait auparavant, Miran estime désormais que le total pourrait être ramené à trois, en reconnaissant que le tableau de l’inflation était devenu plus compliqué, même avant le début de la guerre avec l’Iran.
Ces propos sont importants, car ils suggèrent qu’un ton plus prudent s’installe, même chez des responsables et décideurs jusque-là associés à une position plus ouvertement accommodante. Ils interviennent aussi à un moment politiquement délicat, alors que la Réserve fédérale fait face à une incertitude sur sa direction, à des tensions inflationnistes liées à la hausse des coûts de l’énergie et à des pressions publiques continues de la part du président Donald Trump.
Les propos de Miran reflètent une vision plus prudente sur les taux
Les déclarations de Miran suggèrent qu’il devient plus difficile de défendre un scénario de baisses de taux agressives. S’il n’a pas exclu un assouplissement monétaire, son message est que le contexte inflationniste exige désormais davantage de prudence qu’on ne l’espérait auparavant.
Ce changement compte parce que les anticipations de baisse des taux sont très sensibles à l’évolution de l’inflation. Si l’inflation devient moins prévisible ou plus persistante, les responsables monétaires préfèrent généralement avancer plus lentement. En abaissant son scénario de quatre baisses à potentiellement trois, Miran reconnaît en pratique que la trajectoire vers une politique plus souple pourrait ne pas être aussi fluide qu’attendu.
Cet ajustement est d’autant plus notable qu’il vient d’une personnalité perçue comme proche de l’orientation politique plus large de l’administration Trump. En ce sens, cela montre que même des alliés politiques de la Maison-Blanche pourraient adoucir leurs attentes concernant un assouplissement rapide.
Le secrétaire au Trésor Bessent a lui aussi changé de ton
Miran n’est pas le seul à adopter une position plus mesurée. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent semble également avoir modifié sa posture publique sur la politique monétaire.
Lors d’une conférence à Washington, Bessent a déclaré que des baisses de taux devraient finir par arriver, mais qu’attendre davantage de clarté sur la situation iranienne était logique. Il a aussi suggéré que les marchés pourraient attendre que le candidat de Donald Trump à la tête de la Fed, Kevin Warsh, conduise le prochain cycle de baisse des taux.
Cela marque une différence nette par rapport à sa position du début d’année. À ce moment-là, Bessent décrivait les baisses de taux comme l’ingrédient majeur manquant pour renforcer la croissance économique et soutenait que la Fed n’avait aucune raison de retarder son action. Aujourd’hui, le message est plus retenu. Les baisses restent souhaitables, mais ne sont plus forcément urgentes.
Ce léger changement est important, car il suggère que le contexte économique et géopolitique commence à l’emporter sur l’empressement initial de l’administration à vouloir des taux plus bas.
Trump reste beaucoup plus direct sur la question des taux
Alors que Miran et Bessent ont adopté un ton plus patient, le président Donald Trump reste bien plus frontal dans sa pression sur la Réserve fédérale.
Trump a demandé à plusieurs reprises au président de la Fed, Jerome Powell, de réduire le coût du crédit, estimant que des taux trop élevés pénalisent inutilement une économie qu’il continue à juger solide. À ses yeux, la politique monétaire actuelle freine excessivement la croissance.
Cette pression publique est devenue un élément récurrent des relations entre la Maison-Blanche et la Fed. Mais désormais, avec une inflation à nouveau plus difficile à lire et des tensions géopolitiques qui alimentent les prix des matières premières, le message de l’administration apparaît moins homogène qu’auparavant.
Trump veut toujours des taux plus bas. Mais certains responsables autour de lui semblent désormais plus prêts à accepter un délai.
L’inflation devient plus difficile à interpréter
Une des raisons majeures de cette évolution est le changement du paysage inflationniste. Le déclenchement de la guerre avec l’Iran a fait monter les prix de l’énergie, poussant l’inflation globale à la hausse, alors même que l’inflation sous-jacente reste relativement mieux contenue.
Selon l’article, les prix à la consommation ont progressé de 3,3 % sur un an en mars. Ce niveau n’est pas extrême, mais il reste suffisamment élevé pour maintenir les responsables monétaires dans une posture prudente, surtout lorsque les coûts énergétiques redeviennent une source importante de pression.
Cela place la Fed dans une position difficile. D’un côté, il peut encore exister des arguments en faveur d’une baisse des taux si la croissance ralentit ou si l’inflation se modère à nouveau. De l’autre, la hausse des prix du carburant et de l’énergie peut rapidement brouiller les perspectives, surtout si les marchés commencent à craindre que l’inflation reste plus durablement élevée.
C’est précisément le type d’environnement dans lequel les banquiers centraux hésitent le plus. Plus la trajectoire de l’inflation devient incertaine, moins ils sont enclins à s’engager dans une série rapide de baisses.
La Fed a déjà marqué une pause après avoir baissé ses taux l’an dernier
La banque centrale avait pourtant déjà commencé à assouplir sa politique avant ce changement de ton. La Fed a abaissé ses taux trois fois l’an dernier, mais elle les a laissés inchangés jusqu’ici en 2026.
Cette pause apparaît désormais plus compréhensible à la lumière de l’évolution récente de l’inflation. Avec des prix de l’énergie en hausse et des risques géopolitiques qui brouillent le tableau, maintenir les taux en l’état peut sembler plus prudent que de signaler trop tôt un assouplissement rapide.
L’évolution du discours de Miran s’inscrit donc dans une ligne plus large : la Fed n’abandonne pas l’idée de baisses de taux, mais elle devient plus prudente sur leur calendrier et leur ampleur.
L’incertitude sur la direction de la Fed ajoute une difficulté supplémentaire
Le débat sur les baisses de taux intervient au moment où la Réserve fédérale approche d’une transition potentiellement décisive à sa tête. Le candidat de Trump pour diriger la banque centrale, Kevin Warsh, doit comparaître devant la commission bancaire du Sénat le 21 avril pour une audition de confirmation.
Mais sa trajectoire reste incertaine. Selon l’article, le sénateur Thom Tillis, élu républicain de Caroline du Nord, refuse de soutenir tout candidat à la Fed tant que le ministère de la Justice poursuit son enquête pénale contre Jerome Powell.
Ce conflit transforme ce qui aurait pu être une transition relativement ordinaire en un épisode beaucoup plus instable. Les marchés n’observent pas seulement l’évolution de l’inflation et des taux. Ils essaient aussi de comprendre qui pourrait réellement diriger la Fed dans les mois à venir.
Cette dimension compte, car un changement de direction peut influencer non seulement le ton de la politique monétaire, mais aussi la confiance du marché dans l’indépendance et la continuité de l’institution.
Powell reste sous pression politique et judiciaire
La pression judiciaire sur Powell est liée à son témoignage devant le Congrès à propos du coût de rénovation du siège vieillissant de la Réserve fédérale. Un juge fédéral a annulé les assignations en mars, en estimant qu’il n’existait aucune preuve crédible de faute et en écrivant que cette démarche semblait destinée à harceler Powell pour le pousser à démissionner.
Les procureurs ont indiqué qu’ils feraient appel, mais cette procédure pourrait durer des mois, voire davantage.
En vertu des règles de la Fed, le président peut continuer à exercer ses fonctions pro tempore si un successeur n’a pas encore été officiellement installé. Powell lui-même avait déjà occupé cette fonction pendant plusieurs mois début 2022 en attendant la confirmation de son second mandat. Il a également déclaré vouloir rester gouverneur jusqu’à ce que l’enquête du ministère de la Justice soit clarifiée.
Cela signifie que la situation à la tête de la Fed pourrait rester floue, même si la pression politique s’intensifie.
Trump affirme qu’il est prêt à limoger Powell
Le climat politique s’est encore tendu lorsque Trump a déclaré mercredi qu’il était prêt à limoger Powell s’il ne se retirait pas lorsque son mandat prendra fin le 15 mai.
Dans un entretien accordé à Fox Business, Trump a affirmé qu’il devrait le renvoyer s’il ne partait pas à temps, ajoutant qu’il avait déjà voulu le faire auparavant mais qu’il s’était retenu pour éviter la controverse.
Cette déclaration ajoute une couche supplémentaire d’instabilité autour de la banque centrale au moment même où les perspectives d’inflation deviennent plus complexes. Pour les marchés, la combinaison d’une inflation plus incertaine, de tensions géopolitiques et d’un conflit politique sur la direction de la Fed est loin d’être idéale.
Cela signifie aussi que le débat sur les taux n’est plus seulement économique. Il est désormais profondément lié à des tensions institutionnelles et politiques.
Le fait que Stephen Miran, gouverneur de la Réserve fédérale, envisage de réduire de quatre à trois son nombre attendu de baisses de taux montre une approche plus prudente à mesure que l’inflation devient plus difficile à interpréter et que les prix de l’énergie montent. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a lui aussi tempéré son appel antérieur à un assouplissement immédiat, en expliquant qu’attendre davantage de clarté sur l’Iran pouvait être justifié.
Dans le même temps, Donald Trump continue de faire pression de façon agressive sur Jerome Powell, tandis que la Réserve fédérale fait face à des incertitudes judiciaires et politiques autour de la nomination de Kevin Warsh. Le résultat est un environnement de politique monétaire façonné non seulement par l’inflation et la croissance, mais aussi par un conflit politique inhabituel autour de la banque centrale elle-même.
Pour l’instant, le message est clair : la voie vers des taux plus bas reste ouverte, mais elle paraît désormais beaucoup moins simple qu’il y a encore quelques mois.