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Ripple, du “rat poison” à l’infrastructure financière : pourquoi Brad Garlinghouse estime que le CLARITY Act peut faire basculer Wall Street

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Le marché des actifs numériques entre dans une phase bien différente de celle qui l’a défini pendant des années. Pendant longtemps, la crypto a été perçue soit comme une curiosité spéculative, soit comme un objet de dérision, soit comme une menace diffuse pour la finance traditionnelle. Mais cette période semble progressivement laisser place à une nouvelle lecture, plus structurée, plus institutionnelle, et surtout beaucoup plus tournée vers les usages concrets. C’est exactement ce changement de perception que Brad Garlinghouse, directeur général de Ripple, a voulu résumer lorsqu’il a expliqué que la crypto était passée du statut de “rat poison” à celui de “pet rock”, avant de s’orienter désormais vers un rôle potentiel d’infrastructure centrale de la finance moderne.

La formule est frappante, presque ironique, mais elle résume assez bien les différentes étapes traversées par l’industrie. Au début, la crypto était traitée comme quelque chose de dangereux, irrationnel, voire toxique. Ensuite, elle a été tournée en ridicule pendant les cycles de bulle et les emballements spéculatifs. Aujourd’hui, le ton change. Les grandes entreprises, les groupes financiers et les institutions ne se demandent plus seulement si la crypto est crédible. Elles se demandent de plus en plus comment l’utiliser, où l’intégrer, et dans quelle mesure elle pourrait transformer les paiements, la trésorerie, les règlements transfrontaliers et la gestion d’actifs numériques.

Dans ce contexte, Garlinghouse considère que la prochaine grande étape ne sera pas décidée uniquement par la technologie, ni même par la demande du marché. Elle dépendra surtout de la clarté réglementaire. Et c’est là que le CLARITY Act entre en scène. À ses yeux, ce type de cadre législatif pourrait devenir le facteur décisif qui fera ou non basculer Wall Street dans une adoption beaucoup plus large du secteur crypto.

La formule de Garlinghouse résume toute une évolution du regard porté sur la crypto

Lorsque Brad Garlinghouse parle du passage du “rat poison” au “pet rock”, il ne cherche pas simplement à produire une formule médiatique efficace. Il cherche à décrire la manière dont le regard porté sur la crypto a évolué à travers plusieurs phases très distinctes.

Dans la première phase, les actifs numériques étaient attaqués avec une hostilité frontale. Ils étaient souvent présentés par certains acteurs de la finance traditionnelle comme inutiles, dangereux ou fondamentalement dépourvus de valeur. La méfiance était totale. La technologie semblait obscure, l’usage incertain, et la volatilité rendait tout le secteur difficile à prendre au sérieux pour des investisseurs institutionnels conservateurs.

Puis est venue une deuxième phase, moins hostile sur le fond mais tout aussi dévalorisante sur la forme. La crypto a alors souvent été moquée. Elle n’était plus seulement vue comme une menace potentielle, mais comme un objet étrange, un phénomène de mode ou un actif gonflé artificiellement par la spéculation. C’est à ce moment-là qu’elle a souvent été traitée comme une sorte de curiosité financière, un actif devenu populaire sans véritable ancrage dans l’économie réelle.

La troisième phase, celle dans laquelle le secteur semble progressivement entrer aujourd’hui, est beaucoup plus importante. Le sujet n’est plus seulement de savoir si la crypto survivra ou non. La question devient : quelles parties de cet univers peuvent réellement être intégrées dans les structures financières existantes ? Quels outils blockchain peuvent être utilisés dans les paiements ? Quel rôle les stablecoins peuvent-ils jouer dans les flux d’entreprise ? Comment tokeniser certains actifs ou simplifier certaines opérations de trésorerie et de règlement ?

Autrement dit, le débat glisse de la croyance à l’utilité. Et ce glissement change profondément la nature du marché.

Ripple cherche à se positionner comme acteur d’usage, pas seulement comme entreprise crypto

Dans cette nouvelle phase, Ripple cherche clairement à se présenter comme une entreprise tournée vers l’infrastructure et l’utilité plutôt que comme un simple acteur de la spéculation crypto. Cette distinction est importante.

Pendant longtemps, une grande partie de l’écosystème numérique a été dominée par les récits liés à la hausse des prix, aux cycles de marché, aux rallyes spéculatifs et aux promesses de rupture totale avec la finance traditionnelle. Aujourd’hui, ce discours ne suffit plus, surtout si l’objectif est de convaincre de grandes institutions, des banques, des multinationales ou des gestionnaires d’actifs.

Garlinghouse met donc en avant une lecture différente. Il insiste sur le fait que des entreprises mondiales commencent à examiner sérieusement les outils blockchain pour des usages réels. Cela concerne notamment les paiements transfrontaliers, les mouvements de trésorerie, les règlements rapides, les stablecoins et certains actifs tokenisés.

Cette approche est stratégique. Elle permet à Ripple de se situer sur un terrain qui parle davantage aux décideurs financiers traditionnels. Une grande entreprise n’adopte pas un outil simplement parce qu’il est innovant ou populaire. Elle l’adopte s’il réduit les coûts, améliore la vitesse, augmente la transparence, renforce l’efficacité opérationnelle ou ouvre un nouveau canal utile sans déséquilibrer sa gestion du risque.

C’est précisément sur ce terrain que Ripple veut désormais se battre.

Les stablecoins deviennent le vrai pont entre la crypto et la finance classique

L’un des éléments les plus importants du discours actuel de Garlinghouse concerne les stablecoins. C’est probablement là que se joue aujourd’hui la partie la plus concrète de l’adoption institutionnelle.

Les stablecoins ont un avantage fondamental sur beaucoup d’autres segments du marché crypto : ils sont plus faciles à comprendre pour les entreprises. Leur promesse n’est pas d’exploser en valeur comme un actif spéculatif. Leur promesse est de fonctionner comme une version numérique stable d’une monnaie, utilisable dans des paiements, des règlements, des transferts rapides ou des opérations de trésorerie.

Cela change tout en matière d’adoption. Une direction financière d’entreprise peut difficilement construire une stratégie opérationnelle sur un actif extrêmement volatil. En revanche, elle peut commencer à évaluer l’intérêt d’un stablecoin pour accélérer certains flux, réduire certaines frictions ou fluidifier certaines opérations transfrontalières.

Garlinghouse souligne d’ailleurs que des dirigeants de grandes entreprises demandent déjà à leurs équipes d’étudier ces outils. Cela montre que le secteur n’est plus seulement observé de loin. Il commence à entrer dans les processus internes de réflexion des grandes organisations. Et c’est souvent comme cela que les révolutions financières commencent : non pas avec une bascule immédiate, mais avec une accumulation progressive d’études, de tests, de pilotes et d’intégrations ciblées.

Le volume des stablecoins change l’échelle du débat

L’une des raisons pour lesquelles les stablecoins gagnent autant en importance est qu’ils ont atteint une échelle qui les rend désormais difficiles à ignorer. Lorsque Garlinghouse met en avant leur rôle croissant, il s’appuie sur une réalité simple : ils sont en train de devenir un élément central de la finance fondée sur la blockchain.

Ce point compte beaucoup parce qu’il permet de sortir du débat théorique. Tant que les stablecoins restaient un produit de niche, les grandes institutions pouvaient les observer avec curiosité sans véritable urgence stratégique. Mais dès lors que leur volume, leur usage et leur présence augmentent fortement, les questions changent. On ne se demande plus seulement si le modèle fonctionne. On commence à se demander qui contrôlera les flux, quelles infrastructures seront utilisées, quels acteurs capteront la valeur créée et quels cadres réglementaires encadreront le tout.

Dans cette bataille, Ripple veut clairement être plus qu’un simple spectateur. En lançant son propre stablecoin RLUSD, l’entreprise cherche à se positionner directement au cœur de cette transformation. Ce choix n’est pas anecdotique. Il montre que Ripple considère le stablecoin non comme un segment périphérique, mais comme l’un des centres de gravité du prochain cycle d’adoption financière.

Le CLARITY Act est présenté comme la pièce manquante

Pour Garlinghouse, toutefois, la technologie et l’intérêt croissant des entreprises ne suffiront pas à eux seuls. Le facteur décisif sera la réglementation. Et c’est là que le CLARITY Act prend, dans son discours, une importance particulière.

L’idée est simple : les grandes institutions financières ne veulent pas évoluer dans un environnement juridique flou. Elles peuvent accepter un risque de marché. Elles peuvent gérer un risque technologique. Elles peuvent absorber un risque commercial. Mais elles détestent l’incertitude réglementaire lorsqu’elle devient structurelle.

Dans le cas de la crypto, cette question pèse depuis longtemps sur le secteur. Trop d’entreprises ont fonctionné pendant des années dans une zone grise, où la qualification juridique des actifs, les obligations de conformité, les limites d’usage ou les conditions d’émission restaient floues, contestées ou politiquement mouvantes.

Garlinghouse estime qu’un texte comme le CLARITY Act pourrait changer cela en posant enfin des règles du jeu plus nettes. Une telle clarification n’aurait pas seulement une vertu juridique. Elle aurait aussi une vertu économique. Elle réduirait la prime d’incertitude qui pèse sur le secteur et donnerait aux banques, entreprises et gestionnaires d’actifs une base plus solide pour investir, développer, intégrer et innover.

En d’autres termes, si la technologie est le moteur, la réglementation claire est le permis de circuler.

Sans cadre stable, Wall Street ne s’engagera pas totalement

L’un des messages implicites les plus forts dans le raisonnement de Garlinghouse est que Wall Street peut s’intéresser à la crypto, mais qu’elle n’y ira pas massivement tant que les règles resteront confuses.

Cela ne veut pas dire que les grandes institutions sont absentes. Beaucoup ont déjà étudié la blockchain, les stablecoins, la tokenisation et certains services d’actifs numériques. Certaines ont même lancé des initiatives ciblées. Mais il y a une différence considérable entre explorer un secteur et s’y engager à grande échelle.

Pour qu’un grand établissement financier décide d’aller “all in”, comme le suggère la formule du titre, il faut plusieurs choses en même temps. Il faut une technologie suffisamment mature. Il faut une demande identifiable. Il faut un modèle économique crédible. Et surtout, il faut un environnement réglementaire qui permette de construire sans craindre que les règles changent brutalement ou que l’activité soit requalifiée ex post comme non conforme.

C’est pour cela que Garlinghouse insiste autant sur la cohérence de long terme. Le secteur, selon lui, ne peut pas se permettre une nouvelle période d’incertitude réglementaire prolongée. Si la politique prend le dessus sur la construction d’un cadre stable, alors l’adoption institutionnelle risque de ralentir fortement ou de se fragmenter.

La régulation ne freinera pas forcément l’innovation, mais elle la filtrera

L’un des points les plus intéressants du débat autour du CLARITY Act est qu’il ne s’agit pas simplement de choisir entre liberté totale et répression réglementaire. Le véritable enjeu est de savoir comment filtrer les usages.

Garlinghouse reconnaît lui-même que certaines propositions liées au texte, notamment autour des produits de rendement basés sur les stablecoins, montrent que les décideurs publics cherchent à trouver un équilibre entre innovation et garde-fous financiers. Cette nuance est essentielle.

Tout ce qui touche aux revenus passifs, aux modèles de rendement et à certains mécanismes d’incitation sera probablement beaucoup plus scruté. Les autorités cherchent à éviter que des produits présentés comme stables ne deviennent en réalité des canaux de risque excessif, de levier caché ou d’instabilité pour les utilisateurs.

Cela signifie que tous les modèles économiques de la crypto ne sortiront pas gagnants d’un cadre plus clair. Certains seront probablement limités, redessinés ou encadrés plus sévèrement. Mais ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour les acteurs qui veulent se positionner comme partenaires sérieux de la finance traditionnelle. Au contraire, cela pourrait favoriser ceux qui misent sur l’utilité réelle, la conformité et l’intégration institutionnelle plutôt que sur des promesses de rendement artificiellement attractives.

Ripple semble vouloir s’inscrire précisément dans cette catégorie.

La vraie bataille porte sur la crédibilité de long terme

Ce que Garlinghouse cherche à défendre, au fond, c’est l’idée que la crypto entre dans une bataille de crédibilité. Pendant des années, le secteur a surtout été jugé sur sa capacité à attirer l’attention, à faire monter les prix ou à survivre à ses propres excès. Désormais, il devra être jugé sur autre chose : sa capacité à devenir une infrastructure fiable.

Ce glissement est déterminant. Une infrastructure financière ne peut pas reposer sur l’improvisation, la mode ou les zones grises. Elle doit être compréhensible, stable, surveillable, intégrable et juridiquement encadrée. C’est ce qui explique pourquoi les stablecoins, les paiements blockchain et la tokenisation paraissent aujourd’hui bien plus stratégiques que certains récits purement spéculatifs du passé.

Garlinghouse semble dire en substance que l’industrie est enfin arrivée à un point où elle peut prétendre à ce statut. Mais il ajoute une condition implicite : elle ne l’obtiendra pas seule. Elle a besoin que le législateur, les autorités et les grandes institutions se rejoignent sur un cadre permettant une adoption mature.

Ripple cherche à profiter d’un moment charnière

Le timing du discours de Garlinghouse n’est pas anodin. Ripple veut clairement apparaître comme l’un des acteurs prêts pour cette nouvelle phase. Le lancement de RLUSD, l’accent mis sur les partenariats institutionnels et la volonté de se présenter comme une entreprise d’infrastructure s’inscrivent tous dans cette logique.

Cela ne garantit évidemment pas que Ripple sera le grand gagnant de cette transition. Le marché reste concurrentiel, les choix réglementaires restent incertains et les grandes banques peuvent aussi développer leurs propres solutions ou privilégier d’autres réseaux et partenaires. Mais l’entreprise cherche visiblement à occuper une position claire : celle d’un acteur déjà aligné avec ce que pourrait devenir la phase institutionnelle de la crypto.

Si le cadre juridique se clarifie et si les grandes institutions passent réellement de l’exploration à l’intégration, ce type de positionnement peut devenir très précieux. Si, au contraire, la réglementation reste confuse ou se durcit de manière incohérente, la trajectoire d’adoption pourrait ralentir bien plus que ne l’espèrent aujourd’hui les dirigeants du secteur.

Conclusion

Brad Garlinghouse résume l’histoire récente de la crypto avec une formule forte : d’abord traitée comme un poison financier, puis comme un objet de moquerie spéculatif, elle se rapprocherait désormais d’un rôle plus central dans l’infrastructure financière. Cette évolution du regard n’est pas seulement culturelle. Elle reflète le fait que de grandes entreprises et institutions commencent à examiner sérieusement les stablecoins, la blockchain et les actifs tokenisés pour des usages réels.

Mais selon lui, cette transition vers une phase plus mature ne se fera pas sans clarté réglementaire. C’est précisément pourquoi le CLARITY Act est présenté comme un texte potentiellement décisif. Il pourrait fournir le cadre nécessaire pour rassurer Wall Street, encourager l’adoption institutionnelle et permettre au secteur de sortir durablement de l’incertitude.

Dans cette vision, les stablecoins apparaissent comme le pont le plus concret entre la crypto et la finance classique, tandis que Ripple cherche à se positionner comme un acteur crédible de cette évolution grâce à RLUSD et à ses partenariats institutionnels.

La vraie question n’est donc plus seulement de savoir si la crypto a survécu à ses années de doute. Elle est de savoir si elle est prête à devenir une infrastructure sérieuse — et si le cadre politique et juridique lui permettra réellement de franchir cette étape. C’est là que se jouera la prochaine grande bataille du secteur.

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